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La virginité dans tous ses états

jeudi, juin 5, 2008 1 commentaire

L’extraordinaire boucan faut autour du jugement du tribunal de grande instance de Lille, ordonnant l’annulation d’un mariage aux motifs que l’un des époux n’avait pas trouvé chez l’autre une qualité qui lui avait été promise, la virginité, fait perdre de vue les règles les plus élémentaires de notre droit civil.

Tout d’abord dans un procès civil, le juge écoute les arguments des parties, leurs demandes, et leur applique le mieux qu’il peut la loi telle qu’elle existe.

Il ne peut pas juger «ultra petita», comme on disait en latin, c’est-à-dire au-delà des demandes dont il est saisi.

Or dans la requête dont le tribunal était saisi et qui avait semble-t-il l’accord des deux parties, il s’agissait d’appliquer une des causes de nullité du mariage, «l’erreur sur les qualités essentielles de la personne» prévue par l’article 180 du Code civil. La virginité peut faire partie de ces qualités essentielles et l’on a vu une épouse obtenir la nullité de son mariage parce qu’elle avait découvert que son mari avait été, sans qu’il l’avoue, précédemment marié et divorcé.

Certes à Lille, l’épouse aurait pu contester la demande de son mari en invoquant le sage adage de l’ancien droit, «en mariage trompe qui peut», mais elle ne l’a pas fait pour une excellente raison : elle avait envie de cette nullité pour retrouver justement sa liberté. Le Garde des Sceaux n’a donc pas tort de dire que ce jugement est protecteur de la liberté de l’épouse et comprend mal que le procureur dans un procès civil où il n’est pas partie, ait fait solennellement appel dans l’intérêt de la loi !

On comprend beaucoup plus mal encore que des législateurs déchaînés, entonnant le chœur des journalistes, demandent que l’on modifie l’article 180 du Code civil. Le cher Portalis, auteur précis de cet ouvrage, doit se retourner dans sa tombe. Le Code civil n’a en effet jamais énuméré ce qui pouvait constituer l’erreur.

Heureusement, car l’erreur étant humaine comme chacun sait, peut prendre une infinité de formes. Le prudent Code civil renvoie donc au sens qu’ont les mots en français ; consultez le Littré ! A charge pour le juge d’apprécier ce qu’on lui demande, ce qu’il a toujours fait dans une matière riche en décisions.

Vouloir faire une loi dès que l’on monte quelque part la mayonnaise de l’émotion publique a pour conséquence de rendre le droit illisible dans un Etat qui se veut pourtant un Etat de droit.

Alors mesdames et messieurs les députés, arrêtez de vous chamailler, cessez de vous agiter, Rachida Dati, la Garde des Sceaux, a tout à fait raison et elle s’est clairement exprimée.

Xavier de Roux

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Catégories :Actualite, Societe

