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Majorité absolue

mardi, juin 26, 2012 1 commentaire

Les Français, décidément, sont monarchistes. Le Roi élu doit avoir une majorité au Parlement pour faire exécuter son programme. Les élections législatives viennent une fois de plus de le démontrer. Les Français qui doutent mais qui souhaitent l’expérience socialiste n’ont pas été voter, et ils représentent presque la moitié du corps électoral. Le système électoral majoritaire a éliminé l’extrême-droite qui avait représenté près de 20% des votants aux élections présidentielles. Ainsi le Parti socialiste obtient une majorité absolue à l’Assemblée nationale, alors qu’il représente à peine le quart des électeurs inscrits. Il a la majorité au Sénat, et il détient presque toutes les régions. François Hollande a donc un pouvoir absolu, mais ce pouvoir absolu lui est conféré par une minorité du corps électoral, la majorité restant à la fois attentive et taisante. Jamais la démocratie représentative n’avait atteint de telles limites. Mais le monarque absolu doit en même temps remplir un terrible mandat. Il a juré de rétablir la croissance économique, de réindustrialiser le pays et de faire reculer le chômage. Il a promis en même temps que le budget de l’Etat serait en équilibre, et faute de diminuer les dépenses il souhaite des recettes nouvelles, encouragé par Martine Aubry, qui pense sincèrement qu’il existe des “marges fiscales énormes”, au point que le Canard Enchaîné a pu titrer sur la “Rose au poing”. Certes les prélèvements fiscaux doivent être justes, et ils ne concerneraient que 3000 familles parmi les plus riches. Mais lever 50 milliards d’impôts sur 3000 familles, est évidemment impossible même en leur confisquant tout, jusqu’aux petites cuillères ! Cinquante milliards, ça ne se trouve pas dans une pochette surprise, et comme d’habitude lorsque la fiscalité vise les riches, ce sont les pauvres qui s’apprêtent à trinquer parce qu’ils sont les plus nombreux ! Or pour faire la relance, la fameuse relance que promet François Hollande, il faut du capital pour s’investir dans l’entreprise, et si le capital privé devient frileux à cause de la fiscalité ambiante, il faudra du capital public. Mais où trouver ce fameux capital public si l’on ne peut émettre à un coût raisonnable des obligations d’Etat ? Il faut donc forcer la main de la chancelière allemande pour qu’elle accepte que l’Allemagne cautionne les emprunts français. Il est bien évident que l’Allemagne n’est pas de cette humeur. Aussi le Premier ministre, M. Ayrault, n’a fait aucun triomphalisme au soir des élections. Il en appelle à l’union nationale devant la difficulté et il a raison. Mais personne n’a expliqué aux Français la nature de la difficulté et celle des remèdes. On s’est contenté, entre les deux tours, de se gausser des tweets de la compagne du Président, qui soutenait l’adversaire de la mère de ses enfants ! Le côté Dallas, ou les Feux de l’amour, a fait beaucoup rire, mais n’a pas remplacé un débat. Sans se soucier le moins du monde de la gravité de la situation, les Français ont applaudi au spectacle de Labiche, comme au bon vieux temps où ils répondaient justement au “capital” de Marx par la “cassette” de Labiche. Nos voisins nous décrivent comme un peuple futile et inconstant, capable de danser jusqu’à l’aube sur le pont de n’importe quel Titanic. Pour l’instant, nous en sommes là, mais comme d’habitude nous guettons l’acteur, ses esquives et ses fautes probables ; pauvre Hollande qui s’est jeté avec une certaine gloriole dans la fosse aux lions. Son destin n’est pas simple. Sera-t-il un gladiateur hors pair ? Ou au contraire évitera-t-il les obstacles en dormant ? «Il n’y a pas de problèmes qu’une absence de solution ne parvienne à régler», proclamait un Corrézien célèbre, que Jacques Chirac a d’ailleurs tenté d’imiter avec un certain succès. Au fond, c’est ce que pense la majorité des Français, mais la tempête mondiale qui s’est levée remet en cause le sort de l’Occident, et la philosophie corrézienne est difficilement applicable à cette révolution des valeurs, du pouvoir et de la richesse. Souhaitons donc que le nouveau monarque absolu soit un gladiateur hors pair.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°177 – Juillet/Août 2012

