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De fausses solutions à un faux problème

lundi, mai 1, 2006 Laisser un commentaire

Bien que la courbe du chômage se soit inversée depuis plus de six mois, il était tout à fait légitime que le gouvernement cherche une solution à une spécialité française : le chômage des jeunes. On constate, en effet, que malgré des offres de travail non satisfaites en très grand nombre, les jeunes ont du mal à trouver un emploi.

La réponse classique d’un employeur au candidat à un premier emploi sonne comme une rengaine : « vous n’avez pas d’expérience ». Monsieur de La Palisse n’aurait pas dit autre chose… Les offreurs ne veulent pas prendre le risque économique d’un licenciement. Ils proposent donc des stages ou autres contrats à durée déterminée que l’on peut ne pas renouveler sans s’exposer à des indemnités. C’est ce que l’on appelle dans le vocabulaire d’aujourd’hui, la précarité.

L’idée du gouvernement était donc de proposer un vrai contrat à durée indéterminée, résiliable moyennant un préavis, et une indemnité forfaitaire, pendant une durée de deux ans. Cette souplesse dans l’application dérogatoire du travail devait permettre de remettre à armes égales les candidats expérimentés et les candidats sans expérience. La mesure avait l’avantage d’être simple, et de ne rien coûter à l’Etat qui se ruine en contrats aidés de toutes sortes.

Mais cette mesure avait deux défauts : d’abord, applicable jusqu’à vingt six ans, elle créait une discrimination pour l’ensemble des demandeurs d’emploi de cet âge, quelle que soit leur formation ou la branche d’activité qu’ils choisissaient ; Ensuite, et surtout, elle ne fit l’objet d’aucune explication, laissant à ses adversaires le choix des mots et des slogans. On décréta donc une « génération précaire » créée par « l’ultralibéralisme » ; et en avant toute pour les cadences infernales, la lutte des classes, les patrons exploiteurs, et le règne du profit ! L’économie de marché a en effet un immense défaut, elle est à peu près seule au monde ! Le seul grand pays a être encore sous la domination d’un parti communiste totalitaire, c’est la Chine ; Les conditions de travail et de salaire y sont telles qu’elle est devenue le grand atelier du monde, et que son exemple est difficilement vendable dans nos sociétés occidentales, même à Marie-George Buffet et à Alain Krivine, qui furent les ardents défenseurs d’un système pire encore.

Dans sa solitude, l’économie de marché fonctionne cahin-caha, fabriquant du profit comme de la pauvreté, mais généralement couvrant en Europe les besoins des populations, tout en innovant dans la recherche fondamentale, l’espace ou la santé. On demande simplement au pouvoir politique d’agir pour réglementer autant que faire se peut le fonctionnement de ce marché, pour qu’il ne soit pas simplement un marché aux voleurs !

C’est justement pour agir sur le marché du travail, qui ne fait pas naturellement assez de place aux jeunes, que le gouvernement est intervenu ! Ce n’est donc pas de l’ultralibéralisme, ni même du libéralisme, c’est exactement le contraire, tout à fait dans la tradition française, où l’Etat doit intervenir sur tout et dans tout.

Cette intervention, pavée de bonnes intentions, n’a pas été comprise. Il était inutile de déclencher une guerre civile pour une mesure qui ne méritait pas tant de polémique et tant d’indignité. Elle a été retirée. Mais le problème n’est pas résolu pour autant. Il reste entier. Et l’on voudrait bien savoir quelles mesures efficaces ses détracteurs proposent.

On a beaucoup entendu, sur fond rose, Monsieur Hollande brocarder le gouvernement, mais le parti socialiste est muet. Il paraît qu’il réfléchit et même qu’il va trouver. On croyait qu’après tant d’années passées au pouvoir, il avait eu le temps de réfléchir, et même de méditer ; Il n’en est rien. « Du passé faisons table rase » chante-t-on en fin de banquet à l’heure de l’internationale. C’est pratique et même ça explique tout ! Monsieur Fabius peut passer les habits neufs du Président Mao !

Pressée de questions sur ce sujet, notre candidate à la Présidence de la République a répondu, entre deux pas de danse avec Jamel Debbouze, qu’il fallait de la souplesse pour les employeurs et de la sécurité pour les employés qui devraient conserver leur salaire en cas de licenciement. On croyait qu’il existait déjà en France une assurance chômage, Ségolène Royal va peut-être le découvrir et sans doute l’améliorer. En attendant cette proposition tirée d’un modèle scandinave qui contraint le chômeur à accepter l’emploi qu’on lui propose, rien n’émerge des bancs du parti socialiste ; Si l’on va plus à gauche, le remède c’est la fin de l’économie de marché, le retour au modèle albanais, style Enver Hodja, avec José Bové à l’autosuffisance alimentaire, Noël Mamère aux éoliennes, Besancenot aux entreprises publiques, Laguiller aux finances, Mélenchon à la propagande, Krivine à l’intérieur, Emmanuelli aux banques et Marie-George Buffet, Premier Ministre.

