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Un monde déréglé

dimanche, octobre 1, 2006 Laisser un commentaire

La mondialisation construit, jour après jour, une sorte de tour de Babel, celle que l’on n’a jamais achevée parce que les ouvriers ne se comprenaient plus. Beaucoup de mots aujourd’hui perdent leur sens et tous les genres se mêlent. Or l’homme politique a besoin de repères et de perspectives pour bien décider. La tâche devient singulièrement difficile. Trop de révolutions silencieuses se sont faites ces 50 dernières années, la révolution de la communication, de la robotisation, la fin de l’agriculture et du rapport à la nature, la disparition des métiers et la naissance d’autres métiers, l’ouverture des frontières et la migration accélérée des peuples et des hommes, la fin du couple grâce à la procréation artificielle et l’on vient nous dire aujourd’hui, benoitement, que la planète est en danger, menacée par l’activité humaine, qu’il faut modérer la croissance et que l’énergie se fait rare !

Il y a 50 ans, le quart de la population française travaillait la terre. C’était un métier dur, mais l’on observait les choses et le temps ; le rapport à la nature était quotidien. Nous sommes devenus sans nous en rendre compte non plus des acteurs mais des consommateurs de nature parce que nous sommes entrés dans le monde virtuel que dessinent les ordinateurs de nos enfants.

Mais les ordinateurs ne corrigent pas les excès de nos comportements et du modèle social que nous avons donné au monde. L’économie de marché érigée en seul moteur de la société a créé des citoyens consommateurs ; la croissance, la richesse, c’est de pouvoir acheter davantage, de vivre plus vite et mieux, au milieu des objets du confort, et c’est vrai, presque de la même façon de la pointe de la Bretagne à l’extrémité de la Chine.

Voir transformés à notre image en citoyens consommateurs des milliards d’Indiens et de Chinois donne le tournis. Imaginez 600 millions de voitures circulant en Chine et autant aux Indes, calculez l’énergie nécessaire et la pollution, et vous comprendrez mieux que non seulement s’épuisent l’énergie fossile, le pétrole et le gaz, mais aussi toutes les matières premières. Du coup on rouvre les mines, jusque dans la Nièvre tandis qu’on vole les câbles électriques pour le cuivre qu’ils contiennent. Le dérèglement est à nos portes. Nous ne savons plus très bien ce que boira la planète dans 50 ans, et déjà, au Moyen Orient, on se bat pour le contrôle des fleuves, autant que pour le contrôle du pétrole.

La grande question politique, c’est donc d’établir une régulation à l’échelle mondiale, c’est donc de penser nos politiques avec réalisme et non pas comme des chimères, c’est de mesurer et de calculer l’avenir car le pire n’est jamais sûr.

Nous devons avant tout établir un plan d’énergie capable de se substituer d’ici 30 ans à l’énergie fossile.

Il faut bien entendu utiliser la biomasse – les Allemands pendant la guerre faisaient déjà voler leurs avions avec du carburant tiré du bois – utiliser le mieux possible les carburants d’origine végétale, le soleil et le vent, mais il faut aussi maintenir à niveau notre énergie nucléaire qui est la moins polluante, celle qui affecte le moins la couche d’ozone. Il faut investir à long terme dans la recherche et pour cela il faut avoir dans le secteur du gaz, de l’électricité, des biocarburants, des opérateurs économiques puissants, et si ils ne le sont pas assez, c’est à l’Etat, pour le bien collectif, de les créer, comme a été créé le commissariat à l’énergie atomique en son temps par le gouvernement du Général de Gaulle.

Dans cette perspective, la fusion de Gaz de France et de Suez est assez anecdotique, puisqu’il faut aller plus loin pour lever les capitaux nécessaires. Mais surtout la réflexion politique doit être claire et déterminée. Car nous parlons très sérieusement de l’avenir de l’humanité.

