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A Saintes le RSA fait la révolution

mercredi, juillet 1, 2009 Laisser un commentaire

Le Parti socialiste va mal, à Saintes comme ailleurs. Le Centre Communal d’Action Sociale (CCAS) de la ville a fait savoir qu’il n’appliquerait pas la loi créant le Revenu de Solidarité Active (RSA) pour des motifs divers et variés, allant de la complexité des dossiers à monter, à l’effet supposé de ce régime qui remplace le Revenu Minimum d’Insertion (RMI), sur le développement des activités précaires. On sait que le principe du RSA – inventé par Martin Hirsch qui ne passe pas pour un militant d’extrême droite – est simple : tous ceux qui sont éligibles à ce système, c’est-à-dire en gros les anciens Rmistes, pourront cumuler un salaire et une contribution sociale dès lors que l’addition des deux ne les conduise pas trop au-delà du SMIC. Ce système de bon sens qui permet à un demandeur d’emploi d’accepter un travail sans perdre sa protection sociale (c’était le cas du RMI) tout en cumulant un salaire et une aide si le salaire est inférieur au SMIC, était demandé depuis belle lurette ; le premier à l’avoir refusé était Alain Juppé en 1996 ! Il est évident que dans une société où le salariat est en question, le revenu du travail, quel qu’il soit, doit être pris en considération. Autrement c’est le cumul du SMIC et du travail au noir !

On aurait pu espérer que le dispositif, très coûteux en termes de solidarité pour le contribuable, soit applaudi sur les bancs de Gauche confondus. Pas du tout ! L’exemple de Saintes est magistral. Le RMI ou rien ! Et cerise sur le gâteau, le CCAS explique que la paperasse est telle qu’il faut embaucher trois fonctionnaires de plus pour faire marcher le système. Sur ce dernier point, il y a matière à discuter. La complexité des textes s’oppose à la simplification de l’Etat voulue par le Président Sarkozy et d’ailleurs par ses prédécesseurs. On se souvient que Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre de Jacques Chirac, avait créé une machine qui s’appelait le Comité de simplification administrative inauguré avec flonflons et discours. Le COSA, largement peuplé par la société civile a fait ce qu’il a pu. Il a proposé des tas de simplifications administratives, dans tous les domaines, et ses travaux ont même donné lieu à des ordonnances prises dans le cadre d’une loi votée au Parlement, habilitant le Gouvernement à simplifier par ordonnance ! Le résultat est ténu. Souvent la simplification a rendu les choses plus compliquées encore. La mise en œuvre du RSA n’échappe pas à ce travers républicain qui ne fera jamais simple quand on peut faire compliqué. Mais ce n’est pas le RSA qui est en cause, c’est notre système où ceux de l’Agence pour l’emploi se battent encore contre ceux de l’UNEDIC parce qu’ils n’acceptent pas leur fusion dans un grand service public de l’emploi ! A Saintes d’ailleurs, cette lutte titanesque a tout simplement  empêché une vraie Maison de l’emploi efficace de voir le jour, à force de compter les virgules du texte et de remplacer sans cesse, avec une grande application, « par conséquent » par « donc ».

Le CCAS de Saintes est sous l’autorité des élus, au premier rang desquels le maire, qui a la lourde tâche d’appliquer sur le territoire de sa commune les lois de la République. Affirmer ainsi que Saintes n’appliquera pas le RSA, et deviendra par voie de conséquence, une zone de non-droit, peut enchanter certains membres de la municipalité, comme le fameux Thierry Leblanc qui souhaitait créer un camp de SDF dans la prairie ; mais que le Conseil municipal, dans son ensemble, se détourne de la loi républicaine au bénéfice de deux ou trois dogmes socialistes portés par un Parti moribond, a de quoi surprendre !

Certes, Monsieur le sous-préfet exercera avec attention le contrôle de la légalité et l’on  peut penser que tout va rentrer dans l’ordre ou à peu près. Une question vient cependant à l’esprit, puisque le CCAS de Saintes ne souhaite pas appliquer les lois de la République, mais les siennes propres. Que propose-t-il ? Quelles mesures ?

