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Nouvelle donne en Iran ?

mardi, juin 25, 2013 Laisser un commentaire

Les élections présidentielles iraniennes ressemblent à une grande opération politique réussie avec talent par la République islamique d’Iran.

En effet, le pays étranglé par l’embargo occidental, que ni la Russie, ni la Chine n’ont pu réellement compenser, connaît un relâchement de sa situation économique et sociale très inquiétant. L’inflation galopante entraînée par les mesures populistes du président sortant rend difficiles la production et l’échange et la rente pétrolière ne suffit plus à alimenter une économie à bout de souffle. Certes, l’embargo a enrichi un certain nombre d’intermédiaires à Dubaï, à Bakou et ailleurs, mais cela ne compense pas un système bancaire en ruine. Le guide suprême Ali Khamenei ne pouvait sauver le régime qu’en assouplissant ou en mettant fin aux mesures restrictives qui frappent l’Iran. Or, on connaît les conditions américaines dictées par Israël, mettre fin à la recherche nucléaire pouvant déboucher sur la possession de l’arme fatale. Le discours de l’Iran soutenant que, face à une puissance nucléaire, il était légitime de se doter d’une arme de dissuasion, n’a aucune chance d’être entendu, pas plus d’ailleurs que la fatwa interdisant l’utilisation de l’arme nucléaire !

Car il ne s’agit pas seulement d’interdire à l’Iran d’entrer dans le club très sélect des possesseurs de l’arme atomique, il faut aussi limiter son rôle de grande puissance régionale contrôlant l’une des voies pétrolières les plus importantes : le détroit d’Ormuz.

La préparation des élections présidentielles en Iran ne fit pas l’objet d’une observation très attentive. On nota simplement que l’ancien président Rafsandjani, pourtant riche et puissant, était écarté de la course électorale parce qu’il serait trop réformateur, tandis qu’il était interdit à Ahmadinejad de présenter un successeur passant pour être critique de la République islamique elle-même. Les jeux étaient donc faits disaient les commentateurs. Le guide suprême allait persister dans son être : le combat aurait lieu entre Ghalibaf, le maire de Téhéran, Jalili, l’homme du guide et Velayati l’ancien ministre des Affaires étrangères, tous les deux bons connaisseurs du dossier nucléaire. Le seul rescapé du camp dit réformateur, l’Ayatollah Rohani, peu connu, devait jouer les utilités en démontrant que la pluralité politique existait malgré l’éloignement ou l’enfermement des dirigeants du parti vert : Moussavi et Karoubi et la répression qui avait suivi l’élection en premier tour d’Ahmadinejad lors du précédent scrutin.

Tout est en place, la scène est dressée, la pièce peut commencer ! Une campagne électorale réduite à quelques jours, quelques martyrs, des drapeaux, des barrières, des commentateurs étrangers qui parient sur Jalili « l’homme du guide » et puis brusquement un vote massif dit-on, et l’élection au premier tour du réformateur Rohani, bravo ! Il est l’homme qui pendant la campagne a affirmé que s’il était bien de faire tourner les centrifugeuses, c’était mieux de faire tourner aussi les usines, et il fut, sous Khatami, un négociateur souple de l’affaire nucléaire. Par un tour de passe-passe, la République islamique vient de se doter d’un président capable de reprendre enfin le fil des négociations difficiles dont seul l’aboutissement permettra de remettre le pays sur les rails en lui donnant en plus un visage acceptable pour des États qui, comme la France, deviennent hystériques dès qu’on leur parle de l’Iran !

On peut déjà parier que la reprise des discussions sur le nucléaire s’accompagnera d’un assouplissement de l’embargo et probablement d’une présence iranienne sur la question syrienne. Mais cette affaire menée de main de maître laisse subsister un risque pour le régime. Comment satisfaire la société civile tout en contenant ses aspirations profondes, ou l’art de ne pas aller trop loin ! C’est un exercice sans doute plus difficile que l’exercice diplomatique, car, il ne faut pas perdre dans l’aventure, les bases d’un islam chiite qui ressemble pour une grande partie de la jeunesse iranienne à un objet non identifié alors même qu’il est porteur, en dehors des frontières, de l’influence iranienne dans le monde musulman ?