Quand les arbres montent au ciel

mercredi, novembre 28, 2007 1 commentaire

On ne cesse de parler de croissance et de points de croissance comme une panacée universelle à tous les maux des hommes. A entendre les savants la quantité de biens, de services, de produits mis sur le marché, échangés, consommés, exportés constituerait les éléments de calcul de cette fameuse croissance.
Les économistes sont des gens sérieux. Ils s’y connaissent en points de croissance ; ils vous calculent ça toute la journée tandis que les ministres des finances ont l’œil fixé sur les résultats. Les finances de l’Etat, en effet, leur équilibre, ou l’importance de leur déséquilibre dépend de ces fameux points. On ne fait pas un budget à 2% de croissance, comme on le fait à un. C’est le cycliste sur son engin qui doit sans cesse pédaler pour ne pas tomber.
Or le même Etat qui tremble pour un tiers de point de croissance en plus ou en moins, organise en même temps le grenelle de l’environnement pour dénoncer les nuisances de la croissance, non seulement dans nos sociétés passablement gavées, mais aussi dans les pays émergents parce que la planète ne supporterait plus l’agitation incessante des hommes, leur recherche de confort, leur désir de bien-être, leur goinfrerie quotidienne, qui font la vie comme ils la rêvent.
Certes il reste beaucoup de pauvres, des exclus, des morts de faim qui voudraient bien être rattrapés par la fameuse croissance à travers la solidarité nationale. La social-démocratie a inventé, ce qui est bien pratique, la redistribution fiscale, mais elle a aussi branché les impôts sur le marché, en livrant à sa main invisible les recettes de l’Etat. Ces dernières sont donc depuis soumises aux emballements, aux récessions, aux codes, aux changements d’humeur d’un grand bazar, autrefois national, aujourd’hui planétaire.
Réguler, comme on dit, un marché national n’est pas très simple tant les opérateurs n’ont de cesse de tourner les interdits ; réguler le marché mondial est pratiquement hors de portée de nos démocraties qui désormais jouent leurs ressources au casino en faisant appel aux bateleurs et aux faiseurs d’illusion qu’ils nomment encore économistes pour donner à cette fantaisie un caractère scientifique. Bref la forêt d’experts dissimule la question. Les ressources de l’Etat doivent-elles dépendre de la croissance d’un marché sur lequel l’Etat n’a plus de prise sérieuse ?
Il y a plus d’un siècle, Marx avait tenté de répondre à cette question, et ses épigones ont rêvé de créer la société des égaux. Mais l’égalité a livré un terrible combat avec la liberté, parce que les hommes au fond ne supportent pas l’égalité, ils ne supportent pas la norme. Ils veulent accaparer, entasser, s’enrichir, et Jésus Christ, comme tant d’autres, eut beau promettre qu’il serait aussi difficile aux riches d’entrer au paradis qu’un chameau de passer par le chas d’une aiguille, la course au trésor n’a pas cessé pour autant ! L’organisation marxiste de la société qui avait essayé de répartir égalitairement les biens produits pour la seule satisfaction du consommateur citoyen, a dû mettre la clé sous la porte, après avoir ruiné cent Etats !
Quelle place reste-t-il alors à nos modernes nations ? Elles doivent assurer un certain nombre de services collectifs, faire régner la justice et assurer la défense. Ce n’est pas si mal. La liste des services collectifs est évidemment variable – santé, transports, éducation, aide aux familles, fourniture de l’eau, de l’énergie… – on peut mettre ce que l’on souhaite dans la corbeille commune. On sait simplement qu’elle a un prix et que ce prix se traduit par des prélèvements obligatoires sur la richesse de chacun. Ces prélèvements doivent être acceptables et acceptés. C’est la nature même du pacte social. Leur financement ne doit pas dépendre d’une croissance chimérique, mais d’un coût réel, acceptable à l’instant même où il est déterminé. Il est donc nécessaire d’avoir un Etat simple et efficace qui ne s’embarrasse pas trop de tous ces calculs savants qui mènent aux erreurs les plus folles, comme on en a tant connu dans l’histoire de notre pays.
Un Etat simple et efficace, c’est d’abord un Etat dont les comptes sont en ordre, le budget en équilibre et qui ne court plus après la croissance pour simplement payer ses dettes ; c’est un Etat qui ne se mêle plus d’un marché sur lequel il n’a plus d’autre action que celle d’en augmenter la cacophonie.
C’est un Etat qui investit dans son domaine et qui ne décrète pas à tout bout de champ. Moins on décrète, mieux on se porte. Mais pour bâtir cet Etat simple et efficace, cet Etat moderne, il faudrait, sans doute, un autre siècle des lumières.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°122 – Décembre 2007

Un peu d’optimisme, s’il vous plait !

vendredi, juillet 1, 2005 Laisser un commentaire

La France est malade du chômage depuis près de 30 ans, depuis le premier choc pétrolier de 1975. Les gouvernements se sont succédés, de gauche et de droite, alternativement, sans que l’on trouve une solution à cette situation qui ronge les finances publiques en même temps que le moral de la Nation.