Xavier de Roux

www.xavierderoux.net

Globalisation

jeudi, septembre 1, 2005 1 commentaire

Jamais les peuples de la planète n’ont été aussi interdépendants. Certes depuis toujours, les conquêtes, les migrations, les voies commerciales ont eu une influence notable sur l’évolution des civilisations humaines, mais il fallait du temps au temps, et même si l’homme, depuis qu’il marche a fait sur ses deux pieds de considérables distances, jamais il n’avait réussi à abolir la distance et le temps. Et bien, c’est fait et il faut bien s’y habituer. Jules Verne et son tour de la terre en 90 jours est laissé sur place. Nous sommes à quelques heures de Pékin ou de Washington, à une encablure de Moscou, à une portée de pierre d’Istanbul, on saute la Méditerranée à cloche-pied, les flux financiers se déplacent, eux instantanément, et l’on peut produire où l’on souhaite la plupart des produits de grande consommation ; quant aux virus et ma-ladies diverses, grippe aviaire et autres vaches folles, d’un claquement de doigt, elles arrivent ! Il y a de quoi déboussoler les plus solides.

Pendant des siècles, les peuples étaient un peu comme des moules sur leur rocher, et voilà qu’on les jette au vent du grand large sans précaution, sans les prévenir, et sans même évaluer les conséquences de cette nouvelle et imprévisible situation !

La Chine a besoin d’énergie, et voilà que le prix du fuel se met à grimper chez le pompiste de Saintes ou de Chaniers. Israël et la Palestine règlent leurs comptes et l’on entend des bruits de botte jusqu’en Iran, puis c’est New York, Madrid et Londres qui sautent au gré des querelles américaines avec le monde arabe, qui sont d’ailleurs des querelles pétrolières. L’immédiateté de l’intrusion de situation lointaine dans la vie quotidienne est évidemment porteuse d’angoisse puisque l’on ne peut agir ni sur la raison, ni sur la cause. Or cette intrusion est quotidienne. Là où l’on avait un métier, un travail pour la vie, on peut se retrouver demain complètement démuni, et sans recours, le pouvoir de chaque Etat-Nation ne dépassant guère ses frontières. Plus le marché est vaste, plus il est incontrôlable et imprévisible. L’Union Européenne limite les importations de textile chinois, et l’on entend aussitôt les commerçants dire qu’on n’aura pas de chandail cet hiver, parce que nous n’en fabriquons plus ! Le temps politique semble toujours en décalage avec la réalité du marché, si bien que le pouvoir démocratique cesse d’être le recours de justice et de modération que l’on attend de lui ; les élus, sauf ceux d’extrême proximité, sont largement déconsidérés, et l’on se met à attendre des miracles tirés de vieilles recettes assez angoissantes.

Il faut donc prendre du recul et de la hauteur. Le temps est passé où l’on versait une larme et une obole pour les pays en voie de développement comme on disait. Ces peuples ont décidé de se développer et ils le font vite. C’est cette révolution qui nous étreint. Nous en étions à réfléchir à la fin du travail, et au temps des loisirs. Voilà que cette concurrence nouvelle nous tombe sur le dos. Les talents sont ailleurs ; les talents sont partout. Le vaste monde les accueille.

Une société moderne, c’est celle qui soigne ses talents, qui les protège, qui les conserve, qui leur permet de créer et d’assurer à tous les retombées de leurs créations. Il faut mettre fin aux sociétés jalouses, envieuses, stupidement égalitaires, aux hiérarchies qui n’ont plus de sens, aux réglementations héritées du passé. Il faut ouvrir les fenêtres au vent du large, puisqu’on ne peut plus les tenir fermées de crainte de disparaître. Il faut faire taire définitivement les querelles religieuses qui ne sont plus que l’expression de la frustration d’âmes obscures, être tolérant de la foi des autres, mais être intolérant à l’intolérance.

La planète appartient, indivisément à tous les peuples qui se sont rendus désormais solidaires pour le meilleur et pour le pire. Nous devons nous habituer et surtout adapter à cette situation la vision et le langage politique. Ce n’est pas aussi commode que ça.


Xavier de Roux

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