C’est pour l’observateur étranger une interrogation majeure, à laquelle il est difficile de donner une réponse.

Mais une fois de plus, ces élections ont marqué la capacité de l’Iran à rebondir et à poursuivre son chemin de grande puissance régionale émergente. La diplomatie française serait bien inspirée d’en tenir compte et de changer le cap marqué par la présidence Sarkozy qui avait fait sienne toutes les analyses israéliennes, avant de se tromper lourdement sur les printemps arabes.

À force de s’isoler de ses grands marchés traditionnels, c’est finalement la France qui sera victime de son propre embargo !

Xavier de Roux
Cet article est publié
dans le numéro de juillet 2013 de l’Echo des Arènes

Partie de poker à Téhéran

lundi, juin 15, 2009 Laisser un commentaire

Le résultat des élections iraniennes risque de relancer la tension au Proche-Orient et d’entraîner une nouvelle confrontation entre les Etats-Unis et l’Iran.

Israël retrouve en effet, intact, son meilleur ennemi, celui dont elle a besoin pour poursuivre une politique d’intransigeance vis-à-vis du Hamas et la colonisation de la Cisjordanie, c’est-à-dire l’élimination, selon elle, du problème palestinien. Par ailleurs l’ouverture faite par le Président Obama, lors de son discours du Caire, en direction du monde musulman, trouve une réponse politique en Iran porteuse d’orages à l’intérieur même de ce pays. Qu’elles soient régulières ou irrégulières, les élections iraniennes mettent à jour une vraie cassure dans le corps social iranien. Il faut rappeler ici que les quatre candidats en lice étaient tous issus du régime de la révolution islamique dont aucun ne remettait en cause les institutions. M. Moussavi, ancien Premier ministre pendant la guerre Irak-Iran, ne passait pas pour un réactionnaire et il a solidement contribué à l’édification du régime. Ses partisans voulaient un autre président qu’ Ahmadinedjad, qui incarne à leurs yeux un populisme provocateur, enfermant l’Iran, grande puissance régionale au passé prestigieux, dans un isolement économique et culturel qu’une partie de la population ne supporte plus. Or le guide suprême, l’Ayatollah Khamenei, en louant la victoire du Président sortant, a montré le chemin qu’il convenait de poursuivre. C’est évidemment une grande déception pour l’Occident qui a besoin de paix et de stabilité et c’est aussi une déception pour la Russie qui doit faire face dans le Caucase à des mouvements islamistes radicaux qui trouvent une légitimité dans le régime iranien.

Les élections iraniennes semblent avoir ouvert une boîte de Pandore tant au plan intérieur qu’au plan extérieur.

Au plan intérieur parce que la confrontation dans la société iranienne risque de se poursuivre et d’entraîner une répression dont on ne connaît pas les limites. Au plan extérieur, parce que l’Iran montre ses muscles, en faisant voler ses avions de chasse de fabrication entièrement nationale, ses nouveaux sous-marins, ses missiles et en envoyant six bâtiments de guerre dans le Golfe d’Aden pour montrer sa présence légitime dans les eaux internationales.

Il en résulte une montée de la tension dans le Golfe persique entraînant aussi, pour l’Iran, une plus grande difficulté économique dans le financement de ses opérations internationales dont une grande part dépendent largement de Dubaï, malgré une montée en puissance de l’Azerbaïdjan et de Bakou.

Or l’Iran a besoin d’investissements internationaux dans tous les domaines pour satisfaire aux aspirations de sa population et permettre le développement que mérite ce grand pays.

Une longue instabilité en Iran risque donc de décourager l’investissement, d’entraîner de nouvelles tensions régionales, en mettant en difficulté les Etats-Unis dans le règlement de la question palestinienne, c’est-à-dire dans l’établissement d’un Proche-Orient apaisé.