Ne souriez pas, cet attelage, dans le passé, a réussi dans de nombreux pays… et l’avant-garde prolétarienne a déjà saisi la coordination étudiante.

Si l’on veut sortir des slogans, des idées préconçues, des solutions technocratiques qui dorment dans les tiroirs des ministères, il serait peut-être temps de mettre tous les acteurs sociaux en face de leurs responsabilités pour que s’organise un marché de l’emploi cohérent.

Il est venu le temps de mettre autour de la table les syndicats des salariés comme les représentants des entreprises, mais aussi les acteurs de la formation et au premier chef l’Etat responsable de l’Education Nationale, pour analyser d’abord le plus objectivement possible la situation – il y a tant de rapports savants sur ces sujets – et pour tenter ensuite de dégager des pistes communes. Le Conseil Economique et Social, qui est une assemblée permanente, pourrait être le havre et le médiateur d’une telle réunion. Il pourrait faire siennes les conclusions et les transmettre aux deux autres assemblées.

Ainsi le débat serait public, complet et totalement démocratique.

Puisqu’on parle tant de démocratie participative, peut-être pourrait-on commencer par là.


Xavier de Roux

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Catégories :Emploi, L'Echo des Arènes

Et le contrat première embauche dans tout ça ?

mercredi, mars 1, 2006 Laisser un commentaire

Depuis des temps immémoriaux, la satisfaction de ses rêves, de ses envies, de ses besoins a fait courir l’homme. On appelle cela le profit. Certes, le XIXème siècle et le XXème siècle ont vu avec les besoins financiers croissants des activités nouvelles, le capitalisme prendre son envol et avec lui le profit. Certes dès l’aube du XIXème siècle, de Fournier à Saint-Simon et de Saint-Simon à Marx, en passant par Proudhon, on a tenté de remplacer les sociétés du profit par une société des égaux dont seule l’âme collective serait le ressort de l’activité. Ces systèmes parfaits ont terminé leur carrière à la fin du XXème siècle après que la dictature du prolétariat ait été celle des parvenus du prolétariat, et qu’ils aient ensanglanté la planète de Moscou à Pékin, de Varsovie à Phnom Penh, de Budapest à Hanoï, en supprimant partout la liberté. Faute de capitalisme, on avait le travail forcé !

Mais depuis nous vivons dans un étrange système où l’accumulation du profit crée un sentiment d’insécurité, où le progrès technique ressemble à une menace, où l’on réclame le retour en arrière alors que la planète est devenue sans frontières lorsqu’il s’agit d’échanger les produits et les marchandises dans un vaste marché dont le seul aiguillon est la concurrence. Produire le moins cher possible pour vendre au plus grand nom-bre, tel semble l’impératif décidé par les consommateurs qui oublient qu’ils sont en même temps acteurs de la production et de l’échange.

Désormais, les grandes cathédrales ouvrières occidentales sont démantelées les unes après les autres, en même temps que les coûts de production doivent supporter des salaires et des charges incompatibles avec les prix de revient qui doivent en même temps donner satisfaction aux consommateurs et rémunérer l’investissement.

La production industrielle fuit donc les pays que l’on dit développés vers les pays émergents, mais ces délocalisations accroissent évidemment le chômage et la sensation de ce qu’il est convenu d’appeler la précarité.

Le citoyen habitué au confort de sociétés bien organisées se met subitement à vivre en plein vent, toutes fenêtres ouvertes ! Il ne comprend plus les mécanismes qui mènent le monde, et encore moins ce que font ou ce que ne font pas les gouvernements pour lutter contre le manque d’emploi.

C’est dans ce contexte difficile qu’est intervenu le plan de cohésion sociale de Jean-Louis Borloo ; il faut agir non seulement sur l’emploi, mais sur le cadre de vie, et au premier chef sur la rénovation urbaine.

Or, les premiers à supporter un chômage massif ce sont les jeunes de moins de 26 ans qui ont le plus grand mal à s’intégrer au monde du travail.