On peut certes proclamer haut et fort le droit au travail pour tous, mais encore faut-il créer l’activité qui engendrera le travail, et là il faut avoir de l’imagination et le plus souvent quelques capitaux – le mieux serait sans doute d’interdire le salariat puisqu’il constitue l’exploitation de l’homme par l’homme. Chacun se débrouillerait avec sa pelle ou son marteau. On n’aurait plus à penser au RSA, au travail au noir ou au travail tout court ; le patronat serait définitivement aboli. On verrait naître une coopération harmonieuse de tous les agents de production, et les autres iraient pêcher à la ligne, sans CO2 ni gaz à effet de serre. On attend une proclamation en ce sens de la ville de Saintes, qui va ainsi entrer pour toujours dans l’histoire moderne.

Xavier de Roux

Catégories :Social

Quand la machine a explosé

jeudi, décembre 1, 2005 Laisser un commentaire

Dans la nuit du jeudi 27 au vendredi 28 octobre, Clichy-sous-Bois et Montfermeil ont pris feu, puis Bondy, Sevran, Aulnay-sous-Bois, Neuilly sur Marne, avant de gagner Toulouse, Lyon, Évreux et Amiens. Le monde stupéfait des images télévisées a cru que Paris brûlait et c’est vrai que pour le 11 novembre, la Préfecture de Paris craignait des incidents graves aux Champs-Élysées comme à la Bastille. Le Gouvernement décidait l’état d’urgence et le Parlement saisi étendait pour trois mois cet état d’urgence pour permettre les couvre-feux et les perquisitions nocturnes. La police interceptait plus de 2 000 fauteurs de troubles dont plus de 600 ont été incarcérés après une condamnation judiciaire. Le ministre de l’Intérieur reprenait l’ordre public en main avec talent et tous se sont interrogés sur les causes de cette violence, le Président de la République, le premier. Certes le net depuis longtemps appelait à la mobilisation. « Sniper » exigeait « Il faut que ça pète » et les rappeurs demandaient la liquidation des keufs ! La machine a donc explosé, mais pourquoi a-t-elle explosé ?

Ghettos urbains, familles polygames, économie souterraine puisqu’il n’y a plus d’économie tout court, mafias en tous genres, vols, trafics, la cour des miracles s’est reconstituée comme elle a toujours existé depuis le début des temps. Le désir de reprendre le contrôle des zones de non-droit a évidemment provoqué de front tous ceux qui en vivent et qui y prospèrent. Mais cette constatation ne fait guère avancer le problème. Pourquoi notre cour des miracles a-t-elle pris de telles proportions ? Ca ne s’est pas fait en un jour. On avait déjà connu les émeutes de Vaulx-en-Velin, Montfermeil du temps du Président Mitterrand et Jean-Pierre Chevènement parlait lui déjà de « sauvageons » tandis que Le Pen demandait une immigration zéro.

La république bourrée de principes a déjà dépensé des fortunes sans résultat. On a créé des zones d’éducation prioritaire, des zones franches pour installer des entreprises, financé des associations d’insertion en tous genres, mais l’on n’a pas réussi à faire tomber les barrières culturelles érigées avec le langage des banlieues, les mots d’ailleurs, les drôles d’accoutrement et de comportement. Une fois de plus, il faut tout reprendre à zéro. Ce serait mentir que de dire que l’explosion a surpris. Beaucoup savaient qu’il fallait faire vite, Jean-Louis Borloo le premier qui a concocté son pacte de cohésion sociale et l’a fait voter avant les événements avec un vaste panneau urbanistique et un autre aussi vaste de lutte pour l’emploi. Il a dégagé plus de 30 milliards d’euros et le processus se met juste en route.