C’est donc une extraordinaire partie de poker qui s’ouvre en Iran et qui concerne sans doute le monde entier. Moussavi, issu de la révolution de 1979, peut-il aujourd’hui lancer dans la rue, contre le préféré du guide suprême, des jeunes qui n’étaient pas nés lors de la chute du Shah et qui ne supportent plus un régime qui les prive de ce qu’ils estiment être leur liberté et leur libre destin ?

La réponse à cette question n’est pas simple, mais aujourd’hui à Téhéran qui perd gagne.

Mais l’acte II pourrait maintenant commencer. Dans l’entrelacs des pouvoirs de la constitution iranienne, le Conseil de discernement présidé par Rafsandjani joue un rôle essentiel. En effet, il propose la nomination du guide suprême, aujourd’hui l’ayatollah Khamenei, mais il peut également le démettre. Or le président du Conseil de discernement, Rafsandjani est dans le camp de Moussavi, il fut même son principal supporter, tandis que le guide suprême est dans le camp de Ahmadinedjad dont il souhaitait la victoire. Certes l’exécutif en place tient théoriquement la police, les milices Bassidji et les forces armées, cependant de la ville sainte de Qom parviennent des voix dissonantes appelant à la concorde et ces voix sont religieuses. En effet la haute hiérarchie religieuse voit bien qu’un pourrissement de la situation, une répression trop forte serait une victoire à la Pyrrhus, puisqu’elle incarnerait une rupture complète entre la société civile et la société politique.

L’appel à se réunir le troisième jour après la mort des premières victimes est un signe. On se réunira aussi dans les mosquées à l’ombre de Dieu, comme si en fin de compte il devait choisir son camp. Ce sont évidemment les avatars de la théocratie, système que l’on a visiblement du mal à déchiffrer à Washington et ailleurs.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°141 – juillet 2009

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Pour sauver le Tibet

jeudi, avril 3, 2008 3 commentaires

Le débat, en France, sur l’affaire du Tibet devient surréaliste. Il n’est pas un colloque, une émission télévisée, un éditorial, où vient à la rescousse des Droits de l’Homme bafoués en Chine, un ancien maoïste des belles années, du temps où le Nouvel Observateur chantait les louanges de Pol Pot et des génocidaires cambodgiens. Que n’avons-nous entendu sur le grand bond en avant du Grand Timonier, qui on le sait veilla avec une très grande délicatesse sur les Droits de l’Homme en Chine, et lorsque Simon Leys eut le culot de publier «Les habits neufs du président Mao», quelle volée de bois vert reçut-il de nos intellectuels qui protégeaient d’ailleurs avec la même intrépidité Fidel Castro à Cuba, et affichaient jusque dans leurs chambres la belle gueule du Che Guevara, très amateurs pourtant de fusillades à la Havane ! Mais décidemment, il n’est jamais trop tard pour ne rien faire. Libération vient donc au secours du Dalaï Lama ; un peu plus, il deviendra papiste et Laurent Joffrin ira réfléchir à la trappe sur les beautés de l’éternité.

Mais ce qui est encore plus cocasse c’est que nos amis socialistes découvrent peu à peu que la Chine est toujours gouvernée par un parti communiste, et non pas par le capitalisme apatride. Karl Marx est toujours chez lui à Pékin, et le parti unique – la démocratie populaire – se porte très bien, merci pour lui. Comment justifier l’accord historique passé entre François Mitterrand et Georges Marchais, entre le PCF et le PS, et l’observation des Droits de l’Homme dès qu’un parti communiste prend le pouvoir quelque part ? Ce n’est pas faire de l’anticommunisme primaire, ce n’est pas dire des méchancetés à Madame Buffet, c’est la simple observation de faits historiques. De Moscou à Berlin, de Berlin à Prague, de Prague à Varsovie, de Varsovie à Budapest et de Budapest à Cuba… on pourrait égrener longtemps l’incompatibilité des Droits de l’Homme et de la démocratie populaire. Dès lors que cette incompatibilité est avérée, il faut en tirer les conséquences dans l’ordre international. Or les Nations Unies n’ont pas mis hors la loi les démocraties populaires ; elles sont traitées comme n’importe quel autre régime, ce qui signifie évidemment que le respect des Droits de l’Homme n’est pas consubstantiel à l’ordre international.