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Les avatars de la démocratie

lundi, juin 11, 2012 Laisser un commentaire

Le premier tour des élections législatives françaises donne une drôle d’idée de la démocratie pratiquée dans ce pays. Une fois que le roi est élu, et c’est l’élection présidentielle, la Chambre d’enregistrement des volontés du souverain doit être réunie dans la foulée, et si l’on n’est pas d’accord avec la volonté souveraine, on s’abstient ! C’est ce qui vient de se produire dimanche. Près de 43% des électeurs se sont abstenus. Cependant, parmi ceux qui ont été voter, la moitié ont déclaré ne pas adhérer au programme présidentiel soit en soutenant un candidat de la droite traditionnelle, soit un candidat du Front National. Certes, la loi du scrutin majoritaire doit donner le plus de sièges au parti qui a obtenu, non pas la majorité, mais le plus de voix. Le parti de François Hollande est dans cette position, mais majoritaire à la Chambre, il sera minoritaire dans un pays prompt à protester dans la rue lorsqu’il n’est plus entendu de la haute administration qui se met en place.

Les élections législatives confirment simplement la maigre avance de François Hollande à l’élection présidentielle et le vote qui a prévalu : tout plutôt que Sarkozy.

Tous les talents de M. Queuille vont être nécessaires au Président de la République pour surfer sur l’opinion. Il a intérêt à ranger au placard les Harlem Désir, Martine Aubry, Hamon ou Montebourg s’il veut observer le silence bienveillant des abstentionnistes.

Xavier de Roux

Catégories :Politique

Les habits neufs du Président

lundi, mai 7, 2012 Laisser un commentaire

François Hollande vient d’être élu Président de la République sur un programme classique, enseigné depuis longtemps à l’Ecole Nationale d’Administration dont il fut un bon élève. Un Etat juste doit organiser la solidarité nationale. L’Etat doit donc être puissant, entouré de serviteurs, les hauts-fonctionnaires, pour assurer le fonctionnement de la machine, l’initiative privée étant subordonnée à l’intérêt général défini par le suffrage universel. Mais les frontières des mondes clos se sont ouvertes. Le numérique et l’informatique promènent le capital à la vitesse de la lumière, un clic à Shanghai peut faire trembler Paris, tandis que les traités européens, avec la bénédiction des gouvernements socialistes, ont gravé dans le marbre les principes du libéralisme économique sur lesquels déjà François Mitterrand s’était cassé les dents : règle de la libre concurrence régulant le marché, interdiction des aides d’état, liberté de circulation des personnes, des capitaux et des biens. C’est dans cet environnement que le sage Monsieur Hollande va devoir se mouvoir, à moins qu’il ne décide de renverser la table comme le souhaite son ami Mélenchon. Certes poussé par l’émotion de la victoire, il a déclaré sur la place de Tulle que son succès allait changer l’Europe et le Monde. On ne sait pas encore ce qu’en pense Pékin, mais du côté de Londres, Washington et Berlin, on en n’est pas encore là et il y a tout lieu de penser que Madame Merkel va proposer au Président français un plan de relance très libéral ayant l’accord du président de la Banque centrale européenne. La diplomatie va reprendre ses droits et l’on entendra certainement, du côté du Parti Socialiste, clamer que l’on ne peut pas faire davantage tant Nicolas Sarkozy a laissé le Pays en mauvais état, comme si l’état du Pays n’était pas connu de tous pendant la campagne électorale, puisque le président de la Cour des comptes, Monsieur Migaud, est un proche de Monsieur Hollande. Mais il faudra aussi esquiver le premier écueil, c’est-à-dire les élections législatives. Certes pour les gagner le PS peut compter sur l’appui de Marine le Pen, en position de maintenir ses candidats au deuxième tour dans près de 200 circonscriptions et sur la division espéré de l’UMP, entre les membres de la droite populaire qui se situent à la droite de Le Pen, et ceux issus du PPR et de l’UDF d’antan.

C’est donc une France politiquement fragile que François Hollande va devoir mener. Il lui faudra les qualités d’un Pompidou, puisqu’il veut être un Président normal, et celles du petit père Queuille puisqu’il est son héritier en Corrèze. Autant dire que ses 60 propositions iront rejoindre au magasin des accessoires, les 110 de François Mitterrand, et quelques autres du même acabit !

En attendant une nouvelle campagne électorale s’ouvre pour convaincre une opinion lassée soit qu’il ne faut pas laisser tous les pouvoirs au même parti, soit qu’il faut donner une majorité parlementaire au nouveau président. Cette campagne sera menée dans un contexte économique difficile.

Le seul sage de l’histoire c’est finalement le Président sorti. Son dernier discours, après sa défaite, a été le bon. Il était chargé d’émotion, et avait pris de la hauteur, celui d’un vrai homme d’Etat, mais il était un peu tard !