La mobilisation pour l’emploi a commencé à réduire le chômage, mais les entreprises avec des situations très différentes et très contrastées ont du mal à créer globalement des emplois dans le secteur marchand. L’industrie se délocalise au gré des besoins du commerce mondial. Car la vraie révolution est là. Le monde est devenu petit, les échanges se font à grande vitesse et la richesse change de main au rythme de l’électronique. Tout le monde est partout, les marchés, les clients, les produits bougent sans cesse. On vend du luxe ou de la technologie aux Chinois qui nous fournissent en vêtements, en jouets de Noël, en objets de tous les jours et si l’Europe fascine encore bien des peuples d’Afrique ou d’Asie qui voudraient y faire fortune, on ne peut donner qu’une autre pauvreté, simplement un peu moins pauvre ! Et c’est finalement cette question de la pauvreté qui mine nos sociétés. La mondialisation n’a pas apporté la richesse et l’ouverture des frontières a augmenté la précarité ; un fossé s’est creusé entre ceux qui sont dans la machine et qui la font tourner à plein régime et ceux qui n’ont pas pu entrer dans la grande machine économique mondiale qui crée chaque jour des milliardaires et des déshérités.

Lorsque Jean-Louis Borloo parle de cohésion sociale il a raison. C’est la tâche prioritaire à laquelle il faut s’atteler sans relâche, car ce sont nos anciennes sociétés de tolérance, nos républiques qui risquent de s’embraser. Or il n’y a pas de solutions simples au milieu de nos contradictions et de nos égoïsmes. D’autant qu’il faut inventer sans cesse parce qu’il n’y a pas de recette toute faite, pas de catalogue des idées reçues, simplement un monde changeant, proche, immédiat, accueillant et dangereux à la fois.

Les clivages politiques anciens semblent très artificiels et leur imagination en panne, pourtant la politique c’est imaginer l’avenir pour gérer le présent. Et si l’on pouvait tous ensemble imaginer l’avenir!


Xavier de Roux

Vous pouvez réagir à cet éditorial en écrivant à l’adresse électronique suivante: contact@xavierderoux.net

La solidarité nationale en question

mardi, novembre 1, 2005 Laisser un commentaire

Les discussions budgétaires qui ont lieu en ce moment au Parlement montrent à quel point notre modèle social de solidarité nationale prend l’eau ! Les cotisations sociales assises sur les salaires, les charges comme on dit, bloquent la progression des revenus tandis que les dépenses de retraite et de santé continuent d’augmenter, tirées par l’allongement de la durée de la vie par l’offre de soins et par le comportement général des citoyens qui mettent peu en lien ce qu’ils payent et ce qu’ils reçoivent.

La médecine est proclamée gratuite, mais on la paye tous les mois et très cher surtout lorsqu’on est en bonne santé ! Cela fait penser à l’ancienne médecine chinoise où le médecin était payé chaque jour par son client tant qu’il se portait bien.

Devant les déficits pharamineux, les gouvernements successifs posent quelques rustines, et il faut reconnaître que Jean-Pierre Raffarin a été le seul Premier ministre ayant pris à bras le corps la question des retraites dont les régimes allaient sombrer dans une profonde faillite… On savait pourtant depuis longtemps ce qui allait arriver mais ses prédécesseurs et notamment Lionel Jospin, craignaient trop la réaction des électeurs.

Alors pourquoi toujours prendre les électeurs pour ce qu’ils ne sont pas ? Les Français, chaque Français est un politicien. Il sait très bien ce qu’il fait quand il vote, et si il ne le sait pas, c’est que le débat politique a été médiocre, la discussion faussée, la désinformation imposée, ce qui est le cas lorsque les représentants du peuple décident d’avancer masqués.

La vérité aujourd’hui sur les comptes sociaux ne peut pas longtemps être occultée. Les rapports succèdent aux rapports et ils sont éloquents.