En effet, plus le coût du travail augmente, plus l’entreprise augmente sa productivité qui exige les travailleurs les mieux formés et les plus efficaces ; et si la productivité ne suffit pas, ensuite souvent l’entreprise délocalise… Ne restent plus en France que la conception et la recherche, et encore…

Mais la France compte heureusement 2 500 000 entreprises et autant d’entrepreneurs. La très grande majorité, soit travaillent pour le marché intérieur national, soit sont extrêmement inventives et réalisent un travail, un produit, avec une qualité que des concurrents étrangers ne possèdent pas. C’est ainsi d’ailleurs que l’Allemagne s’en sort grâce à son quasi-monopole de la machine-outil. Ces PME, ces PMI créent de l’emploi et souvent se développent. Seulement notre droit du travail a été conçu pour de grandes entreprises avec de grands syndicats. Notre droit du travail est devenu avec plus de 2000 articles de code une matière de spécialistes. De grands cabinets d’avocats se sont spécialisés dans cette matière difficile ; or les PME et les PMI, très souvent, n’ont pas accès aux subtilités de nos codes et le premier licenciement fait de travers entraîne mécaniquement des effets financiers qui peuvent parfois être dramatiques. Cette insécurité née de la complexité fait que beaucoup de petites et moyennes entreprises préfèrent embaucher à coup sûr plutôt que de prendre le risque d’avoir à licencier. Toutes les enquêtes, tous les sondages le démontrent.

L’idée du Contrat Première Embauche, c’est donc d’éliminer l’obligation de prouver pendant deux ans la cause réelle et sérieuse du licenciement, puisque l’absence de preuve de cette cause entraîne le paiement d’une indemnité distincte du préavis et de l’indemnité de licenciement. Le Contrat Première Embauche, c’est un vrai contrat de travail à durée indéterminée, qui ne peut être rompu que moyennant un préavis et une indemnité et qui ouvre droit aux indemnités chômage ; mais pendant une période de deux ans, l’employeur n’a plus la charge de la preuve du motif réel et sérieux du licenciement, ce qui ne l’autorise pas pour autant à procéder à un licenciement abusif. Cette évolution de notre droit du travail destiné à faciliter l’embauche de jeunes n’ayant pas encore d’expérience, mérite-t-elle le remue-ménage qui est fait ?

Il ne s’agit pas de livrer à la jungle les relations du travail ; il s’agit simplement de constater que souvent le mieux est l’ennemi du bien. Personne ne s’étonne de ce que beaucoup de nos jeunes partent travailler à Londres, au Canada, en Australie et dans un vaste monde où le droit du travail pourtant ne leur apporte pas la protection du droit français.

Le Contrat Première Embauche ne réglera évidemment pas la question de la place de l’économie française dans le monde, mais s’il peut simplement faciliter l’accès à l’emploi d’un certain nombre de jeunes, il aura rempli son but.


Xavier de Roux

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Un peu d’optimisme, s’il vous plait !

vendredi, juillet 1, 2005 Laisser un commentaire

La France est malade du chômage depuis près de 30 ans, depuis le premier choc pétrolier de 1975. Les gouvernements se sont succédés, de gauche et de droite, alternativement, sans que l’on trouve une solution à cette situation qui ronge les finances publiques en même temps que le moral de la Nation.

Pourtant on a tout essayé, le traitement social, le traitement économique, on a ouvert un véritable concours Lépine des meilleures recettes qui fut gagné, haut la main, par la mesure phare de Mme Aubry, qui consiste à réduire obligatoirement la durée du travail pour mieux la répartir entre les actifs potentiels. Cette fameuse idée du philosophe économiste Lorotourou, dont on n’entend plus guère parler, loin de faire baisser le chômage, n’a fait que l’augmenter en pesant sur le coût du travail dans un monde ouvert à la concurrence, et en coûtant des fortunes au contribuable qui compense aux entreprises leur perte de compétitivité, par le budget.

Mais cette mesure malgré son inefficacité absolue a eu pour avantage de valoriser le temps libre, si bien qu’il fut décidé de la sanctuariser. Défense d’y toucher, c’est un avantage acquis !

Les pouvoirs publics ont donc créé au fil du temps un secteur entier de non actifs, totalement encadrés, financés. On en sort généralement de façon précaire pour entrer dans un marché du travail qui fonctionne très mal. En effet, à côté de secteurs de l’économie où les demandes excèdent largement les offres d’emploi, il existe d’autres secteurs que l’on qualifie – quel joli mot – de secteurs « pénuriques » où les offres d’emploi ne sont pas satisfaites. Il s’agit des activités du tourisme comme la restauration ou l’hôtellerie, les métiers de service à la personne, l’industrie du bâtiment et des travaux publics… ainsi que quelques autres. Les spécialistes se perdent en conjectures sur les raisons de ce désintérêt pour ces métiers. Sont-ils trop mal payés, sont-ils peu gratifiants socialement, sont-ils trop pénibles ? Personne n’apporte la même réponse, chacun voit midi à sa porte, et du coup, rien ne bouge.