Pourtant on a tout essayé, le traitement social, le traitement économique, on a ouvert un véritable concours Lépine des meilleures recettes qui fut gagné, haut la main, par la mesure phare de Mme Aubry, qui consiste à réduire obligatoirement la durée du travail pour mieux la répartir entre les actifs potentiels. Cette fameuse idée du philosophe économiste Lorotourou, dont on n’entend plus guère parler, loin de faire baisser le chômage, n’a fait que l’augmenter en pesant sur le coût du travail dans un monde ouvert à la concurrence, et en coûtant des fortunes au contribuable qui compense aux entreprises leur perte de compétitivité, par le budget.

Mais cette mesure malgré son inefficacité absolue a eu pour avantage de valoriser le temps libre, si bien qu’il fut décidé de la sanctuariser. Défense d’y toucher, c’est un avantage acquis !

Les pouvoirs publics ont donc créé au fil du temps un secteur entier de non actifs, totalement encadrés, financés. On en sort généralement de façon précaire pour entrer dans un marché du travail qui fonctionne très mal. En effet, à côté de secteurs de l’économie où les demandes excèdent largement les offres d’emploi, il existe d’autres secteurs que l’on qualifie – quel joli mot – de secteurs « pénuriques » où les offres d’emploi ne sont pas satisfaites. Il s’agit des activités du tourisme comme la restauration ou l’hôtellerie, les métiers de service à la personne, l’industrie du bâtiment et des travaux publics… ainsi que quelques autres. Les spécialistes se perdent en conjectures sur les raisons de ce désintérêt pour ces métiers. Sont-ils trop mal payés, sont-ils peu gratifiants socialement, sont-ils trop pénibles ? Personne n’apporte la même réponse, chacun voit midi à sa porte, et du coup, rien ne bouge.

Mais plutôt que de demander aux spécialistes de trouver des solutions à des problèmes qui ne sont pas techniques, il conviendrait peut-être de réfléchir, simplement à ce qu’est l’emploi : l’emploi c’est l’activité que tout être humain mène ou devrait mener dans la société à laquelle il appartient. Cette activité peut être extrêmement diverse, elle peut être un métier, un travail, ou un art.

Or on confond toujours dans un étonnant raccourci le travail et le salariat. Dans cette perspective le travailleur c’est celui qui vend à un patron sa force de travail, et qui la vend pas cher, si bien que l’antagonisme entre l’employeur et l’employé est de droit, fondant ainsi la lutte des classes !

Cette notion restrictive et antagoniste de l’activité sociale a gâché toute la réflexion politique qui s’est mise à rêver d’un système binaire où il y aurait un parti des employeurs et un parti des employés. Le Parti communiste s’est d’ailleurs proclamé « parti des travailleurs » et Arlette Laguiller incarne le prolétariat !

Or si cette caricature sociale a peut-être été juste quelques temps dans l’histoire récente des grandes cathédrales industrielles, elle ne colle plus du tout avec le monde qui se crée, et que nous créons tous les jours sans nous en rendre compte.

Les activités traditionnelles, agricoles et industrielles restent essentielles mais sont devenues minoritaires en terme d’emploi, par contre l’invention, la création, la recherche restent heureusement un mouvement profond et ample qui conduit à maintenir une activité riche, moderne et porteuse d’avenir.

L’art et les talents ne sont pas taris, et finalement notre vieux pays qui vit une sorte de crise de nerf par perte d’identité continue d’avoir des chances immenses que constatent les observateurs étrangers.

« Mais non, l’Hexagone ne va pas si mal » titrait le New Statesman de Londres, et Mark Leonard écrit : « Si l’on veut savoir quelle est l’industrie lourde qui affronte le mieux la mondialisation, il suffit de comparer Renault et Rover… Il est facile d’oublier à quel point l’économie française a pris une dimension internationale… Elle s’est hissée au quatrième rang mondial. La France attire trois fois plus d’investissements étrangers que le Royaume-Uni et 50% de plus que les Etats-Unis. Elle a engagé des réformes à un rythme accéléré… La vie dans l’Hexagone est fondamentalement attrayante, où mieux que là prendre un train, subir une transplantation cardiaque, aller au restaurant ? La vie culturelle est dynamique et ouverte sur le monde… La population est élevée, la croissance démographique soutenue… » N’en jetez plus !