D’abord l’organisation est opaque. Qui connaît le nom du président de sa caisse locale ? Qui sait que la gestion des caisses de Sécurité Sociale est paritaire, assurée par les représentants des syndicats salariés et des syndicats patronaux ? Qui sait qu’il y a environ 500 caisses dans notre heureux pays et que le coût moyen du fonctionnement de cette architecture installée après-guerre représente plus de 5% des cotisations payées, avec des pointes à près de 9% dans certaines caisses.

Or s’attaquer à la simplification de ce maquis relève de la mission impossible tant les intérêts sont enchevêtrés et défendus bec et ongle !

Ensuite les dépenses de santé ne dépendent pas d’un ordonnateur public, mais de milliers d’ordonnateurs que sont les hôpitaux, les cliniques, les médecins, les infirmiers ! Voter une dépense quand des milliers de personnes en décideront ensuite et sans doute autrement, c’est évidemment un artifice. Si l’on ajoute à cela l’offre de médicaments remboursables mis sur le marché et la tarification centralisée des actes médicaux, on constate qu’on a fini par constituer un monstre, grand consommateur d’énergie, auquel on ne touche pas, parce qu’il fait peur, mais qu’on tente de dompter en chantant tous les jours que nous possédons la meilleure médecine du monde ! Tant pis si l’on ne meurt pas plus en Angleterre, au Danemark ou en Allemagne, notre fantastique bestiole doit après nous avoir ruinés, assurer notre bonheur.

Du coup, le ministre de la Santé promet comme une immense victoire que l’on va ramener le déficit de 11 milliards à 9 milliards. L’opposition évidemment rétorque que ça n’est pas possible et que cela se fera aux frais de la santé des Français. Messieurs Evin et Le Guen, lorsque l’on regarde leur action passée, n’ont pourtant de leçon à donner à personne mais le jeu de rôle, c’est justement de donner des leçons ! En réalité, il faudrait réunir une grande convention sur cette affaire de solidarité nationale, et pas entre spécialistes qui parlent de façon obscure de leur spécialité, mais entre citoyens concernés. Ce n’est pas de technique qu’il faut débattre, ce n’est pas du statut de tel ou tel, mais bien de la finalité et du coût du système, c’est bien de la façon dont nous souhaitons être protégés et comment recréer un dispositif moderne, dynamique et compatible avec le niveau de vie des Français. Partout devraient se créer des tables rondes exigeant pour réfléchir de posséder les vraies données chiffrées de cet immense maquis. Connaître un problème c’est déjà permettre de le résoudre ! Des pistes existent, comme ne plus asseoir les cotisations sur le bulletin de salaire, mais sur une cotisation proportionnelle des employeurs et des salariés, ou encore créer une TVA sociale qui pourrait peser aussi sur les produits importés, donc délocalisés ; fixer un tarif unique de remboursement des soins indépendant des honoraires de la médecine libérale ; assurer une médecine publique entièrement gratuite… Il suffit de regarder autour de nous, de retrouver de la cohérence et d’en débattre.

C’est le type même de grand chantier que doivent entreprendre en profondeur les grandes formations politiques, avec courage, sans tomber dans toutes les revendications corporatives qui ne permettent plus d’avoir une vue d’ensemble et qui créent les multiples contradictions qui empêchent la société française d’aborder, apaisée, le XXIème siècle.


Xavier de Roux

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La solidarité nationale en question

mardi, novembre 1, 2005 Laisser un commentaire

Les discussions budgétaires qui ont lieu en ce moment au Parlement montrent à quel point notre modèle social de solidarité nationale prend l’eau ! Les cotisations sociales assises sur les salaires, les charges comme on dit, bloquent la progression des revenus tandis que les dépenses de retraite et de santé continuent d’augmenter, tirées par l’allongement de la durée de la vie par l’offre de soins et par le comportement général des citoyens qui mettent peu en lien ce qu’ils payent et ce qu’ils reçoivent.

La médecine est proclamée gratuite, mais on la paye tous les mois et très cher surtout lorsqu’on est en bonne santé ! Cela fait penser à l’ancienne médecine chinoise où le médecin était payé chaque jour par son client tant qu’il se portait bien.