Xavier de Roux

Catégories :Actualite, Politique

Quand Marine fait valser la République

mardi, avril 24, 2012 Laisser un commentaire

On savait que François Hollande et Nicolas Sarkozy seraient dans un mouchoir au premier tour de l’élection présidentielle. C’est ce qui s’est passé. Hollande à 28% et Sarkozy à 27%, mais l’on attendait un Mélenchon triomphant, drapeaux rouges, poings levés, Internationale en tête sur le pavé des rues, le peuple à ses côtés, et la liberté guidant le peuple ! Ce fut Marine Le Pen ! Les drapeaux tricolores, la patrie, la nation, les étrangers dehors, et avec eux la classe politique qui gouverne la France depuis 30 ans !
Est-ce un coup de mauvaise humeur ? Est-ce un mouvement de fond ? Y a-t-il d’un côté des bobos qui jouent à la révolution derrière Mélenchon, et le peuple de la France profonde qui est en train de la faire avec Marine Le Pen ? Cela fait des années que ce mouvement traverse et agite notre société, qu’on se contente de le traiter par l’ostracisme ou par les vieilles recettes marxistes qui n’arrivent plus à convaincre personne, même resservies à la sauce trotskiste ou sociale démocrate, parce qu’elles ont tellement échoué à travers le monde qu’elles n’arrivent plus à séduire. Mais ce n’est pas tellement l’exclusion, l’étranger, l’autre, qui emplit les urnes de Marine Le Pen, c’est la fureur et le désenchantement, c’est l’impression que les femmes et les hommes issus de la démocratie participative pour meubler nos assemblées, en réalité ne les représentent pas et n’ont pas de pouvoir sur les événements qui agitent le monde et qui font pourtant le niveau de vie quotidien. L’extrême droite d’avant-guerre, accusait déjà la ploutocratie, c’est-à-dire une petite élite financière, de tous les malheurs qui allaient accabler le monde, et finalement de la montée du bolchevisme stalinien qui s’emparait de la planète. On ne rejoue pas heureusement l’histoire, et la planète a bien changé. Les créanciers de la France, ce ne sont plus des banquiers à cigare et à chapeau melon, comme on nous les présente encore, ce sont les fonds souverains des pays pétroliers, ce sont les énormes excédents commerciaux chinois qu’on recycle à Hong Kong ou à Shanghai, et c’est vrai que nos démocraties peuvent jouer les matamores, mais qu’elles ne pourront survivre qu’en se modifiant considérablement. Lorsque l’Allemagne qui a fait une partie du chemin s’arcqueboute sur son intérêt national qui est de ne pas financer toutes les dettes de ses partenaires, elle gagne certes du temps, mais son espace vital reste cependant en Europe et la France est bien forcée de trouver les moyens d’une cohabitation. Marine Le Pen veut renverser la table, tout est simple. On sort de l’euro, on contrôle les frontières, on produit français, et bien entendu, derrière tout cela on diminue la solidarité nationale, mais ses électeurs, pour beaucoup se moquent de son programme. Ils veulent simplement dire qu’ils en ont marre des solutions compliquées qu’on ne leur explique pas, des promesses non tenues, parce que les représentants de la démocratie ont un langage à usage interne et un autre qui s’adresse aux marchés. La caricature en fut ce bon Hollande qui proclame à Paris que son ennemi c’est la finance, et se précipite à Londres pour rassurer la City en proclamant le contraire.
Mais quel que soit le résultat des élections présidentielles, tout se déterminera lors des élections législatives. Dans de très nombreuses circonscriptions Marine Le Pen pourra imposer des élections triangulaires et Mélenchon souhaitera aussi sa part des sièges. Dans un tel combat, l’issue est nécessairement incertaine. C’est donc une Assemblée nationale sans réelle majorité qui cohabitera avec un Sénat de gauche, et un Président de droite ou de gauche, selon le coup de dés du deuxième tour. Si Mélenchon est à gauche et Le Pen à droite, cela signifie qu’il y aurait un bloc de gauche autour de 40%, un bloc de droite autour de 45% et 15% de ce que l’on appelle le centre qui généralement dénotait dans la tourmente et qui tentera désespérément de se faire entendre dans la cacophonie des élections législatives. Marine Le Pen est au violon et Hollande à l’accordéon, drôle de bal !