Mais alors pourquoi cette morosité ? Eh bien tout simplement parce que la classe politique n’a pas encore fait suivre ces changements, et continue imperturbable des querelles d’un autre temps, avec des recettes de grand-mère !

Qu’elle se crispe et qu’elle cesse d’inventer ! La querelle récente sur l’Europe et le libéralisme a été un grand moment d’indigence mentale.

Pendant ce temps-là, 250 000 entreprises se créent chaque année, qu’on aide à leur trouver du crédit, qu’on les laisse travailler en paix, qu’on cesse de corseter l’activité, que l’on fasse confiance aux talents, et l’optimisme reviendra ! Mais il est tellement plus amusant de faire semblant de jouer à la Révolution ! C’est le vrai paradoxe.


Xavier de Roux

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L’état de la France

mercredi, juin 1, 2005 Laisser un commentaire

Le débat sur le projet de Constitution Européenne a pris un tour surréaliste. Certes, on peut se féliciter que l’on n’ait jamais autant parlé en France des institutions européennes depuis 50 ans ; certes on a pu constater les effets du discours simplificateur des responsables politiques de tous bords. Par exemple, sans nuances contre Natura 2000 ou la mise en œuvre de la politique agricole commune, mais au-delà de la caricature et quelquefois aussi de la découverte, est apparu le vrai visage de la France à l’aube du XXIème siècle.

Ce peuple qui a parcouru le monde est aujourd’hui bien fatigué ; les conquérants d’hier, les entrepreneurs, les inventeurs, les faiseurs de concepts et les manieurs d’idées ont peur de se montrer. Ils sont devenus muets. La mode est à la peur, la crainte, à la catastrophe, en un mot à la crise qui s’est imposée, on ne sait comment, dans les esprits il y a des années. Le monde serait en crise. La France serait en crise, en proie à d’invisibles ennemis, depuis que le monde s’est mis à changer trop vite ; depuis que les pays pauvres deviennent riches ; depuis que les marchandises et les capitaux circulent plus vite ; depuis que se multiplient les sources de connaissance et que s’affaissent nos grands monopoles nationaux qui n’ont plus guère d’utilité.

On avait dit aux Français qu’était enfin venu le temps où le travail serait maîtrisé, le grand ministère du temps libre enfin créé et atteint le paresseux nirvana de la flânerie.

Toute une pensée politique qui avait fait de la réduction du temps de travail l’aboutissement de la civilisation moderne, se trouve brusquement confrontée à la dure réalité de la rotondité de la Terre, au pullulement des hommes, aux extraordinaires appétits de bien-être de ces lointains voisins que l’on aimait bien lorsqu’il s’agissait simplement de s’apitoyer sur leur sort de peuples en voie de développement, mais que l’on redoute aujourd’hui parce qu’ils ont mis la main à la pâte, produisent, vendent, créent à longueur de journée… et l’exemple est d’autant plus mal vécu par nos néo-marxistes qu’il vient d’abord du dernier régime communiste d’un grand pays de la planète : la Chine ! Les prolétaires chinois ont envahi le capitalisme et conquis l’économie de marché. Ils ne s’en sortent pas si mal !

Du coup nos altermondialistes, nos Bové, nos Besancenot, nos communistes maison, comme Mme Buffet, nos trotskistes patentés comme Mme Laguiller, rejoints par les post-marxistes socialistes, genre Mélanchon, ont scellé un formidable pacte qui à la stupeur générale est en passe de constituer une majorité politique avec les nostalgiques du fascisme qui battent le pavé depuis longtemps derrière Jean-Marie Le Pen. Quelle histoire !