Devant les déficits pharamineux, les gouvernements successifs posent quelques rustines, et il faut reconnaître que Jean-Pierre Raffarin a été le seul Premier ministre ayant pris à bras le corps la question des retraites dont les régimes allaient sombrer dans une profonde faillite… On savait pourtant depuis longtemps ce qui allait arriver mais ses prédécesseurs et notamment Lionel Jospin, craignaient trop la réaction des électeurs.

Alors pourquoi toujours prendre les électeurs pour ce qu’ils ne sont pas ? Les Français, chaque Français est un politicien. Il sait très bien ce qu’il fait quand il vote, et si il ne le sait pas, c’est que le débat politique a été médiocre, la discussion faussée, la désinformation imposée, ce qui est le cas lorsque les représentants du peuple décident d’avancer masqués.

La vérité aujourd’hui sur les comptes sociaux ne peut pas longtemps être occultée. Les rapports succèdent aux rapports et ils sont éloquents.

D’abord l’organisation est opaque. Qui connaît le nom du président de sa caisse locale ? Qui sait que la gestion des caisses de Sécurité Sociale est paritaire, assurée par les représentants des syndicats salariés et des syndicats patronaux ? Qui sait qu’il y a environ 500 caisses dans notre heureux pays et que le coût moyen du fonctionnement de cette architecture installée après-guerre représente plus de 5% des cotisations payées, avec des pointes à près de 9% dans certaines caisses.

Or s’attaquer à la simplification de ce maquis relève de la mission impossible tant les intérêts sont enchevêtrés et défendus bec et ongle !

Ensuite les dépenses de santé ne dépendent pas d’un ordonnateur public, mais de milliers d’ordonnateurs que sont les hôpitaux, les cliniques, les médecins, les infirmiers ! Voter une dépense quand des milliers de personnes en décideront ensuite et sans doute autrement, c’est évidemment un artifice. Si l’on ajoute à cela l’offre de médicaments remboursables mis sur le marché et la tarification centralisée des actes médicaux, on constate qu’on a fini par constituer un monstre, grand consommateur d’énergie, auquel on ne touche pas, parce qu’il fait peur, mais qu’on tente de dompter en chantant tous les jours que nous possédons la meilleure médecine du monde ! Tant pis si l’on ne meurt pas plus en Angleterre, au Danemark ou en Allemagne, notre fantastique bestiole doit après nous avoir ruinés, assurer notre bonheur.

Du coup, le ministre de la Santé promet comme une immense victoire que l’on va ramener le déficit de 11 milliards à 9 milliards. L’opposition évidemment rétorque que ça n’est pas possible et que cela se fera aux frais de la santé des Français. Messieurs Evin et Le Guen, lorsque l’on regarde leur action passée, n’ont pourtant de leçon à donner à personne mais le jeu de rôle, c’est justement de donner des leçons ! En réalité, il faudrait réunir une grande convention sur cette affaire de solidarité nationale, et pas entre spécialistes qui parlent de façon obscure de leur spécialité, mais entre citoyens concernés. Ce n’est pas de technique qu’il faut débattre, ce n’est pas du statut de tel ou tel, mais bien de la finalité et du coût du système, c’est bien de la façon dont nous souhaitons être protégés et comment recréer un dispositif moderne, dynamique et compatible avec le niveau de vie des Français. Partout devraient se créer des tables rondes exigeant pour réfléchir de posséder les vraies données chiffrées de cet immense maquis. Connaître un problème c’est déjà permettre de le résoudre ! Des pistes existent, comme ne plus asseoir les cotisations sur le bulletin de salaire, mais sur une cotisation proportionnelle des employeurs et des salariés, ou encore créer une TVA sociale qui pourrait peser aussi sur les produits importés, donc délocalisés ; fixer un tarif unique de remboursement des soins indépendant des honoraires de la médecine libérale ; assurer une médecine publique entièrement gratuite… Il suffit de regarder autour de nous, de retrouver de la cohérence et d’en débattre.