Mais plutôt que de demander aux spécialistes de trouver des solutions à des problèmes qui ne sont pas techniques, il conviendrait peut-être de réfléchir, simplement à ce qu’est l’emploi : l’emploi c’est l’activité que tout être humain mène ou devrait mener dans la société à laquelle il appartient. Cette activité peut être extrêmement diverse, elle peut être un métier, un travail, ou un art.

Or on confond toujours dans un étonnant raccourci le travail et le salariat. Dans cette perspective le travailleur c’est celui qui vend à un patron sa force de travail, et qui la vend pas cher, si bien que l’antagonisme entre l’employeur et l’employé est de droit, fondant ainsi la lutte des classes !

Cette notion restrictive et antagoniste de l’activité sociale a gâché toute la réflexion politique qui s’est mise à rêver d’un système binaire où il y aurait un parti des employeurs et un parti des employés. Le Parti communiste s’est d’ailleurs proclamé « parti des travailleurs » et Arlette Laguiller incarne le prolétariat !

Or si cette caricature sociale a peut-être été juste quelques temps dans l’histoire récente des grandes cathédrales industrielles, elle ne colle plus du tout avec le monde qui se crée, et que nous créons tous les jours sans nous en rendre compte.

Les activités traditionnelles, agricoles et industrielles restent essentielles mais sont devenues minoritaires en terme d’emploi, par contre l’invention, la création, la recherche restent heureusement un mouvement profond et ample qui conduit à maintenir une activité riche, moderne et porteuse d’avenir.

L’art et les talents ne sont pas taris, et finalement notre vieux pays qui vit une sorte de crise de nerf par perte d’identité continue d’avoir des chances immenses que constatent les observateurs étrangers.

« Mais non, l’Hexagone ne va pas si mal » titrait le New Statesman de Londres, et Mark Leonard écrit : « Si l’on veut savoir quelle est l’industrie lourde qui affronte le mieux la mondialisation, il suffit de comparer Renault et Rover… Il est facile d’oublier à quel point l’économie française a pris une dimension internationale… Elle s’est hissée au quatrième rang mondial. La France attire trois fois plus d’investissements étrangers que le Royaume-Uni et 50% de plus que les Etats-Unis. Elle a engagé des réformes à un rythme accéléré… La vie dans l’Hexagone est fondamentalement attrayante, où mieux que là prendre un train, subir une transplantation cardiaque, aller au restaurant ? La vie culturelle est dynamique et ouverte sur le monde… La population est élevée, la croissance démographique soutenue… » N’en jetez plus !

Mais alors pourquoi cette morosité ? Eh bien tout simplement parce que la classe politique n’a pas encore fait suivre ces changements, et continue imperturbable des querelles d’un autre temps, avec des recettes de grand-mère !

Qu’elle se crispe et qu’elle cesse d’inventer ! La querelle récente sur l’Europe et le libéralisme a été un grand moment d’indigence mentale.

Pendant ce temps-là, 250 000 entreprises se créent chaque année, qu’on aide à leur trouver du crédit, qu’on les laisse travailler en paix, qu’on cesse de corseter l’activité, que l’on fasse confiance aux talents, et l’optimisme reviendra ! Mais il est tellement plus amusant de faire semblant de jouer à la Révolution ! C’est le vrai paradoxe.


Xavier de Roux

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Morosité !

mardi, février 1, 2005 Laisser un commentaire

Les Français seraient moroses ; la presse l’affirme, un rapport préfectoral le confirmerait. Les Français seraient inquiets pour leur avenir et nostalgiques de la grandeur passée. Il est évident qu’un pays qui produit depuis 25 ans un taux de près de 10% de chômeurs doit s’interroger sur son organisation sociale et son goût d’entreprendre.

Tout effectivement dans le traitement du chômage a été essayé. On a même tenté de diminuer le temps de travail pour le partager avec ceux qui ne travaillent pas. Cette généreuse idée de M. Larrouturou, reprise par Nicole Notat, Gilles de Robien et Martine Aubry, n’a évidemment pas donné le résultat souhaité. Ce n’est pas le nombre de chômeurs que l’on a baissé mais le montant des salaires !

Le gouvernement, n’osant toucher à cette merveille, a augmenté le SMIC à marche forcée, ce qui est bien, mais ne règle pas le problème ; quant aux salaires des fonctionnaires qui représentent 40% du budget de l’Etat, on ne peut les augmenter qu’en augmentant les impôts dans une proportion voisine, alors que le pays s’est endetté sans mesure et n’arrive pas à réduire un déficit accumulé depuis 20 ans.

