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Archive for the ‘Securite Sociale’ Category

La solidarité nationale en question

mardi, novembre 1, 2005 Laisser un commentaire

Les discussions budgétaires qui ont lieu en ce moment au Parlement montrent à quel point notre modèle social de solidarité nationale prend l’eau ! Les cotisations sociales assises sur les salaires, les charges comme on dit, bloquent la progression des revenus tandis que les dépenses de retraite et de santé continuent d’augmenter, tirées par l’allongement de la durée de la vie par l’offre de soins et par le comportement général des citoyens qui mettent peu en lien ce qu’ils payent et ce qu’ils reçoivent.

La médecine est proclamée gratuite, mais on la paye tous les mois et très cher surtout lorsqu’on est en bonne santé ! Cela fait penser à l’ancienne médecine chinoise où le médecin était payé chaque jour par son client tant qu’il se portait bien.

Devant les déficits pharamineux, les gouvernements successifs posent quelques rustines, et il faut reconnaître que Jean-Pierre Raffarin a été le seul Premier ministre ayant pris à bras le corps la question des retraites dont les régimes allaient sombrer dans une profonde faillite… On savait pourtant depuis longtemps ce qui allait arriver mais ses prédécesseurs et notamment Lionel Jospin, craignaient trop la réaction des électeurs.

Alors pourquoi toujours prendre les électeurs pour ce qu’ils ne sont pas ? Les Français, chaque Français est un politicien. Il sait très bien ce qu’il fait quand il vote, et si il ne le sait pas, c’est que le débat politique a été médiocre, la discussion faussée, la désinformation imposée, ce qui est le cas lorsque les représentants du peuple décident d’avancer masqués.

La vérité aujourd’hui sur les comptes sociaux ne peut pas longtemps être occultée. Les rapports succèdent aux rapports et ils sont éloquents.

D’abord l’organisation est opaque. Qui connaît le nom du président de sa caisse locale ? Qui sait que la gestion des caisses de Sécurité Sociale est paritaire, assurée par les représentants des syndicats salariés et des syndicats patronaux ? Qui sait qu’il y a environ 500 caisses dans notre heureux pays et que le coût moyen du fonctionnement de cette architecture installée après-guerre représente plus de 5% des cotisations payées, avec des pointes à près de 9% dans certaines caisses.

Or s’attaquer à la simplification de ce maquis relève de la mission impossible tant les intérêts sont enchevêtrés et défendus bec et ongle !

Ensuite les dépenses de santé ne dépendent pas d’un ordonnateur public, mais de milliers d’ordonnateurs que sont les hôpitaux, les cliniques, les médecins, les infirmiers ! Voter une dépense quand des milliers de personnes en décideront ensuite et sans doute autrement, c’est évidemment un artifice. Si l’on ajoute à cela l’offre de médicaments remboursables mis sur le marché et la tarification centralisée des actes médicaux, on constate qu’on a fini par constituer un monstre, grand consommateur d’énergie, auquel on ne touche pas, parce qu’il fait peur, mais qu’on tente de dompter en chantant tous les jours que nous possédons la meilleure médecine du monde ! Tant pis si l’on ne meurt pas plus en Angleterre, au Danemark ou en Allemagne, notre fantastique bestiole doit après nous avoir ruinés, assurer notre bonheur.

Du coup, le ministre de la Santé promet comme une immense victoire que l’on va ramener le déficit de 11 milliards à 9 milliards. L’opposition évidemment rétorque que ça n’est pas possible et que cela se fera aux frais de la santé des Français. Messieurs Evin et Le Guen, lorsque l’on regarde leur action passée, n’ont pourtant de leçon à donner à personne mais le jeu de rôle, c’est justement de donner des leçons ! En réalité, il faudrait réunir une grande convention sur cette affaire de solidarité nationale, et pas entre spécialistes qui parlent de façon obscure de leur spécialité, mais entre citoyens concernés. Ce n’est pas de technique qu’il faut débattre, ce n’est pas du statut de tel ou tel, mais bien de la finalité et du coût du système, c’est bien de la façon dont nous souhaitons être protégés et comment recréer un dispositif moderne, dynamique et compatible avec le niveau de vie des Français. Partout devraient se créer des tables rondes exigeant pour réfléchir de posséder les vraies données chiffrées de cet immense maquis. Connaître un problème c’est déjà permettre de le résoudre ! Des pistes existent, comme ne plus asseoir les cotisations sur le bulletin de salaire, mais sur une cotisation proportionnelle des employeurs et des salariés, ou encore créer une TVA sociale qui pourrait peser aussi sur les produits importés, donc délocalisés ; fixer un tarif unique de remboursement des soins indépendant des honoraires de la médecine libérale ; assurer une médecine publique entièrement gratuite… Il suffit de regarder autour de nous, de retrouver de la cohérence et d’en débattre.