C’est le type même de grand chantier que doivent entreprendre en profondeur les grandes formations politiques, avec courage, sans tomber dans toutes les revendications corporatives qui ne permettent plus d’avoir une vue d’ensemble et qui créent les multiples contradictions qui empêchent la société française d’aborder, apaisée, le XXIème siècle.


Xavier de Roux

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Un mois bien ordinaire

jeudi, mars 10, 2005 Laisser un commentaire

Comme à l’accoutumée, la France va à son train. Les écoliers protestent parce que leurs professeurs leur disent que l’on va supprimer l’Education Nationale ; du coup le ministre, comme tous ses prédécesseurs d’ailleurs, retire la moitié de son projet. Personne n’a lu l’autre moitié. Il est donc suspect et l’on décide de descendre dans la rue par précaution. La compagnie corse de navigation, la SNCM perd 60 millions d’euros l’an puisque ses marins en grève immobilisent les bateaux. Le gouvernement ne sait pas comment se sortir de ce guêpier qui coûte une petite fortune aux contribuables… Les marins décident la grève, contre la privatisation ! Mais il y a tellement de sujets qui fâchent : la durée du temps de travail, le chômage qui ne baisse pas, la concurrence chinoise, celle des chauffeurs polonais, les criminels qui sortent de prison, les lois Perben liberticides, la réforme de la PAC, les remboursements de l’assurance maladie, la grippe dans les hôpitaux, l’impôt sur les grandes fortunes qui expédie les riches en Belgique ou en Angleterre, les impôts régionaux qui augmentent de façon vertigineuse, l’impôt sur le revenu qui baisse, l’appartement d’Hervé Gaymard, le référendum sur l’Europe ! La CGT, FO et la CFTC mobilisent le 10 mars dans le public et dans le privé « tous les salariés à des arrêts de travail interprofessionnels pour défendre les 35 heures, les emplois et les salaires ». François Fillon cherche à prendre de vitesse le mouvement lycéen. Le grand débat sur l’école n’a pas réconcilié la Droite avec le monde éducatif. Au Palais de Justice, on juge l’affaire des écoutes de l’Elysée grâce auxquelles le Président Mitterrand écoutait le téléphone de ses amis et de ses adversaires. C’est très distrayant, mais le spectacle est un peu long, il ne passionne pas les foules. C’est dommage. L’avocat de Jean Edern Hallier, l’écrivain mort trop tôt, Maître Bougartchev a pourtant fait des trouvailles. François Mitterrand député, s’en était pris, en mai 1970, à René Pleven, alors Garde des Sceaux, en déposant une proposition de loi faisant des écoutes téléphoniques un crime. «On observe, disait-il, que les services de police et quelques hauts fonctionnaires, lorsqu’ils ne sont pas étouffés par la moralité, accumulent un matériau de renseignement par goût professionnel et peut-être par un certain vice de fonction, de telle sorte que l’Etat dispose de dossiers considérables. Ce sont de très mauvaises mœurs sur le ban de la République.» C’était bien envoyé ! Mais ces mauvaises mœurs ont triomphé sous son règne dans d’extraordinaires proportions. Cela s’explique. Dans « le coup d’Etat permanent », François Mitterrand écrivait : « Un régime autoritaire et personnel est contraint d’organiser autour de son chef un filet protecteur aux mailles serrées. Si puissante est la liberté que pour la contenir quand elle se sent mal à l’aise, il faut d’avance la priver d’air. C’est pourquoi, invariablement, les rois mal assis, les empereurs d’aventure, les hommes providentiels entament un processus qui les conduit très vite à juguler la liberté d’expression et à recruter pour leur service particulier une garde prétorienne. » C’est ce que raconte, non seulement le procès des écoutes, mais aussi un film qui agite le petit monde politique, le « Promeneur du Champ de Mars » qui fait tant de peine à Jack Lang.