Il y a certes des traités internationaux comme la convention contre le génocide, ou encore la commission des Nations Unies pour les Droits de l’Homme, qui essayent d’imposer des règles de base. Mais là encore, «selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir». Et la Chine passe pour être plutôt puissante et disposée à traiter l’affaire du Tibet comme une question coloniale mineure que l’on règle avec quelques batailles de tirailleurs… ! Certes les démocraties occidentales peuvent refuser d’aller faire du sport à Pékin, et laisser ceux qui veulent y faire joujou, mais c’est gommer l’épaisseur tragique de ces terribles événements. Pourrait-on demander à nos intellectuels de condamner définitivement, comme contraire aux Droits de l’Homme ce type de régime politique… mais comment faire couche commune avec la Ligue Communiste Révolutionnaire, Lutte Ouvrière ou le Parti Communiste Français ?

Comment être prêt à accepter en France ce que l’on condamne si ouvertement en Chine ?

Monsieur Vincent Paillon avait l’autre soir du mal à répondre à cette question pourtant fort simple. Il existe une sentence française qui généralement met fin à toutes discussions : «C’est de l’anticommunisme primaire». Jean-Paul Sartre ajoutait : «Il ne faut pas désespérer Billancourt». Mais il ne faut désespérer personne, simplement regarder les choses en face, et se persuader qu’on a beaucoup de chance d’échapper encore à l’éternelle vachardise des hommes.

 

