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Majorité absolue

mardi, juin 26, 2012 1 commentaire

Les Français, décidément, sont monarchistes. Le Roi élu doit avoir une majorité au Parlement pour faire exécuter son programme. Les élections législatives viennent une fois de plus de le démontrer. Les Français qui doutent mais qui souhaitent l’expérience socialiste n’ont pas été voter, et ils représentent presque la moitié du corps électoral. Le système électoral majoritaire a éliminé l’extrême-droite qui avait représenté près de 20% des votants aux élections présidentielles. Ainsi le Parti socialiste obtient une majorité absolue à l’Assemblée nationale, alors qu’il représente à peine le quart des électeurs inscrits. Il a la majorité au Sénat, et il détient presque toutes les régions. François Hollande a donc un pouvoir absolu, mais ce pouvoir absolu lui est conféré par une minorité du corps électoral, la majorité restant à la fois attentive et taisante. Jamais la démocratie représentative n’avait atteint de telles limites. Mais le monarque absolu doit en même temps remplir un terrible mandat. Il a juré de rétablir la croissance économique, de réindustrialiser le pays et de faire reculer le chômage. Il a promis en même temps que le budget de l’Etat serait en équilibre, et faute de diminuer les dépenses il souhaite des recettes nouvelles, encouragé par Martine Aubry, qui pense sincèrement qu’il existe des “marges fiscales énormes”, au point que le Canard Enchaîné a pu titrer sur la “Rose au poing”. Certes les prélèvements fiscaux doivent être justes, et ils ne concerneraient que 3000 familles parmi les plus riches. Mais lever 50 milliards d’impôts sur 3000 familles, est évidemment impossible même en leur confisquant tout, jusqu’aux petites cuillères ! Cinquante milliards, ça ne se trouve pas dans une pochette surprise, et comme d’habitude lorsque la fiscalité vise les riches, ce sont les pauvres qui s’apprêtent à trinquer parce qu’ils sont les plus nombreux ! Or pour faire la relance, la fameuse relance que promet François Hollande, il faut du capital pour s’investir dans l’entreprise, et si le capital privé devient frileux à cause de la fiscalité ambiante, il faudra du capital public. Mais où trouver ce fameux capital public si l’on ne peut émettre à un coût raisonnable des obligations d’Etat ? Il faut donc forcer la main de la chancelière allemande pour qu’elle accepte que l’Allemagne cautionne les emprunts français. Il est bien évident que l’Allemagne n’est pas de cette humeur. Aussi le Premier ministre, M. Ayrault, n’a fait aucun triomphalisme au soir des élections. Il en appelle à l’union nationale devant la difficulté et il a raison. Mais personne n’a expliqué aux Français la nature de la difficulté et celle des remèdes. On s’est contenté, entre les deux tours, de se gausser des tweets de la compagne du Président, qui soutenait l’adversaire de la mère de ses enfants ! Le côté Dallas, ou les Feux de l’amour, a fait beaucoup rire, mais n’a pas remplacé un débat. Sans se soucier le moins du monde de la gravité de la situation, les Français ont applaudi au spectacle de Labiche, comme au bon vieux temps où ils répondaient justement au “capital” de Marx par la “cassette” de Labiche. Nos voisins nous décrivent comme un peuple futile et inconstant, capable de danser jusqu’à l’aube sur le pont de n’importe quel Titanic. Pour l’instant, nous en sommes là, mais comme d’habitude nous guettons l’acteur, ses esquives et ses fautes probables ; pauvre Hollande qui s’est jeté avec une certaine gloriole dans la fosse aux lions. Son destin n’est pas simple. Sera-t-il un gladiateur hors pair ? Ou au contraire évitera-t-il les obstacles en dormant ? «Il n’y a pas de problèmes qu’une absence de solution ne parvienne à régler», proclamait un Corrézien célèbre, que Jacques Chirac a d’ailleurs tenté d’imiter avec un certain succès. Au fond, c’est ce que pense la majorité des Français, mais la tempête mondiale qui s’est levée remet en cause le sort de l’Occident, et la philosophie corrézienne est difficilement applicable à cette révolution des valeurs, du pouvoir et de la richesse. Souhaitons donc que le nouveau monarque absolu soit un gladiateur hors pair.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°177 – Juillet/Août 2012