Certes les mesures prises pour conserver l’assurance-maladie à un coût acceptable pour chacun ont l’air de produire leurs premiers fruits, mais la grogne d’une partie du corps médical se met à l’unisson des autres corporatismes, comme s’il était très difficile d’avoir une vision globale de la société dans laquelle nous vivons, et donc le sens de l’intérêt général qui n’est évidemment jamais l’addition des intérêts particuliers.

Mais ce qui semble plus grave, c’est qu’à force de parler d’emploi, on cesse de parler de métier, du rôle de chacun dans notre peuple, des passions qui peuvent pousser les uns ou les autres à exercer telle ou telle activité. Tout semble interchangeable, et pourtant, si nous voulons garder notre place et notre rang dans le monde nous devons avoir toujours des vocations de chercheurs, de scientifiques, de créateurs, d’inventeurs, et notre système éducatif, qui d’ailleurs s’en rend compte, doit continuer aussi à produire cette indispensable élite. Encourager l’apprentissage n’est pas en contradiction avec l’accès aux sciences et aux savoirs les plus complexes ; l’aventure spatiale européenne en est un exemple, comme le sont d’ailleurs l’aéronautique, la biologie ou la recherche atomique !

Nous vivons finalement dans un monde bien fragile, sur des plaques tectoniques flottant sur du magma. Il suffit de quelques secondes ou de quelques minutes pour anéantir une portion d’humanité ; quelque secondes entre le bonheur et le malheur ; quelques minutes pour l’éternité.

Le cataclysme asiatique nous a brutalement remis à notre place qui est tellement temporaire, et à notre condition humaine si fragile ; vu du haut de la vague nos ambitions sont apparues chétives, et médiocres nos révoltes. Mais cela n’empêche pas, heureusement, cette volonté de nous dépasser qui vient du fond des temps. Alors sommes-nous vraiment moroses ? Attendons-nous le sauveur ? Ou les rayons du supermarché sont-ils trop chers ? Cela fait beaucoup de questions et pas tellement de réponses. La vérité est sans doute ailleurs, tapie au fond de chacun de nous, capable du meilleur et du pire. C’est pour cela que l’on a inventé, il y a bien longtemps, le bouc-émissaire. L’élu s’est porté volontaire pour ce poste et c’est comme cela qu’est née la démocratie représentative. Messieurs les boucs-émissaires, à vos places, l’opinion est morose, vous allez déguster !


Xavier de Roux

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Catégories :Emploi, L'Echo des Arènes

La troisième guerre mondiale est-elle commencée ?

lundi, novembre 1, 2004 Laisser un commentaire

Le débat que nous avons en France et en Europe concernant le Moyen Orient est plutôt surréaliste. On parle, et d’ailleurs largement dans nos colonnes de l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne, qui porterait ainsi ses frontières sur l’Euphrate au milieu de l’Orient compliqué. Interrogé sur cette question, le Premier ministre turc, M. Erdogan, a eu une réponse à la fois terrible et vraie. Il a rappelé que la promesse d’adhésion faite à la Turquie remonte à 1963, à une époque où l’on avait très besoin de l’armée turque pour défendre les frontières contre la menace soviétique.

C’était l’époque de la guerre froide ! Aujourd’hui c’est l’époque de la guerre chaude, et le Premier ministre turc d’ajouter avec une certaine malice que l’Union Européenne n’avait pas besoin de l’adhésion de la Turquie pour être militairement présente sur l’Euphrate ! On découvre en effet au beau milieu du conflit irakien un contingent anglais, un autre polonais, un autre italien ; même si les Espagnols sont revenus, il y étaient. Les armées européennes sont en Mésopotamie, et font la guerre aux côtés des troupes américaines, et c’est bien la guerre qu’ils font. Effectivement, l’Europe n’a pas eu besoin de la Turquie pour s’en mêler.

L’épouvante règne au Moyen Orient. On meurt chaque jour dans le cahot irakien ; les hôtels sautent en Egypte ; les chars israéliens rasent des quartiers entiers des camps de réfugiés de la bande de Gaza ; le royaume saoudien est menacé ; la guerre sainte islamique est déclarée à l’occident des « croisés » par une poignée de fanatiques qui préfèrent le paradis d’Allah à la vie humiliée et famélique qui est la leur.

Théodor Herzl, le fondateur au XIXème siècle du Sionisme, c’est-à-dire du retour du peuple juif en Palestine, disait : « En Palestine, nous créerons un avant-poste de l’Europe, contre l’Asie. Nous serons l’avant-garde du monde civilisé contre la barbarie ».