Mais tandis que la France se lamente, il se passe de drôles de choses sur notre planète. Les Etats-Unis d’Amérique se prennent pour un empire. Ils envoient leurs troupes partout où l’on sent le pétrole et veulent faire à la Syrie puis à l’Iran, ce qu’ils ont fait à l’Irak. A la Maison Blanche, on décrète le péché, le mal et la terreur puis on envoie quelques missiles de croisière écrabouiller l’adversaire, avant de lui faire les poches, 45 000 hommes au Qatar, le triple en Irak et plusieurs escadres en mer. Il ne reste plus qu’à trouver un prétexte pour s’étendre au Moyen-Orient, tenir ouvertes les portes de l’Asie et bien contrôler l’approvisionnement en énergie du monde en général et de l’Europe en particulier. L’Irak disaient-ils avait des armes de destruction massive, l’Iran, aujourd’hui, aurait la bombe atomique et bien entendu la Syrie a fait exploser Rafic Hariri. Les prétextes sont servis. Bush a des dépêches d’Ems plein les poches ; il accroît sa pression sur Damas et Téhéran et cherche des alliés pour le grand spectacle final !

L’Europe médusée et divisée laisse faire. La Russie, trop faible, ronge son frein. Il ne reste que l’immense Chine, celle qui sait dire non et qui ne recule pas. Plutôt que de geindre sur nos malheurs quotidiens, pourquoi ne serions-nous pas cette France porteuse de valeurs universelles qui saurait fédérer autour d’elle la vieille Europe pétrie de civilisation, de savoir et de grandeur ? On se plaint de la globalisation du monde et du libéralisme anglo-saxon, de la sous culture que charrie l’espéranto moderne, l’anglais tel qu’il se parle, mais pourquoi n’avons-nous pas le courage de nos valeurs ? Le monde n’est pas un vaste marché, il est ce que les hommes en font, un lieu pour vivre le temps de la vie, dans l’espace que l’on se crée pour cultiver cet art de vivre ensemble qui est l’objet de toutes les civilisations !

Il est grand temps de cesser de geindre et de se rassembler non pas autour de ce que nous avons de pire, mais au contraire autour de ce que nous avons de meilleur, la liberté et la fraternité.