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Quand Marine fait valser la République

mardi, avril 24, 2012 Laisser un commentaire

On savait que François Hollande et Nicolas Sarkozy seraient dans un mouchoir au premier tour de l’élection présidentielle. C’est ce qui s’est passé. Hollande à 28% et Sarkozy à 27%, mais l’on attendait un Mélenchon triomphant, drapeaux rouges, poings levés, Internationale en tête sur le pavé des rues, le peuple à ses côtés, et la liberté guidant le peuple ! Ce fut Marine Le Pen ! Les drapeaux tricolores, la patrie, la nation, les étrangers dehors, et avec eux la classe politique qui gouverne la France depuis 30 ans !
Est-ce un coup de mauvaise humeur ? Est-ce un mouvement de fond ? Y a-t-il d’un côté des bobos qui jouent à la révolution derrière Mélenchon, et le peuple de la France profonde qui est en train de la faire avec Marine Le Pen ? Cela fait des années que ce mouvement traverse et agite notre société, qu’on se contente de le traiter par l’ostracisme ou par les vieilles recettes marxistes qui n’arrivent plus à convaincre personne, même resservies à la sauce trotskiste ou sociale démocrate, parce qu’elles ont tellement échoué à travers le monde qu’elles n’arrivent plus à séduire. Mais ce n’est pas tellement l’exclusion, l’étranger, l’autre, qui emplit les urnes de Marine Le Pen, c’est la fureur et le désenchantement, c’est l’impression que les femmes et les hommes issus de la démocratie participative pour meubler nos assemblées, en réalité ne les représentent pas et n’ont pas de pouvoir sur les événements qui agitent le monde et qui font pourtant le niveau de vie quotidien. L’extrême droite d’avant-guerre, accusait déjà la ploutocratie, c’est-à-dire une petite élite financière, de tous les malheurs qui allaient accabler le monde, et finalement de la montée du bolchevisme stalinien qui s’emparait de la planète. On ne rejoue pas heureusement l’histoire, et la planète a bien changé. Les créanciers de la France, ce ne sont plus des banquiers à cigare et à chapeau melon, comme on nous les présente encore, ce sont les fonds souverains des pays pétroliers, ce sont les énormes excédents commerciaux chinois qu’on recycle à Hong Kong ou à Shanghai, et c’est vrai que nos démocraties peuvent jouer les matamores, mais qu’elles ne pourront survivre qu’en se modifiant considérablement. Lorsque l’Allemagne qui a fait une partie du chemin s’arcqueboute sur son intérêt national qui est de ne pas financer toutes les dettes de ses partenaires, elle gagne certes du temps, mais son espace vital reste cependant en Europe et la France est bien forcée de trouver les moyens d’une cohabitation. Marine Le Pen veut renverser la table, tout est simple. On sort de l’euro, on contrôle les frontières, on produit français, et bien entendu, derrière tout cela on diminue la solidarité nationale, mais ses électeurs, pour beaucoup se moquent de son programme. Ils veulent simplement dire qu’ils en ont marre des solutions compliquées qu’on ne leur explique pas, des promesses non tenues, parce que les représentants de la démocratie ont un langage à usage interne et un autre qui s’adresse aux marchés. La caricature en fut ce bon Hollande qui proclame à Paris que son ennemi c’est la finance, et se précipite à Londres pour rassurer la City en proclamant le contraire.
Mais quel que soit le résultat des élections présidentielles, tout se déterminera lors des élections législatives. Dans de très nombreuses circonscriptions Marine Le Pen pourra imposer des élections triangulaires et Mélenchon souhaitera aussi sa part des sièges. Dans un tel combat, l’issue est nécessairement incertaine. C’est donc une Assemblée nationale sans réelle majorité qui cohabitera avec un Sénat de gauche, et un Président de droite ou de gauche, selon le coup de dés du deuxième tour. Si Mélenchon est à gauche et Le Pen à droite, cela signifie qu’il y aurait un bloc de gauche autour de 40%, un bloc de droite autour de 45% et 15% de ce que l’on appelle le centre qui généralement dénotait dans la tourmente et qui tentera désespérément de se faire entendre dans la cacophonie des élections législatives. Marine Le Pen est au violon et Hollande à l’accordéon, drôle de bal !