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°175 – Mai 2012

Le rang électoral

mercredi, février 29, 2012 Laisser un commentaire

Les Français ont conservé de la Révolution la passion de l’égalité et la haine des privilèges, même s’ils ont fait aussitôt Empereur un général révolutionnaire, et ducs et pairs de France la génération des hommes sortis de la Révolution. L’auteur des noyades de Nantes et autres joyeusetés à l’usage des aristos détestés finira duc d’Otrante !

François Hollande surfe donc sur cette vague avec d’ailleurs une étonnante approximation. Dans la même déclaration, il affirme qu’il taxera à 75% les revenus supérieurs à 1 000 000 d’euros par mois, pour se reprendre un quart d’heure plus tard en parlant cette fois là de 1 000 000 d’euros par an. Hamon devait être en coulisses. De toutes façons, taxer les riches est une idée porteuse, comme le coup de l’égalité qu’on nous rabâche depuis deux siècles. Le pouvoir est à prendre, les clés sont dans la boîte à gants. Après, on verra bien. Nécessité fera loi !

L’Etat, crispé sur son être, sur la légitimité qu’il revendique, sur les prébendes qu’il distribue, ne veut surtout pas bouger ou évoluer. L’administration doit être la source de tout, du savoir comme de l’égalité et François Hollande est son candidat naturel. Il n’a jamais de sa vie occupé un poste dans une activité de production ou d’échange ; il est l’illustration parfaite de celui qui sait tout sans jamais avoir rien fait. Il incarne bien le pessimisme français qui entretient cette croyance naïve que l’action politique peut bouleverser leur existence.

François Mitterrand avait juré que la gauche allait changer la vie ; on a vu les résultats et son héritier nous chante la même chose. La vérité est que le système bureaucratique français est hostile à la réforme. L’héritage révolutionnaire c’est la centralisation étatique hiérarchisée, la faiblesse des processus de participation dont on parle toujours mais qu’on utilise jamais et finalement l’incapacité à s’adapter avec souplesse aux demandes sociales, si ce n’est en théorie. Encore une fois, François Hollande présente les indispensables réformes, celles notamment permettant le retour à l’équilibre budgétaire et à l’efficacité de l’Etat, comme des réformes imposées par l’étranger, en l’occurrence l’Allemagne ! C’est tout dire. La réforme devient une contrainte, elle n’est pas un choix. La contre-réforme est donc nécessaire et nous y sommes. La France refuse la mondialisation qu’elle présente comme une pure idéologie, alors que c’est en fait, parce qu’elle entraîne le centre de gravité du monde vers l’Asie. Les Français se sentent marginalisés et craignent le vent du large. François Hollande est là pour les rassurer. De Gaulle disait : «La France n’est réellement elle-même qu’au premier rang». C’est peut-être d’avoir perdu ce rang qui crée le pessimisme et le malaise français. Mais pour le retrouver, c’est un autre souffle dont ont besoin les citoyens français, une autre vision qui pourrait se nourrir de tous les talents de ce pays, de l’imagination citoyenne, de la créativité et de l’insolence française.

Cette campagne électorale est désolante. Elle tire vers le bas, elle ne propose aucune vision d’avenir, comme si les candidats acharnés à s’insulter, pensaient que leur ring était à lui sel l’avenir du monde. La France mérite mieux et les Français aussi.

Xavier de Roux

Catégories :Elections, Politique

La République perd les élections cantonales

mardi, mars 29, 2011 Laisser un commentaire

Au soir du vote, on constate que 56% des électeurs ne se sont pas déplacés, ils se sont abstenus de voter ! Ils se moquent comme d’une guigne de la gestion des conseils généraux. D’ailleurs dans l’inextricable fouillis des institutions françaises, ils ignorent parfaitement le rôle exact de ces fameux conseils généraux, beaucoup sont persuadés qu’il s’agit de prébendes que se partagent des personnalités politiques dont ils connaissent le nom, soit parce que, ancré dans le territoire depuis des générations, c’est devenu une sorte de propriétaire de la charge sur le modèle de l’ancienne France, soit parce qu’en charge d’affaires nationales, on le voit souvent à la télévision et ce n’est qu’en complément de son activité ministérielle ; que les partis se chamaillent pour prendre la place prouve simplement que la place est bonne, elle rapporte ! Cet aspect négatif de la fonction politique, la dégradation de son image, l’extraordinaire confusion des genres entre le Conseil régional, le Conseil général, les Communautés de ceci ou de cela, éloigne le citoyen de sa République. Il ne s’y retrouve plus et son rôle de citoyen, celui conquis d’abord en 1789, se perd dans une incapacité à agir directement sur les affaires qui le concernent.