Xavier de Roux

Balkaniser les Balkans

mardi, février 26, 2008 Laisser un commentaire

Le retrait chaotique de l’empire ottoman des Balkans à la fin du XIXème siècle fit émerger une mosaïque de peuples batailleurs, et d’états instables voulant conquérir un espace convoité par l’empire d’Autriche qui tenait déjà fermement la Slovénie et la Croatie. La délimitation de la Serbie en 1878 par une commission internationale donna lieu à des palabres sans fin. Déjà Russes et Autrichiens se disputaient par Serbes interposés. Le président de cette commission, le Français Gabriel Aubaret, écrivit : “Voilà trois jours qu’on se dispute sur le point nommé Radocina sur la carte du traité de Berlin, angle plus aigu à l’est. La difficulté consiste en ce que cette montagne marquée en grosses lettres sur la carte, n’existe pas…” A force de se disputer pour des choses qui n’existaient pas, on assista à deux guerres balkaniques, et pour finir à l’explosion finale, puisque la première guerre mondiale est née de la convoitise par l’Autriche, alliée de l’Allemagne, de la Bosnie Herzégovine, sur laquelle, soutenus par les Russes, les Serbes avaient des prétentions.
La diplomatie française à l’issue d’un conflit où l’on avait envoyé l’armée d’Orient soutenir la Serbie, fut de tenter d’unifier les Balkans pour en faire enfin une zone de paix. On créa donc la Yougoslavie, en unifiant les Slovènes, les Croates, les Serbes, les Monténégrins et les Albanais du Kosovo et de Macédoine.
Cet Etat fédéré par une monarchie ne résista pas longtemps aux pressions allemandes, occupé en 1941, démembré, livré à une sanglante guerre civile, il fut réunifié par la Russie soviétique qui imposa Tito, et le Maréchal Tito se soustrayant à ses parrains, constitua un Etat fédéral dont les frontières internationalement reconnues devaient assurer la stabilité régionale.
On connaît la suite. La fédération yougoslave ne résista pas très longtemps à une crise de régime, née de l’effondrement du communisme à l’Est, et de l’émergence des nationalismes encouragée fortement par l’Allemagne et les Etats-Unis.
Dans ce conflit la France hésita beaucoup ; François Mitterrand et Roland Dumas souhaitaient plutôt que l’on applique le droit international sur l’intégralité des frontières des états européens, mais n’avaient aucune envie d’un conflit avec l’Allemagne avec laquelle on négociait la construction européenne ; Jacques Chirac et Alain Juppé ne firent pas beaucoup mieux dans ce chaos, il est vrai peu aidés par Slobodan Milosevic qui apparaissait pas très fréquentable, et qui surtout hésitait sans cesse entre les solutions, négociant avec tout le monde, sans toujours montrer clairement quel était le but de la Serbie au milieu de tous ces nationalismes triomphants. L’affaire du Kosovo, après les accords de Dayton, illustra cette hésitation. Envoyant d’abord son armée dans la province rebelle, il la laissa l’arme au pied, subit les bombardements de Belgrade, pour évacuer le territoire sans autre forme de procès, ses troupes intactes battant la retraite comme à la parade.
Selon les mœurs de la région, les Kosovars firent un peu d’épuration ethnique pour se débarrasser de la minorité serbe et orthodoxe et de ses lieux saints qui ne sont pas ceux de l’Islam. Le roi Lazar défait par les Turcs au champ des Merles au XIVème siècle devait se retourner dans sa tombe, mais c’est une habitude dans les Balkans.
Il fallut que les troupes françaises assurent la sécurité des Serbes à Mitrovica dans le nord-ouest de la province pour qu’ils restent majoritaires dans ce canton frontalier, jusqu’à la rivière Ibar.
Mais que faire du Kosovo, grand comme moins de deux départements français, peuplé de 2 millions d’habitants, ne produisant quasiment plus rien si ce n’est des cultures vivrières, et des trafics en tous genres ?
Les Etats-Unis répondent, un nouvel état souverain où ils pourront installer une base solide ; l’Allemagne se congratule d’une Serbie diminuée ; la Russie se frotte les mains, elle sera le protecteur des Serbes et verra son influence regagner la région. Les Albanais, pourtant voisins, supplient qu’on ne les mêle pas à cette affaire ; leurs cousins Kosovars, disent-ils, ne sont pas de tout repos, on les appelle “les têtes dures”. Et la France ? Eh bien la France aura déployé beaucoup d’efforts dans les Balkans, des troupes encore présentes, des raids aériens puissants. Monsieur Kouchner en gouverneur du Kosovo, des juges à Pristina, et des gendarmes. Pour quel budget ? Pour quel résultat (sans compter les pertes humaines) ? La Yougoslavie a disparu, on s’est éloigné de l’allié traditionnel serbe ; la Slovénie et la Croatie se font lentement digérer par l’Europe sans que l’on y soit particulièrement présent ou influent. La boite de pandore reste ouverte. On ne sait pas très bien ce que va devenir la partie serbe de la Bosnie, la partie albanaise de la Macédoine ; une fois de plus les principes du droit international n’ont pas été respectés, comme le rappelait le ministre des Affaires étrangères d’Espagne, et la vision française des Balkans, ce flanc sud de l’Europe, qui devrait connaître la stabilité, n’apparaît clairement à personne. Tout simplement – peut-être – parce qu’elle n’en a aucune. Alors qu’a-t-elle été faire dans cette galère depuis 12 ans ? Sans doue balkaniser les Balkans !

Xavier de Roux
www.xavierderoux.net

 

Paru dans L’Echo des Arènes n°125 de Mars 2008

Où va la politique étrangère de la France ?