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°175 – Mai 2012

Pourquoi les Français votent Mélenchon ?

jeudi, avril 5, 2012 Laisser un commentaire

Ce tribun aux tonalités d’avant-guerre, militant socialiste, sénateur, ancien ministre, étonne et fascine. Il a pris à la remorque le moribond Parti communiste, perclus de stalinisme, et remet au goût du jour la révolution immédiatement. Il réclame l’égalité absolue que peut créer une fiscalité confiscatoire, l’extermination des créanciers, ploutocrates apatrides qui se nourrissent du sang du peuple, et lui qui vota le Traité de Maastricht, renvoie l’Europe aux oubliettes, sous les applaudissements fournis de tous ceux qui en ont marre de la crise financière, de ses causes, des banques, des patrons pingres, du temps qu’il fait, qui ont envie de se défouler une bonne fois, qui n’écoutent plus les bobards et préfèrent les salades, les lendemains qui chantent et la table que l’on renverse ! Le Front de gauche et le Front national se retrouvent sur certains thèmes et partagent souvent le même électorat, c’est-à-dire le tiers des Français qui ne croient plus à la démocratie représentative, aux élites républicaines, aux combines de Partis, à l’économie, qui en ont assez que l’on chiffre leur espoir. Ils veulent le SMIC à 1 700 euros pour commencer et la retraite à soixante ans, et le remboursement à 100% de toutes les dépenses de santé, et le montant du prix du logement ! Des juristes piaillent que nationaliser l’énergie ou confisquer les revenus à partir de 360 000 euros par an est contraire au droit européen de la concurrence et à la Constitution. Mais Monsieur Mélenchon se moque totalement de la Constitution et du droit européen. Ce qu’il souhaite c’est simplement « rapporter du bonheur » et le bonheur n’a pas de prix. Quand on aime, on ne compte pas. Il renvoie donc les jeunes et les vieux énarques à leurs calculs et à leur avarice. Nous voilà dans une autre logique, un autre rêve, celui des « Soviets partout » ! Au Parti communiste, on fait un rêve. Le dernier candidat avait fait 1,63% des voix. A cette époque là on ne parlait que de la chute du Mur de Berlin, de révolutions de velours, de liberté retrouvée, d’entrée dans le monde de la consommation. C’était, en fait, entrer dans le stress de la concurrence, du rendement, de la rentabilité, dans le stress de la richesse. Monsieur Mélenchon permet donc au cauchemar libéral de s’éloigner, de remplacer l’anarchisme libertaire par la salutaire contrainte sociale qui fait culminer le bonheur, comme on l’a vu autrefois sur la Place Rouge, lorsqu’en uniforme et botté, le peuple défilait à toute vitesse vers le paradis des prolétaires.

On reprend donc le souffle où on l’avait laissé avec un clin d’œil vers la Chine et ses communistes, milliardaires qui vont mettre à bas et pour toujours, l’empire « étasunien ».

Jean-Luc Mélenchon est devenu un grand prophète français, un Trotski des bords de Seine, un Chavez continental. Hollande derrière ses petites lunettes n’a qu’à bien se tenir. Il fait décidément très Kerinsky. Il n’a pas la baguette magique de son maître François Mitterrand nourri aux sources de la synarchie si chère à Abellio, qui réussit à faire disparaître des écrans le Parti communiste de Georges Marchais. Les revoilà donc tous en scène à regarder dans le rétroviseur les années trente. On passe le film en noir et blanc, et c’est le film des années noires, mais qu’importe ! Jean-Luc Mélenchon veut faire bégayer l’histoire et il a l’air de s’y prendre bien.