Le citoyen a le sentiment que son seul bulletin de vote n’est plus un levier suffisant pour lui permettre de participer aux affaires de la cité. Et c’est d’ailleurs vrai que la confusion des genres, la mondialisation de l’économie ont fait disparaître le geste citoyen. Souvenons-nous simplement de l’affaire de Maastricht ou du traité de Barcelone : l’Europe imposait à une France socialiste les dogmes du libéralisme le plus extrême ! Il est évident que le citoyen français n’avait pas voté socialiste pour la mise en concurrence des services publics et la fin des monopoles d’Etat ! C’est pour cette même raison que les partis simplement protestataires progressent ; Mélenchon en voulant limiter les salaires du haut, et Marine Le Pen en voulant supprimer la concurrence du bas, c’est-à-dire l’immigré ! Si ils accédaient aux affaires, Mélenchon comme Le Pen auraient à gérer des réalités assez éloignées de leur slogans, et aidés par la même fonction publique, soumis aux mêmes exigences, ils ne feraient sans doute pas beaucoup mieux que ceux qu’ils ont tant brocardés.

A l’heure de Facebook ou de Twitter, il apparaît que la reprise en main du rôle du citoyen, base de la République, passe par le changement radical de la façon dont il choisit sa représentation. Pendant des décennies le vote est apparu  comme la panacée universelle, mais puisqu’on ne vote plus parce que le vote ne débouche pas sur ce que l’on veut, il faut radicalement supprimer le vote, redonner toute sa place au citoyen en faisant en sorte que l’exercice des pouvoirs démocratiques devienne un devoir pour tous et non pas l’apanage de quelques parvenus du suffrage universel minoritaire.

Pour cela, une solution est simple, c’est la désignation du citoyen par tirage au sort dans les assemblées comme en matière de jurés des assises. Aucun juré ne s’est plaint d’avoir exercé la justice en son âme et conscience, même s’il était très éloigné de ces questions avant d’être choisi. Ce devoir de participer aux affaires publiques par un tirage au sort nécessairement égalitaire doit redonner un sens à l’action publique, en montrant les difficultés de la tâche, mais aussi en libérant les imaginations, prisonnières aujourd’hui de la pensée unique d’une élite ou prétendue telle. Cette solution n’est pas nouvelle et on peut s’inspirer de la constitution de la République de Venise où le collège des citoyens, chargé notamment de désigner les doges, était tiré au sort. Il faudra également revoir les conditions de l’administration du territoire pour que les assemblées locales soient bien en cohérence avec les bassins de vie et d’activité qu’ils doivent gérer et développer ; l’Education nationale devra inscrire dans ses programmes, dès la petite enfance, l’éducation citoyenne et les devoirs que ces derniers doivent à la République.

Enfin chargés de leurs affaires et très directement, les citoyens français devront s’en prendre à eux-mêmes pour le bon comme pour le mauvais. Ils redeviendront peut-être de bonne humeur.

Xavier de Roux

Catégories :Actualite, Politique

Faut-il avoir peur de Marine Le Pen ?