C’est le type même de grand chantier que doivent entreprendre en profondeur les grandes formations politiques, avec courage, sans tomber dans toutes les revendications corporatives qui ne permettent plus d’avoir une vue d’ensemble et qui créent les multiples contradictions qui empêchent la société française d’aborder, apaisée, le XXIème siècle.


Xavier de Roux

Vous pouvez réagir à cet éditorial en écrivant à l’adresse électronique suivante: contact@xavierderoux.net

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La solidarité nationale en question

mardi, novembre 1, 2005 Laisser un commentaire

Les discussions budgétaires qui ont lieu en ce moment au Parlement montrent à quel point notre modèle social de solidarité nationale prend l’eau ! Les cotisations sociales assises sur les salaires, les charges comme on dit, bloquent la progression des revenus tandis que les dépenses de retraite et de santé continuent d’augmenter, tirées par l’allongement de la durée de la vie par l’offre de soins et par le comportement général des citoyens qui mettent peu en lien ce qu’ils payent et ce qu’ils reçoivent.

La médecine est proclamée gratuite, mais on la paye tous les mois et très cher surtout lorsqu’on est en bonne santé ! Cela fait penser à l’ancienne médecine chinoise où le médecin était payé chaque jour par son client tant qu’il se portait bien.

Devant les déficits pharamineux, les gouvernements successifs posent quelques rustines, et il faut reconnaître que Jean-Pierre Raffarin a été le seul Premier ministre ayant pris à bras le corps la question des retraites dont les régimes allaient sombrer dans une profonde faillite… On savait pourtant depuis longtemps ce qui allait arriver mais ses prédécesseurs et notamment Lionel Jospin, craignaient trop la réaction des électeurs.

Alors pourquoi toujours prendre les électeurs pour ce qu’ils ne sont pas ? Les Français, chaque Français est un politicien. Il sait très bien ce qu’il fait quand il vote, et si il ne le sait pas, c’est que le débat politique a été médiocre, la discussion faussée, la désinformation imposée, ce qui est le cas lorsque les représentants du peuple décident d’avancer masqués.

La vérité aujourd’hui sur les comptes sociaux ne peut pas longtemps être occultée. Les rapports succèdent aux rapports et ils sont éloquents.

D’abord l’organisation est opaque. Qui connaît le nom du président de sa caisse locale ? Qui sait que la gestion des caisses de Sécurité Sociale est paritaire, assurée par les représentants des syndicats salariés et des syndicats patronaux ? Qui sait qu’il y a environ 500 caisses dans notre heureux pays et que le coût moyen du fonctionnement de cette architecture installée après-guerre représente plus de 5% des cotisations payées, avec des pointes à près de 9% dans certaines caisses.

Or s’attaquer à la simplification de ce maquis relève de la mission impossible tant les intérêts sont enchevêtrés et défendus bec et ongle !

Ensuite les dépenses de santé ne dépendent pas d’un ordonnateur public, mais de milliers d’ordonnateurs que sont les hôpitaux, les cliniques, les médecins, les infirmiers ! Voter une dépense quand des milliers de personnes en décideront ensuite et sans doute autrement, c’est évidemment un artifice. Si l’on ajoute à cela l’offre de médicaments remboursables mis sur le marché et la tarification centralisée des actes médicaux, on constate qu’on a fini par constituer un monstre, grand consommateur d’énergie, auquel on ne touche pas, parce qu’il fait peur, mais qu’on tente de dompter en chantant tous les jours que nous possédons la meilleure médecine du monde ! Tant pis si l’on ne meurt pas plus en Angleterre, au Danemark ou en Allemagne, notre fantastique bestiole doit après nous avoir ruinés, assurer notre bonheur.

Du coup, le ministre de la Santé promet comme une immense victoire que l’on va ramener le déficit de 11 milliards à 9 milliards. L’opposition évidemment rétorque que ça n’est pas possible et que cela se fera aux frais de la santé des Français. Messieurs Evin et Le Guen, lorsque l’on regarde leur action passée, n’ont pourtant de leçon à donner à personne mais le jeu de rôle, c’est justement de donner des leçons ! En réalité, il faudrait réunir une grande convention sur cette affaire de solidarité nationale, et pas entre spécialistes qui parlent de façon obscure de leur spécialité, mais entre citoyens concernés. Ce n’est pas de technique qu’il faut débattre, ce n’est pas du statut de tel ou tel, mais bien de la finalité et du coût du système, c’est bien de la façon dont nous souhaitons être protégés et comment recréer un dispositif moderne, dynamique et compatible avec le niveau de vie des Français. Partout devraient se créer des tables rondes exigeant pour réfléchir de posséder les vraies données chiffrées de cet immense maquis. Connaître un problème c’est déjà permettre de le résoudre ! Des pistes existent, comme ne plus asseoir les cotisations sur le bulletin de salaire, mais sur une cotisation proportionnelle des employeurs et des salariés, ou encore créer une TVA sociale qui pourrait peser aussi sur les produits importés, donc délocalisés ; fixer un tarif unique de remboursement des soins indépendant des honoraires de la médecine libérale ; assurer une médecine publique entièrement gratuite… Il suffit de regarder autour de nous, de retrouver de la cohérence et d’en débattre.