Certes, le rêve colonial emplissait alors la conscience européenne, et il n’est pas extraordinaire que des penseurs juifs aient alors lancé ce rêve de reconquête de l’espace biblique et du grand Israël. La terreur hitlérienne renforça, après 1948, le mouvement sioniste créé 50 ans plus tôt. Mais alors que l’Europe se retirait partout de ses « avant-postes contre la barbarie », au Liban, en Syrie, en Egypte, en Irak, en Tunisie, au Maroc, en Algérie, Israël tenait en Palestine, et menait une guerre de survie, aidée par les américains qui reprenaient à leur compte la mission de Théodor Herzl. Israël devenait le chien de garde des intérêts américains au Moyen-Orient, et Dieu sait si ces intérêts sont considérablement puissants !

John Betty écrivait en 1950 dans son livre « Le rideau de fer de l’Amérique » : « Les présidents et leurs collaborateurs s’inclinent devant le sionisme comme quelqu’un qui se trouve devant une tombe sacrée. La minorité juive des Etats-Unis est parvenue à un tel degré de force et d’ambition que l’Amérique est, de son fait, menacée de périls incessants et d’une troisième guerre mondiale. » En cela, il reprenait l’opinion du grand orientaliste français Louis Massignon, qui affirmait de son côté : « La Palestine d’aujourd’hui est l’expérience terminale, le cas crucial de cette exploitation coloniale qui, depuis des siècles, sème dans le monde des opprimés une haine apocalyptique ».

Le Président Kennedy fut le seul président américain à comprendre très clairement la situation, et à tenter de se rapprocher de l’Egyptien Nasser qui lui écrivait, le 18 août 1961 : « Monsieur le Président… mon but est de vous exposer que le droit du réfugié palestinien est lié au droit de la patrie palestinienne et que les autres patries arabes ne peuvent s’isoler de l’agression dirigée contre une des leurs pour la raison bien claire que cette agression menace les autres patries arabes du même danger et les expose au même sort ».

Certes, l’histoire est l’histoire et il n’est plus question de remettre en cause l’existence de l’Etat d’Israël, mais il faut que cet Etat devienne un Etat de paix et non plus un Etat de guerre. Comment interdire à l’Iran d’avoir un armement nucléaire, dès lors qu’elle se prétend menacée par l’armement nucléaire d’Israël, qui n’a jamais fait l’objet du moindre contrôle, ou de la moindre déclaration aux instances internationales ? Comment soutenir la souveraineté d’un Etat palestinien, si le tracé de ses frontières, ou son héritage, est tel que cette souveraineté ne pourrait pas s’exercer ?

L’Union Européenne, et la France, ont apporté beaucoup de lucidité dans cette affaire dont la solution difficile doit reposer sur l’équité. Car seule l’équité peut apporter une paix durable. Or, nous avons besoin, le plus grand besoin, d’une paix durable, et l’on pourrait même dire d’une paix égoïste. Mais le temps de la paix est en train de passer, et le temps de la guerre est en train de s’installer.

La pire des guerres se prépare, celle des supposés pauvres contre les supposés riches, celle des croyants contre les incroyants, ou les supposés tels, celle des passions contre la raison.

Dans cet affrontement, quelle sera la position de la Turquie ? Faut-il l’arrimer à notre camp, au camp de la paix, et la faire peser de toutes ses forces qui sont immenses au service d’une solution pacifique au Moyen Orient, ou pense-t-on qu’il est déjà trop tard et que la Turquie a déjà choisi le camp de l’Islam ? C’est la question qui doit être résolue, et ce n’est pas facile. Mais n’ayons aucun a priori, car le pire se prépare.


Xavier de Roux

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Faut-il revenir sur la durée du travail ?

jeudi, septembre 2, 2004 Laisser un commentaire

L‘intrusion du Fonds Monétaire International dans la querelle de la durée du travail en France et en Europe relance le débat. Faut-il revenir sur la durée légale du travail fixée à 35 heures par la loi Aubry ?

Et là, la discussion passe vite du pragmatisme à l’idéologie ; on sort les chimères et les vieux auteurs et l’on s’envoie à la figure les conquêtes sociales, les délocalisations, les péchés capitaux sans oublier la terrible malédiction divine : « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front ! »

Evidemment l’idéal serait que le salariat n’existe pas. Que chacun produise pour soi et échange avec les autres les éventuels surplus. Saint Simon et Fourier se sont essayé au XIXème siècle à ce genre d’utopie. Les phalanstères n’ont pas été très loin !

Parce que l’homme est ainsi fait que ses besoins sont infinis et qu’ils ne peut obtenir de les satisfaire qu’en travaillant, qu’en réfléchissant, qu’en décidant en groupe.