mardi, octobre 23, 2007 1 commentaire

Notre pays est confronté comme l’ensemble des pays occidentaux aux enjeux d’une planète qui se rétrécit à vue d’œil tant l’espace-temps a changé en un siècle, et tant son peuplement s’est modifié au bénéfice de l’Orient. La suprématie économique américaine issue de la deuxième guerre mondiale est en train de disparaître, comme a disparu depuis peu le monde communiste, pour laisser la place à l’émergence de vastes états comme la Chine et l’Inde, ou au retour de la Russie sortie affaiblie de sa révolution de 1989.
L’Europe est donc devenue pour un pays comme la France une nécessité absolue. Elle lui procure, malgré les grincheux, une monnaie forte, un marché proche et solvable, une solidarité de défense.
Pourtant la France n’est pas tout à fait à l’aise dans cette Europe qu’elle ne domine pas. Elle regarde vers la Méditerranée et l’Afrique, sans trop savoir où se trouvent ses alliances fondamentales. Elle se rapproche de la politique de défense de l’OTAN, au moment où le traité d’Atlantique Nord, fait contre l’URSS, n’a plus d’autre sens que d’affirmer une solidarité avec l’Amérique. En Afrique, elle rencontre maintenant la Chine sur les terres de ses alliés traditionnels, dont elle ne sait plus comment gérer l’amitié, empêtrée dans ses affaires d’immigration qui malmènent son image. En Méditerranée, elle doit affronter d’abord les conséquences de la crise des Balkans, et la création de micro-états, comme le Monténégro, le Kosovo, la Macédoine ou la Bosnie, d’où peut surgir à chaque instant une nouvelle crise. Elle est pourtant tentée, on ne sait d’ailleurs pourquoi, par ces micro-états qui peuvent sans doute se multiplier dans toute l’Europe, pour lui donner le visage du défunt empire romano-germanique. Mais surtout elle est confrontée à la crise majeure qui depuis plus d’un demi-siècle creuse le fossé entre l’Occident et le Moyen-Orient, fait resurgir l’Islam en dehors des Etats et l’Ouma, cette union des peuples musulmans qu’avait brisée l’émergence des nationalismes.
L’occupation de la Palestine par Israël : le lien mystique qui lie les Juifs à la terre d’Israël a engendré comme par effet miroir la sacralisation de la terre palestinienne par l’Islam et a fait paradoxalement de ce conflit celui du monde occidental chrétien avec le monde arabo-musulman. Incapable de trouver une solution à un conflit qui est du domaine du sacré la diplomatie matérialiste occidentale a pour l’essentiel pris fait et cause pour Israël, avec quelques exceptions parmi lesquelles la fameuse exception française portée par le Général de Gaulle.
Avec Nicolas Sarkozy, cette exception est passée à la trappe.
De même que l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis obéissait au prétexte de la non-prolifération nucléaire, et de la menace de l’Irak sur l’existence d’Israël, la croisade avec les mêmes prétextes s’étend aujourd’hui à l’Iran.
Si l’on n’a trouvé en Irak nulle trace d’arme nucléaire, on a créé une situation qui en effet profite à l’Iran, puisqu’au nom de la démocratie, donc de la loi du plus grand nombre, on a jeté dans ses bras la majorité chiite irakienne, ouvert à son protectorat un état kurde tout neuf, et un Afghanistan que l’Occident ne parvient pas plus à protéger que l’URSS n’était parvenue à le conquérir. Par la force des choses, le pouvoir est passé de Bagdad à Téhéran, comme au temps béni des croisades, les Perses seldjoukides finissaient par devenir les protecteurs du monde musulman ! Parfois, l’histoire bégaie, et les mêmes causes produisent les mêmes effets. Aux bruits de bottes que fait résonner Bernard Kouchner, on a envie de répondre le mot d’un général célèbre : «Attaquons, attaquons… comme la lune !»
Le rôle de la France ne serait-il pas plutôt d’apporter l’apaisement en œuvrant pour un partage équitable de la Palestine, pour une désacralisation du conflit, de sorte que cesse cet affrontement d’un autre âge qui ensanglante déjà le Moyen-Orient, mais qui pourrait bien finir par incendier la planète.
Si le temps de la diplomatie revenait, Nicolas Sarkozy pourrait alors jouer un rôle historique qui devrait être à sa mesure.

Xavier de Roux

L’Echo des Arènes – Novembre 2007

Etrange politique étrangère

mardi, août 28, 2007 Laisser un commentaire

Il aura fait franchement mauvais temps cet été, mais le Parlement a bien travaillé et en quelques semaines les promesses phares du candidat Sarkozy sont devenues réalité, tout au moins dans les textes. L’Etat de grâce a succédé à l’état de grâce et l’opposition socialiste s’empêtre dans la critique systématique de tout, comme jadis nos ancêtres les Gaulois attendaient que le ciel leur tombe sur la tête !