La vie politique française pouvait réserver beaucoup de surprises, mais celle-là est de taille ! On conçoit que les Polonais ou les Lettons trouvent désormais les Français de moins ne moins fréquentables. Ils incarnent un néo-stalinisme que l’on croyait éradiqué d’Europe depuis 1989 et la chute du Mur de Berlin. On avait tort ! La France est là, bien là, tournée vers le passé, vers ses anciennes utopies et ses grands soirs, au chaud dans ses images d’Epinal.

La divine surprise de l’échec de Jospin aux élections présidentielles signifiait déjà cela, mais personne ne l’avait vraiment cru.

Le réformisme entamé sous Chirac n’aura finalement fait que des mécontents, entre ceux qui pensent que l’on n’a pas réformé assez, et ceux qui trouvent que la réforme les menace. Personne ne sait dénouer les nœuds d’une société prisonnière de ses contradictions et qui n’arrive pas, dans sa majorité, à envisager un avenir un peu différent du passé.

Il ne reste donc plus qu’à trancher le nœud gordien. Dans un sens ou dans un autre ; celui qui aura le courage de le faire s’emparera du pouvoir pour le meilleur, ou malheureusement pour le pire. Ce sera le leçon d’un référendum incertain.

On comprend alors la presse étrangère médusée, et surtout les négociateurs des pays de l’Est qui ont tant insisté pour faire figurer dans la deuxième partie de la Constitution les valeurs de liberté et de respect des Droits de l’Homme qui ont été une des principales raisons de leur adhésion au Projet Européen.

Nos valeureux marxistes, nos valeureux fascistes sont sortis du bois et se promènent à visage découvert, avec le sourire du facteur ou le rire du vicomte, sûrs de leur effet et sûrs de leur victoire.

La France est donc en état de crise de nerfs et les Gaulois craignent que le ciel ne leur tombe sur la tête. C’est ce qu’on leur promet.


Xavier de Roux

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La crise de nerf

dimanche, mai 1, 2005 Laisser un commentaire

La France est sous Prozac. Les Français dépriment. Où qu’on se tourne se lèvent les lamentations d’un pays qui serait le plus malheureux du monde.

D’ailleurs, on lui dit tous les matins et tous les soirs. L’énoncé des déficits, des chiffres du chômage, de la montée des charges est devenu au moins bi-quotidien à la télévision, et à flot continu sur les radios dites d’information. Des lycéens et des professeurs tentent d’occuper des lycées, les médecins urgentistes sont en grève, les trains roulent quand ils peuvent, la sécheresse menace, le SIDA gagne du terrain, les salaires des femmes sont inférieurs à ceux des hommes, les prostituées sont persécutées par la police qui harasse leurs clients, les prisons sont pleines, les juges nagent dans l’erreur judiciaire, et l’on a mis en berne les drapeaux à l’occasion de la mort du Pape en oubliant que la France est laïque. C’est dire que tout fout le camp, même l’Europe que l’on va plomber au référendum pour des raisons aussi nombreuses que variées.

Et pourtant, les Français ont été un grand peuple, un de ceux qui comptent dans l’histoire du monde ; les Français ont rêvé de grandeur, avec leur monarchie, avec leur révolution, avec leur Empire, avec la République ! Ils ont eu toujours des idées inédites, et ce n’est pas pour rien que Jules Verne est français ! Ils ont fait rêver le monde avec la liberté, l’égalité et la fraternité ; ils ont chassé les tyrans ; ils en ont inventé quelques-uns ; ils ont eu le siècle des Lumières et ces lumières ne sont pas éteintes ; on lit encore de par le monde la littérature française, on admire ses peintres, son goût pour l’universalité… Ses inventeurs comptent encore parmi les plus prestigieux. Alors pourquoi cette panne ? Pourquoi les hommes politiques vont-ils chercher leurs idées chez les communicants, pourquoi peine-t-on à mettre ensemble un sujet, un verbe et un complément ? Pourquoi les partis politiques ont-ils tant de mal à publier des programmes soporifiques que personne ne lit et qui sont de misérables slogans vides ? Pourquoi passe-t-on son temps à tenter d’ériger en science l’économie, qui n’est finalement que le résultat du comportement hétéroclite d’acteurs sur un marché ? On prend ainsi l’effet pour la cause, comme on prend d’ailleurs les loups pour des chiens.