C’est le type même de grand chantier que doivent entreprendre en profondeur les grandes formations politiques, avec courage, sans tomber dans toutes les revendications corporatives qui ne permettent plus d’avoir une vue d’ensemble et qui créent les multiples contradictions qui empêchent la société française d’aborder, apaisée, le XXIème siècle.


Xavier de Roux

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Vive la Santé !

lundi, septembre 1, 2003 Laisser un commentaire

La guerre finie, le législateur qui faisait preuve d’imagination et de talent imagina de créer une caisse d’assurance obligatoire qui aurait pour mission de payer à ses assujettis une médecine libérale du meilleur niveau possible. En même temps, cette caisse paierait les frais d’hospitalisation qu’ils soient publics ou privés. Tous les travailleurs et leurs employeurs recevaient donc l’obligation de cotiser en consacrant une partie de leur revenu au financement du système.

Au début la charge obligatoire était faible, et la médecine peu différente de celle qui existait au début du siècle, l’assurance sociale pouvait donc fonctionner selon le vieux principe chinois selon lequel il vaut mieux payer son médecin quand on est en bonne santé plutôt que lorsqu’on est malade.
Mais, la science étant la science, et le destin de l’homme étant de tenter de prolonger le plus longtemps possible son existence et celle de ses semblables, tous les hippocrates de la terre se sont donné la main pour inventer, découvrir, fabriquer des appareils, des résonances magnétiques, et nucléaires, des rayons de toutes sortes, organiser des transplantations, un cœur à droite, un rein à gauche, et des opérations de plus en plus longues et de plus en plus miraculeuses.
On s’est habitué au miracle, au point d’en vouloir au médecin lorsqu’il n’en fait pas, et de rechercher sa responsabilité, de sorte que les assureurs, qui eux n’ont jamais cru au miracle, multiplient les primes d’assurance des médecins par dix ou cessent de les assurer !
Hippocrate ne doit pas simplement la santé, il doit maintenant l’éternité ou presque ! Mourir c’est accidentel, et l’on meurt le plus souvent dans un lit d’hôpital : silence !
L’épouvantable polémique sur les conséquences de la canicule a bien montré que plutôt que de climatiser une chambre de maison de retraite ou de s’occuper de ses parents, il était encore une fois plus simple de chercher un autre responsable que soi-même et de se tourner vers les pouvoirs publics.
Alors comment voulez-vous que s’en sorte notre fameuse Sécurité Sociale ? Le coût de la santé devient astronomique mais la santé est ce que nous avons de plus cher. Combien sommes-nous prêt à lui consacrer ? Personne n’a jamais répondu à cette question. Peut-être toute notre fortune, mais encore faut-il en avoir ! Faute de certitudes, nous vivons avec le trou de la Sécurité Sociale. Il est si ancien et les Français en entendent parler depuis si longtemps qu’ils n’y font plus attention. La Sécurité Sociale, c’est un trou, c’est un gouffre, mais nous vivons très bien au bord du gouffre, un point c’est tout !

Toutefois, il y a les entreprises qui ne peuvent plus payer leurs charges trimestrielles ; les URSSAF qui les mettent en faillite, et leurs employés au chômage. Il y a les entreprises qui ne peuvent plus produire à des coûts compétitifs et qui vont s’installer dans des tas de pays, où la Sécu ne règne pas encore, des pays pauvres, des pays sans imagination, qui fabriquent pour trois fois rien nos chemises et nos godasses, nos vestons et nos télés. A force de vouloir tellement la santé, on se transforme en chômeur, et même en chômeur centenaire.
Alors la Sécu essaye de freiner un peu le mouvement, et le gouvernement s’affole. Il faut réduire les dépenses de santé, entend-on sur tous les toits et de tous côtés.
Au ministère de la santé, du travail et de l’emploi, comme à la présidence de la Caisse Nationale, on montre du doigt les affreux coupables. Devinez qui vous ruine ? Mais les médecins pardi. Ce sont des libéraux qui ne respectent rien ! Ils ne font pas les 35 heures, ils travaillent la nuit, ils courent toujours et n’arrêtent pas de consulter. Y’a qu’à moins les payer, leur tordre un peu le cou, diminuer les tarifs de remboursement, en faire très vite des sortes de salariés de la Sécu. Mais à force de faire pression et paperasse, on décourage les vocations ! Moins de médecins, moins de membres des professions de santé ; des jeunes femmes charmantes qui veulent le week-end, et les soirées avec leurs enfants. Bien normal. Une fois encore la société française s’est fait un joli nœud dans l’organisation à force de nourrir ses contradictions. Tout le monde attend le ministre qui trouvera la solution, exactement comme on attend que le dompteur se fasse bouffer par le lion.

Ce jour-là il y aura du monde dans les rues et des « ya ka » plein les balcons. Mais peut-être, à force, on deviendra tout à fait immortel !


Catégories :Securite Sociale