Le Parti socialiste souhaite des malheurs à la France et aux Français parce que Nicolas Sarkozy est au pouvoir. Ils ont de la chance qu’on ne sacrifie plus les oiseaux de mauvais augure, ça aurait éclairci leurs rangs ! Mais si le calme règne sur le front intérieur, c’est en politique étrangère que l’Europe, et pourquoi pas le monde, attendent Nicolas Sarkozy.

Certes, il a réussi presque d’emblée l’affaire du traité simplifié européen qui est un sacré morceau, et il a emporté de vive force la négociation sur les condamnés bulgares avec le Colonel Kadhafi, soufflant la politesse aux Allemands qui ont médiocrement apprécié. Mais les vrais fronts chauds de notre planète c’est évidemment le Moyen-Orient, et de nouveau les Balkans, et c’est aussi l’avenir de la misère en Afrique puisqu’elle conditionne l’immigration et le développement ainsi que la rivalité franco-chinoise sur ces terres d’influence traditionnelles. Le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, s’est rendu en Irak. C’est une première depuis l’éclatement du conflit, c’est-à-dire depuis l’invasion américaine contre laquelle la France s’était élevée. La France remet donc les pieds dans ce pays qu’elle connaît bien, pour y avoir, après la première guerre mondiale, longtemps exploité les pétroles de Mossoul enlevés par les traités à la Turquie vaincue ! Elle revient dans ce pays qu’elle accompagna et arma dans sa guerre contre l’Iran, aux côtés de Saddam Hussein ; elle retrouve les mêmes problèmes qui se sont simplement aggravés. L’Iran est en passe de devenir une puissance nucléaire, elle aide et assiste la majorité chiite irakienne, tout en se débattant dans ses problèmes intérieurs de société, dont on voit mal la fin, si ce n’est que l’agitation sociale s’y accentue en même temps que la répression. La question kurde est tout entière sortie de la boite de Pandore et la situation afghane n’est guère brillante. Participer à la pacification de cette région est aussi essentiel que difficile tant les intérêts s’entrechoquent et tant est grande la dérive de la politique américaine revue et corrigée par la famille Bush. Aller en Irak est une bonne initiative mais pour y faire quoi ? Avec qui ? Ou contre qui ? Bernard Kouchner a dit qu’il était là pour écouter. C’est sage. Attendons les décisions pour juger !

Les Balkans, à nos portes, semblent plus calmes, et pourtant le feu couve aux portes de l’Europe. L’éclatement de la Yougoslavie, l’aveuglement allemand, les intérêts américains ont rendu la situation finalement incontrôlable. La question du Kosovo et de l’autodétermination de son peuple, risque de créer un nouvel Etat confetti doté de souveraineté et d’existence internationale, bien incapable pourtant d’exister économiquement autrement que par des moyens que la morale réprime ; on le voit bien au Monténégro voisin, et l’exemple de l’indépendance kosovar va relancer celle de la Republika Serbska qui est l’une des composantes de la Bosnie. Il n’y a en effet aucune raison quelconque d’admettre le droit du peuple kosovar à l’indépendance puisqu’il serait actuellement une minorité musulmane dans un Etat orthodoxe, sans admettre parallèlement l’indépendance de la République Serbe de Bosnie qui est une minorité orthodoxe dans un Etat musulman. Ce parallélisme des formes n’a jamais troublé la diplomatie européenne qui semble toujours animée par la question bosniaque comme à la veille de la première guerre mondiale, comme si une Europe germanique n’avait jamais pu accepter une défaite fondée sur la tentative d’annexion de la Bosnie par l’Autriche-Hongrie !