Il ne faut pourtant pas grand chose pour renverser le mouvement, à moins que l’on ait fait du malheur son fond de commerce. Et c’est peut-être là où le bât blesse. Pendant longtemps ceux qui avaient en charge la nation montraient le long chemin qu’il fallait parcourir pour asseoir son bonheur et le transfigurer. Le Général de Gaulle est certainement le dernier qui ait choisi cette façon antique de prendre les chemins escarpés, de tenir tête et d’affirmer. Les successeurs ont bâti leur succès sur la lutte qu’ils ont prétendu mener contre les malheurs quotidiens dont la politique devrait protéger chaque Français. Ils viennent de butter sur l’Europe. Car là, ça ne marche plus. La bobologie des petits mécaniciens politiques ne fonctionne pas sur un grand dessein qui les dépasse et qu’il faut prendre à bras le corps.

La question européenne n’est pas de savoir si l’artisan peintre de Varsovie va pouvoir prendre un chantier à Rochefort, la question européenne est celle de savoir si 25 peuples qui portent et qui incarnent l’une des plus vieilles et des plus modernes civilisations du monde, vont pouvoir la conserver, la faire prospérer, et tenir ensemble leur destin, c’est-à-dire conserver leur façon de vivre, leur sens de la liberté, de la solidarité, de l’humanisme, de la tolérance.

L’Europe, c’est Platon, Aristote, le Christ, Saint Augustin, Spinoza, Rabelais, Descartes, Léonard de Vinci, Goethe, Voltaire, Kant, Kierkegaard, mais c’est aussi Michel Ange et Picasso, c’est la musique éternelle de Mozart, c’est Rodin et Eiffel, c’est Curie, c’est Einstein. Cela vaut bien de cesser un instant nos querelles, d’affirmer face aux grandes civilisations matérialistes et militaires du XXIème siècle, l’Amérique et la Chine par exemple, que nous existons encore, que nous sommes là, avec nos qualités et nos défauts, mais avec notre sens de la vie et de la liberté pour quelques millénaires encore, et qu’il n’est pas venu le temps où nos temples s’écrouleront, comme le Parthénon d’Athènes, et qu’il vaut mieux rester debout que geindre sur des malheurs imaginaires.


Xavier de Roux

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Trancher le noeud gordien !

lundi, avril 5, 2004 Laisser un commentaire

Cette fois-ci, nous y sommes, la fracture de la société française est consommée. Les entrepreneurs, confrontés aux règles d’un marché désormais mondial, demandent qu’on adapte les règles de la société française à la concurrence à laquelle ils sont confrontés. Chacun voyant midi à sa porte, ils ne pensent qu’en terme de résultats, d’efficacité, de croissance. On ne peut pas le leur reprocher. Mais la société, largement composée de salariés et de retraités du travail, prend pour une provocation ces demandes qui touchent à leur statut, à leurs revenus, à leur façon d’exister.Les uns revendiquent l’effort et la productivité, les autres des revenus plus importants et des loisirs. Les uns font des plans d’entreprises à long terme et des stratégies compliquées, les autres agissent au quotidien. Pour tenir l’équilibre entre les deux, l’administration tente d’appliquer les savants arbitrages qu’ont décidé les élus : charges, impôts, temps de travail, réglementation…

Or, l’application à retardement, ou sans discernement, de textes déjà obsolètes ou évènementiels, produit irritation, grogne, insatisfaction. L’administration lourde et impuissante est bien incapable de faire exécuter les décisions politiques qui, souvent, ne correspondent pas à la réalité. Quant aux juges, ils appliquent les lois, que le Parlement a voté et qui contiennent souvent, elles aussi, toutes les contradictions d’une société irritée et dressée contre elle-même.

Si, de guerre lasse, les entrepreneurs voguent vers des cieux meilleurs et délocalisent, comme on dit, leurs entreprises, c’est le chômage et l’effroi ; si des mesures sont prises pour les rassurer et pour rendre notre territoire attractif aux activités nouvelles, il s’agit évidemment de mesures liberticides et de régression sociale.