Xavier de Roux

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Un mois bien ordinaire

jeudi, mars 10, 2005 Laisser un commentaire

Comme à l’accoutumée, la France va à son train. Les écoliers protestent parce que leurs professeurs leur disent que l’on va supprimer l’Education Nationale ; du coup le ministre, comme tous ses prédécesseurs d’ailleurs, retire la moitié de son projet. Personne n’a lu l’autre moitié. Il est donc suspect et l’on décide de descendre dans la rue par précaution. La compagnie corse de navigation, la SNCM perd 60 millions d’euros l’an puisque ses marins en grève immobilisent les bateaux. Le gouvernement ne sait pas comment se sortir de ce guêpier qui coûte une petite fortune aux contribuables… Les marins décident la grève, contre la privatisation ! Mais il y a tellement de sujets qui fâchent : la durée du temps de travail, le chômage qui ne baisse pas, la concurrence chinoise, celle des chauffeurs polonais, les criminels qui sortent de prison, les lois Perben liberticides, la réforme de la PAC, les remboursements de l’assurance maladie, la grippe dans les hôpitaux, l’impôt sur les grandes fortunes qui expédie les riches en Belgique ou en Angleterre, les impôts régionaux qui augmentent de façon vertigineuse, l’impôt sur le revenu qui baisse, l’appartement d’Hervé Gaymard, le référendum sur l’Europe ! La CGT, FO et la CFTC mobilisent le 10 mars dans le public et dans le privé « tous les salariés à des arrêts de travail interprofessionnels pour défendre les 35 heures, les emplois et les salaires ». François Fillon cherche à prendre de vitesse le mouvement lycéen. Le grand débat sur l’école n’a pas réconcilié la Droite avec le monde éducatif. Au Palais de Justice, on juge l’affaire des écoutes de l’Elysée grâce auxquelles le Président Mitterrand écoutait le téléphone de ses amis et de ses adversaires. C’est très distrayant, mais le spectacle est un peu long, il ne passionne pas les foules. C’est dommage. L’avocat de Jean Edern Hallier, l’écrivain mort trop tôt, Maître Bougartchev a pourtant fait des trouvailles. François Mitterrand député, s’en était pris, en mai 1970, à René Pleven, alors Garde des Sceaux, en déposant une proposition de loi faisant des écoutes téléphoniques un crime. «On observe, disait-il, que les services de police et quelques hauts fonctionnaires, lorsqu’ils ne sont pas étouffés par la moralité, accumulent un matériau de renseignement par goût professionnel et peut-être par un certain vice de fonction, de telle sorte que l’Etat dispose de dossiers considérables. Ce sont de très mauvaises mœurs sur le ban de la République.» C’était bien envoyé ! Mais ces mauvaises mœurs ont triomphé sous son règne dans d’extraordinaires proportions. Cela s’explique. Dans « le coup d’Etat permanent », François Mitterrand écrivait : « Un régime autoritaire et personnel est contraint d’organiser autour de son chef un filet protecteur aux mailles serrées. Si puissante est la liberté que pour la contenir quand elle se sent mal à l’aise, il faut d’avance la priver d’air. C’est pourquoi, invariablement, les rois mal assis, les empereurs d’aventure, les hommes providentiels entament un processus qui les conduit très vite à juguler la liberté d’expression et à recruter pour leur service particulier une garde prétorienne. » C’est ce que raconte, non seulement le procès des écoutes, mais aussi un film qui agite le petit monde politique, le « Promeneur du Champ de Mars » qui fait tant de peine à Jack Lang.

Mais tandis que la France se lamente, il se passe de drôles de choses sur notre planète. Les Etats-Unis d’Amérique se prennent pour un empire. Ils envoient leurs troupes partout où l’on sent le pétrole et veulent faire à la Syrie puis à l’Iran, ce qu’ils ont fait à l’Irak. A la Maison Blanche, on décrète le péché, le mal et la terreur puis on envoie quelques missiles de croisière écrabouiller l’adversaire, avant de lui faire les poches, 45 000 hommes au Qatar, le triple en Irak et plusieurs escadres en mer. Il ne reste plus qu’à trouver un prétexte pour s’étendre au Moyen-Orient, tenir ouvertes les portes de l’Asie et bien contrôler l’approvisionnement en énergie du monde en général et de l’Europe en particulier. L’Irak disaient-ils avait des armes de destruction massive, l’Iran, aujourd’hui, aurait la bombe atomique et bien entendu la Syrie a fait exploser Rafic Hariri. Les prétextes sont servis. Bush a des dépêches d’Ems plein les poches ; il accroît sa pression sur Damas et Téhéran et cherche des alliés pour le grand spectacle final !

L’Europe médusée et divisée laisse faire. La Russie, trop faible, ronge son frein. Il ne reste que l’immense Chine, celle qui sait dire non et qui ne recule pas. Plutôt que de geindre sur nos malheurs quotidiens, pourquoi ne serions-nous pas cette France porteuse de valeurs universelles qui saurait fédérer autour d’elle la vieille Europe pétrie de civilisation, de savoir et de grandeur ? On se plaint de la globalisation du monde et du libéralisme anglo-saxon, de la sous culture que charrie l’espéranto moderne, l’anglais tel qu’il se parle, mais pourquoi n’avons-nous pas le courage de nos valeurs ? Le monde n’est pas un vaste marché, il est ce que les hommes en font, un lieu pour vivre le temps de la vie, dans l’espace que l’on se crée pour cultiver cet art de vivre ensemble qui est l’objet de toutes les civilisations !

Il est grand temps de cesser de geindre et de se rassembler non pas autour de ce que nous avons de pire, mais au contraire autour de ce que nous avons de meilleur, la liberté et la fraternité.


Xavier de Roux

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