La paix dans les Balkans qui a toujours été un but de la politique française se fera un jour, certainement, par une reconstitution de la fédération des Slaves du Sud. En attendant les plaies ne se referment pas et les menaces répétées sur la Serbie, accusée de tous les maux, ne font que raidir ses positions, justifier l’intervention russe et augmenter la tension dans la région. Les rodomontades du représentant de la Communauté internationale à Sarajevo contre les Serbes de Bosnie et leur président, non seulement défient le bon sens mais relancent la crise.

 Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°119 – Septembre 2007

Une France futile

samedi, décembre 2, 2006 Laisser un commentaire

La France est un pays futile. C’est sans doute une des raisons de l’aimer. Voilà qu’elle vient de se toquer d’une dame qui la gronde et qui lui parle de la vie quotidienne comme en aurait parlé ma grand-mère. On voit des hommes d’influence, éberlués, retomber en enfance sous le charme subit du sourire d’acier de cette dame de fer entourée de ses mignons. Montebourg fait virevolter sa brune chevelure autant que ses idées, et le Parti socialiste, d’ordinaire si donneur de leçon, écoute médusé la dame égrener ses thèmes préférés de travail, famille et patrie.

Madame Royal, de ce pas, souhaite au plus vite s’installer dans les palais de la République. Elle veut redresser la France comme si cette dernière méritait une maison de redressement ; mais derrière le langage se dissimule mal l’inanité de la pensée. Et tandis que la France se dote de cette fée domestique, le monde continue de changer au rythme des grandes puissances émergentes, des zones de crises et d’affrontement, des religions incandescentes et de la frustration des peuples.

A nos portes, la situation du Moyen-Orient devrait nous mobiliser davantage et nous devrions saluer l’initiative prise par les présidents Chirac, Zapatero et Prodi de mobiliser la France, l’Espagne et l’Italie, trois puissances méditerranéennes dans le règlement d’une guerre commencée il y a 60 ans entre Israéliens et Palestiniens, et qui empoisonne le monde tant elle prend des allures de guerre de religion, jetant l’un contre l’autre des peuples fanatisés.

La querelle des lieux saints a fini de réveiller l’Islam, et au sein de l’Islam, le peuple des martyrs incarné par le chiisme iranien semble être en train de l’emporter.

L’engagement massif des Etats-Unis au côté d’Israël a fait monter d’un cran la tension, et dé-sormais l’Iran chiite contrôle les deux tiers de l’Irak et le Hezbollah libanais…

Ce n’est pas exactement ce que nous souhaitions. C’est le processus infernal qu’il faut arrêter avant qu’il ne soit trop tard. La France futile a parfois de mâles accents. La force d’interposition déployée sans délai au Liban a refroidi la crise tandis que l’Amérique se dotait d’une nouvelle majorité moins belliqueuse.

Il convient donc, la voie étant bientôt dégagée, de reprendre partout le dialogue sur tous les sujets qui fâchent et ils sont nombreux, mais on peut aussi les traiter sans hystérie.

Nous savons bien que la stabilité dans cette partie du monde dépend beaucoup de l’action de l’Iran qui a trois grandes cartes en main, l’Irak, le Kurdistan en voie de constitution, et le Liban en voie de désagrégation.

Le chemin de notre diplomatie est donc tracé puisque nous n’avons pas les moyens de clore le dossier nucléaire iranien dont on ignore d’ailleurs les contours exacts.

Prendre la main avec l’Espagne et l’Italie et bien sûr l’Allemagne est un geste majeur ; mais cela nous éloigne considérablement des préoccupations quotidiennes qui seraient celles des Français, alors que tout est lié puisque désormais notre destin se fait chaque jour en dehors de nos frontières avec une facilité que l’on ne soupçonne pas toujours !

En cela madame Royal est apaisante ; elle incarne avec succès le quotidien domestique, c’est une sorte de Jeanne d’Arc d’intérieur, tout à fait la femme de Peguy qui disait : «Femmes qui avez rangé la couronne et le suaire, femmes je vous le dis, vous rangeriez Dieu même s’il venait à passer devant notre maison».

Et bientôt notre intérieur sera en ordre ; quant au monde, qu’il se débrouille sans nous.

Xavier de Roux