Ce phénomène est amplifié par le fait que ces deux mondes, de plus, ne se rencontrent pas. Le jeune financier parisien organisant des fusions-acquisitions de sociétés entre Londres, Paris New York ou Hongkong n’a probablement dans son entourage aucun ami ouvrier, artisan ou paysan. Ils se croisent sans se rencontrer, sans se comprendre, et c’est aussi souvent vrai pour le patron pressé qui laisse à son directeur des ressources humaines le soin de gérer les femmes et les hommes qui, pourtant, participent à l’entreprise commune, mais n’en sont souvent que de pions.

Car la vachardise humaine s’ajoute à tout cela, avec le sens du parapluie qu’on ouvre et de la faute qui est toujours celle de l’autre, du tire au flanc que son métier ennuie, du dépressif, du fragile, de la gamme de tous les éclopés du temps qui passe, et ils sont légion, au point de créer un ministère de défense des victimes !

Les ingrédients sont donc là ; l’absence de consensus social à l’évolution de la société française est évident, comme est évidente l’hésitation de l’exécutif ficelé par les contradictions qui l’empêchent d’arbitrer correctement, parce que d’ailleurs personne ne sait où se situe le juste arbitrage. On se bat pour le pouvoir, mais on ne sait plus ensuite comment l’exercer ! Cette cacophonie rend illisible tout message. Allez expliquer aux cheminots de la SNCF ou aux électriciens d’EDF, que les Directives Européennes organisant la concurrence du rail ou celle de l’électricité ont été prises lorsque les socialistes exerçaient le pouvoir !

Le zapping politique a du bon, il efface la mémoire des décisions, si bien qu’un français sur deux estime ne pas faire de différence entre une politique de droite et une politique de gauche !

L’arbitrage politique du système démocratique représentatif devient donc quasi impossible.

Il faut donc exposer très clairement, très pédagogiquement, les données du problème au pays, il faut passer de la dialectique marxiste et de la loi des contraires à la perspective et à la synthèse.

Il arrive qu’un homme, parfois, arrive à incarner cette clarté et cette longueur de vue, mais c’est extrêmement rare. Il devient d’ailleurs ensuite un symbole et la statue du commandeur.

Faute de statue du commandeur, le recours, pour trancher le nœud gordien, c’est le recours au peuple, c’est-à-dire le référendum. Les grands esprits détestent le recours au peuple. Les questions de société seraient trop compliquées pour qu’il les comprenne ! Mais l’organisation de la société, c’est finalement l’affaire du peuple !

Ce n’est compliqué que pour ceux qui ne comprennent rien ou ne veulent pas comprendre. Les enjeux sont considérables, puisqu’il s’agit aujourd’hui de l’équilibre social de notre pays au bord de la rupture. Les grandes questions doivent donc être mises à plat, simplifiées, organisées, évaluées, et soumises à l’arbitrage du peuple. On répond que les extrêmes vont s’emparer des sujets. Mais les extrêmes s’en sont déjà emparés ! Il n’y a plus beaucoup de temps à perdre. La crise de notre démocratie est trop profonde. Il faut refonder d’urgence le pacte social.

Jacques Chirac l’a bien senti, et il faut reconnaître que la distance qu’il n’a cessé de prendre vis-à-vis des réformes et des réformateurs était prémonitoire. Il sentait l’opinion là où sa majorité voulait trancher dans le vif. Il sentait gênante l’ombre de Seillière, porte-parole des entrepreneurs, et donc champion de cette lutte des classes qui est la culture profonde de notre pays.

Le Président, en recadrant le gouvernement, a tenu compte d’une opinion rétive. Mais l’opposition, de toutes ses forces, brouillera le discours et fera assaut de démagogie. C’est bien au peuple lui-même qu’il faut en appeler !

Xavier de Roux

Vice-Président de la Commission des Lois

Catégories :Actualite, Economie, Emploi, Societe