Si vendre son travail a longtemps été une question éthique et politique de premier plan, si le salaire est apparu longtemps comme l’exploitation de l’homme par l’homme et si l’on a passé 70 ans à tenter de régler la question, dans la ligne du petit père Marx, grâce aux grands philanthropes que furent Lénine, Staline et Mao Tsé Toung, on sait à peu près aujourd’hui que le collectivisme, comme on disait, ça ressemble davantage au goulag qu’au paradis. Il faut donc passer à autre chose.

Martine Aubry, qui a des idées aussi courtes que définitives, est partie d’un syllogisme simple : puisqu’il y a 10% de chômeurs, si ceux qui travaillent travaillent moins, ils laisseront la place à ceux qui ne travaillent pas. Grâce aux 35 heures, ce sera le plein emploi, et comme la différence a un coût pour les entreprises on la fera payer par le système de Sécurité Sociale qui touchera plein pot de nouvelles cotisations !

On a donc essayé ; on a toujours autant de chômeurs, et pas plus de cotisations ! Mais on a la qualité de vie ! Formidable réponse. Sauf que les salaires ont reçu un coup d’accordéon sévère, que la production nationale a baissé ; que des entreprises vont produire ailleurs, ce qui provoque l’inquiétude du Fonds Monétaire International, et tout simplement celle des gens doués de sens commun.

On peut s’étonner que le Gouvernement, malgré la pression de beaucoup d’honorables parlementaires, ait décidé de ne toucher à rien, même si l’on constate que dans de nombreux secteurs il y a une demande d’emploi non satisfaite, tandis que c’est exactement le contraire dans d’autres secteurs ! On chuchotait que le Roi était pour le statu quo et qu’il était donc urgent de ne rien faire. Dans ce cas, il est évident qu’on ne bouge pas d’un fil !

Mais le Roi a eu un mouvement de paupière juste après le 14 juillet. Il était inquiet des perspectives de son pays et il a finalement conseillé à son Premier ministre de s’intéresser aux délocalisations d’entreprises, c’est-à-dire à l’attractivité de notre territoire. Il avait dû se souvenir que l’on ne peut pas, d’une main créer un grand espace européen, où tout circule et s’échange librement, et d’autre part, conserver contre vents et marées des exceptions françaises, dont la limitation du temps de travail fait partie.

C’est donc sous l’angle de la délocalisation et du Fonds Monétaire International réunis que va se faire la réforme du temps de travail. Elle n’ira pas très loin d’ailleurs : on ne taxera plus les heures supplémentaires. Point !

Le retour à une durée hebdomadaire de travail plus souple ne règlera certainement pas tous les problèmes de la société française. Elle fera peut-être simplement prendre conscience que la société d’abondance ne tombe pas du ciel et que l’Etat providence a la providence qu’il peut !

C’est bien là où le bât blesse. Notre civilisation c’était la mesure, l’organisation sociale, la solidarité. Or nous tombent sur la tête les milliards d’habitants de la planète qui ont faim, qui veulent consommer, exister, vivre, qui mettent le turbo et qui exigent que tombent nos obstacles aux échanges, nos aides à l’agriculture et aux produits agricoles, qui nous font sentir tout le poids de notre protection sociale, eux que pas grand chose ne protège. La mondialisation c’est le besoin de l’humanité toute entière de monter au Paradis. Elle était jusqu’alors tempérée par l’esclavage ou le colonialisme. L’élastique aujourd’hui est devenu très court. Martine Aubry devrait relire les bons auteurs et nous, nous accrocher aux branches. Il n’y a jamais très loin de Charybde en Scylla.


Xavier de Roux

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Catégories :Emploi, L'Echo des Arènes

Trancher le noeud gordien !

lundi, avril 5, 2004 Laisser un commentaire

Cette fois-ci, nous y sommes, la fracture de la société française est consommée. Les entrepreneurs, confrontés aux règles d’un marché désormais mondial, demandent qu’on adapte les règles de la société française à la concurrence à laquelle ils sont confrontés. Chacun voyant midi à sa porte, ils ne pensent qu’en terme de résultats, d’efficacité, de croissance. On ne peut pas le leur reprocher. Mais la société, largement composée de salariés et de retraités du travail, prend pour une provocation ces demandes qui touchent à leur statut, à leurs revenus, à leur façon d’exister.Les uns revendiquent l’effort et la productivité, les autres des revenus plus importants et des loisirs. Les uns font des plans d’entreprises à long terme et des stratégies compliquées, les autres agissent au quotidien. Pour tenir l’équilibre entre les deux, l’administration tente d’appliquer les savants arbitrages qu’ont décidé les élus : charges, impôts, temps de travail, réglementation…

Or, l’application à retardement, ou sans discernement, de textes déjà obsolètes ou évènementiels, produit irritation, grogne, insatisfaction. L’administration lourde et impuissante est bien incapable de faire exécuter les décisions politiques qui, souvent, ne correspondent pas à la réalité. Quant aux juges, ils appliquent les lois, que le Parlement a voté et qui contiennent souvent, elles aussi, toutes les contradictions d’une société irritée et dressée contre elle-même.