mardi, janvier 25, 2011 Laisser un commentaire

Le Front National progresse parce qu’il donne des réponses simples à des questions complexes. Il a fait son beurre de l’immigration, oubliant d’ailleurs que Jean-Marie Le Pen avait commencé sa carrière en prônant l’intégration de l’Algérie, donc de sa population, à la France, alors que cette idée, si l’on en croit les mémoires d’Alain Peyrefitte, révulsait le Général de Gaulle pour qui «les Français étaient les Français et les Arabes, les Arabes» et qui opposait la tradition chrétienne de la France à la tradition musulmane de l’Algérie. On sait ce qu’il advint de cette affaire et l’ancien chantre de l’Algérie française devint le pourfendeur de l’immigration, avec un certain succès populaire. De même, alors que la classe politique se cherchait, dans le flou, un destin européen, le Front national s’y opposa en défendant les valeurs de la tradition française. Mais Jean-Marie Le Pen ne pouvait pas s’empêcher d’être provocateur et souvent odieux. Ses plaisanteries sur «Durafour crématoire» ou sur le «détail» de la Seconde Guerre mondiale qu’aurait été l’usage des fours crématoires pour éliminer le flot immense des victimes du National Socialisme Allemand, sont franchement indécentes quel qu’en soit le contexte. Tout le personnage avait un penchant assez glauque, une attirance étrange pour le passé nazi, comme en témoigne la diffusion par sa maison de disques, la SERP, de chants de la Waffen SS dans les années soixante. Certes, le prétexte était historique, mais le sujet douteux. C’est probablement cet aspect trouble de son monde politique, cette volonté de fédérer tous les groupuscules d’extrême droite et l’intégrisme chrétien qui l’empêcha de transformer en vrai succès populaire, son talent d’orateur, son sens de la formule et sa connaissance du peuple.
Or, sa fille Marine n’est évidemment pas de la même génération. Sa perception du deuxième conflit mondial est tout à fait différente. Elle n’a pas servi dans la légion étrangère, elle n’a pas connu la difficile période de la décolonisation. Elle est contemporaine, elle est totalement dans les querelles de son temps, elle a des thèmes simples qui semblent porter sa conviction alors que la classe politique, rajeunie, mais profondément habitée par le doute, passe son temps à chercher ce qui est politiquement correct et ce qui ne l’est pas.
Nicolas Sarkozy a fait une campagne électorale fondée sur les valeurs du travail. L’explosion financière de 2008, le scandale épouvantable et inachevé de la fausse monnaie fabriquée par les banques les plus sophistiquées, ont mis à bas les perspectives qu’il dessinait. Le monde de l’argent nu, ne pouvait plus dissimuler un scandale dont d’ailleurs le Président de la République n’était pas responsable. Il aurait simplement du lire Fernando Pessoa, le banquier anarchiste, qui disait déjà, lors de la crise de 1929 «le mal véritable, le seul, ce sont les fictions sociales qui se superposent aux réalités naturelles, de la famille à l’argent».
Or Marine Le Pen parle des réalités naturelles tandis que le monde politique se débat dans les fictions sociales, les systèmes, les complications, le langage de Marine Le Pen est compréhensible, même lorsqu’elle assène des contre-vérités tout à fait considérables.
Qu’importe que sa dévaluation espérée d’un franc nouveau, ruine illico les retraités et les épargnants, ce n’est pas le sujet. Le sujet, c’est le franc, c’est le Pays, c’est la Nation. C’est cet équilibre de proximité qui donne naturellement une perspective de prospérité au peuple qui l’écoute.
Et ce langage simple porté par une jolie femme a toutes chances d’être plus convaincant que les fictions de droite ou de gauche d’idéologies épuisées. Jean-Louis Borloo s’est lancé courageusement et assez seul dans une relecture de notre société. Il prépare un manifeste. Il est nécessaire que ce manifeste parle simplement des réalités actuelles et ne soit pas un catalogue de mesures où l’on trouve de tout comme jadis à la Samaritaine. Parce qu’au Front National, on s’est emparé à bras le corps du grand thème radical de la laïcité, que beaucoup de républicains ont du mal à manipuler parce qu’il ne s’agit plus, comme en 1905, de viser le Pape et les congrégations, le passé chrétien et le rôle de l’église au sein de la société, mais d’opposer la laïcité à une religion, l’Islam, très liée à l’immigration, si bien qu’il semble que s’en prendre à l’Islam, c’est faire preuve de racisme ou de discrimination. Le Front National n’a pas d’arrière-pensées, la laïcité devient une arme républicaine au premier degré, comme la reconstitution des frontières pour s’opposer au mondialisme et à ses délocalisations. Ce sont des armes naturelles et qui semblent maniables à une époque où l’on se méfie de la modernité.
Si ces thèmes ne sont pas abordés, discutés, explicités, si Marine Le Pen est la seule à occuper ce terrain, et à tenir ces discours, elle sera la seule à mobiliser, à réunir et à fédérer l’électorat populaire. Le Front de gauche s’en inquiète, et il a raison, Mélanchon copie le Front. Jean-Pierre Chevènement essaye aussi de se situer sur ce terrain populaire et national, mais avec évidemment un autre langage, une autre logique, une autre pensée, mais rien ne ressemble plus à une fiction qu’une autre fiction.
L’UMP et le PS qui acceptent les dogmes de base de l’Union européenne, de la monnaie unique, de la libre circulation, de la liberté d’entreprendre, en un mot de la démocratie libérale, risquent dans ces temps troublés de perdre du terrain électoral et le Front National, peut émerger comme un acteur majeur de la vie politique française faute de trouver en face de sa nouvelle présidente des ténors suffisamment puissants pour redonner à la Nation française le goût d’elle-même et l’espoir.

Xavier de Roux
Paru dans L’Echo des Arènes n°160 – Février 2011


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