Si, de guerre lasse, les entrepreneurs voguent vers des cieux meilleurs et délocalisent, comme on dit, leurs entreprises, c’est le chômage et l’effroi ; si des mesures sont prises pour les rassurer et pour rendre notre territoire attractif aux activités nouvelles, il s’agit évidemment de mesures liberticides et de régression sociale.

Ce phénomène est amplifié par le fait que ces deux mondes, de plus, ne se rencontrent pas. Le jeune financier parisien organisant des fusions-acquisitions de sociétés entre Londres, Paris New York ou Hongkong n’a probablement dans son entourage aucun ami ouvrier, artisan ou paysan. Ils se croisent sans se rencontrer, sans se comprendre, et c’est aussi souvent vrai pour le patron pressé qui laisse à son directeur des ressources humaines le soin de gérer les femmes et les hommes qui, pourtant, participent à l’entreprise commune, mais n’en sont souvent que de pions.

Car la vachardise humaine s’ajoute à tout cela, avec le sens du parapluie qu’on ouvre et de la faute qui est toujours celle de l’autre, du tire au flanc que son métier ennuie, du dépressif, du fragile, de la gamme de tous les éclopés du temps qui passe, et ils sont légion, au point de créer un ministère de défense des victimes !

Les ingrédients sont donc là ; l’absence de consensus social à l’évolution de la société française est évident, comme est évidente l’hésitation de l’exécutif ficelé par les contradictions qui l’empêchent d’arbitrer correctement, parce que d’ailleurs personne ne sait où se situe le juste arbitrage. On se bat pour le pouvoir, mais on ne sait plus ensuite comment l’exercer ! Cette cacophonie rend illisible tout message. Allez expliquer aux cheminots de la SNCF ou aux électriciens d’EDF, que les Directives Européennes organisant la concurrence du rail ou celle de l’électricité ont été prises lorsque les socialistes exerçaient le pouvoir !

Le zapping politique a du bon, il efface la mémoire des décisions, si bien qu’un français sur deux estime ne pas faire de différence entre une politique de droite et une politique de gauche !

L’arbitrage politique du système démocratique représentatif devient donc quasi impossible.

Il faut donc exposer très clairement, très pédagogiquement, les données du problème au pays, il faut passer de la dialectique marxiste et de la loi des contraires à la perspective et à la synthèse.

Il arrive qu’un homme, parfois, arrive à incarner cette clarté et cette longueur de vue, mais c’est extrêmement rare. Il devient d’ailleurs ensuite un symbole et la statue du commandeur.

Faute de statue du commandeur, le recours, pour trancher le nœud gordien, c’est le recours au peuple, c’est-à-dire le référendum. Les grands esprits détestent le recours au peuple. Les questions de société seraient trop compliquées pour qu’il les comprenne ! Mais l’organisation de la société, c’est finalement l’affaire du peuple !

Ce n’est compliqué que pour ceux qui ne comprennent rien ou ne veulent pas comprendre. Les enjeux sont considérables, puisqu’il s’agit aujourd’hui de l’équilibre social de notre pays au bord de la rupture. Les grandes questions doivent donc être mises à plat, simplifiées, organisées, évaluées, et soumises à l’arbitrage du peuple. On répond que les extrêmes vont s’emparer des sujets. Mais les extrêmes s’en sont déjà emparés ! Il n’y a plus beaucoup de temps à perdre. La crise de notre démocratie est trop profonde. Il faut refonder d’urgence le pacte social.

Jacques Chirac l’a bien senti, et il faut reconnaître que la distance qu’il n’a cessé de prendre vis-à-vis des réformes et des réformateurs était prémonitoire. Il sentait l’opinion là où sa majorité voulait trancher dans le vif. Il sentait gênante l’ombre de Seillière, porte-parole des entrepreneurs, et donc champion de cette lutte des classes qui est la culture profonde de notre pays.

Le Président, en recadrant le gouvernement, a tenu compte d’une opinion rétive. Mais l’opposition, de toutes ses forces, brouillera le discours et fera assaut de démagogie. C’est bien au peuple lui-même qu’il faut en appeler !

Xavier de Roux

Vice-Président de la Commission des Lois

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