Xavier de Roux

Catégories :Actualite, Elections

Le rang électoral

mercredi, février 29, 2012 Laisser un commentaire

Les Français ont conservé de la Révolution la passion de l’égalité et la haine des privilèges, même s’ils ont fait aussitôt Empereur un général révolutionnaire, et ducs et pairs de France la génération des hommes sortis de la Révolution. L’auteur des noyades de Nantes et autres joyeusetés à l’usage des aristos détestés finira duc d’Otrante !

François Hollande surfe donc sur cette vague avec d’ailleurs une étonnante approximation. Dans la même déclaration, il affirme qu’il taxera à 75% les revenus supérieurs à 1 000 000 d’euros par mois, pour se reprendre un quart d’heure plus tard en parlant cette fois là de 1 000 000 d’euros par an. Hamon devait être en coulisses. De toutes façons, taxer les riches est une idée porteuse, comme le coup de l’égalité qu’on nous rabâche depuis deux siècles. Le pouvoir est à prendre, les clés sont dans la boîte à gants. Après, on verra bien. Nécessité fera loi !

L’Etat, crispé sur son être, sur la légitimité qu’il revendique, sur les prébendes qu’il distribue, ne veut surtout pas bouger ou évoluer. L’administration doit être la source de tout, du savoir comme de l’égalité et François Hollande est son candidat naturel. Il n’a jamais de sa vie occupé un poste dans une activité de production ou d’échange ; il est l’illustration parfaite de celui qui sait tout sans jamais avoir rien fait. Il incarne bien le pessimisme français qui entretient cette croyance naïve que l’action politique peut bouleverser leur existence.

François Mitterrand avait juré que la gauche allait changer la vie ; on a vu les résultats et son héritier nous chante la même chose. La vérité est que le système bureaucratique français est hostile à la réforme. L’héritage révolutionnaire c’est la centralisation étatique hiérarchisée, la faiblesse des processus de participation dont on parle toujours mais qu’on utilise jamais et finalement l’incapacité à s’adapter avec souplesse aux demandes sociales, si ce n’est en théorie. Encore une fois, François Hollande présente les indispensables réformes, celles notamment permettant le retour à l’équilibre budgétaire et à l’efficacité de l’Etat, comme des réformes imposées par l’étranger, en l’occurrence l’Allemagne ! C’est tout dire. La réforme devient une contrainte, elle n’est pas un choix. La contre-réforme est donc nécessaire et nous y sommes. La France refuse la mondialisation qu’elle présente comme une pure idéologie, alors que c’est en fait, parce qu’elle entraîne le centre de gravité du monde vers l’Asie. Les Français se sentent marginalisés et craignent le vent du large. François Hollande est là pour les rassurer. De Gaulle disait : «La France n’est réellement elle-même qu’au premier rang». C’est peut-être d’avoir perdu ce rang qui crée le pessimisme et le malaise français. Mais pour le retrouver, c’est un autre souffle dont ont besoin les citoyens français, une autre vision qui pourrait se nourrir de tous les talents de ce pays, de l’imagination citoyenne, de la créativité et de l’insolence française.

Cette campagne électorale est désolante. Elle tire vers le bas, elle ne propose aucune vision d’avenir, comme si les candidats acharnés à s’insulter, pensaient que leur ring était à lui sel l’avenir du monde. La France mérite mieux et les Français aussi.

Xavier de Roux

Catégories :Elections, Politique

Le naufrage de l’ouverture

lundi, mars 15, 2010 Laisser un commentaire

Nicolas Sarkozy, pour se faire élire Président, avait su rassembler, sous la plume de Guaino, la France nationale, et faire rêver d’avenir une France libérée de ses carcans d’Etat. Le rêve s’est brisé, en même temps que le projet. Le Front National a retrouvé ses voix et les Français se retournent vers l’Etat qui a été le seul recours pour éviter une banqueroute plus grave encore que celle qu’ils ont subie. Et paradoxalement Nicolas Sarkozy est celui qui a remis l’Etat au centre du jeu, qui l’a fait agir avec efficacité, qui a fait tête contre un monde financier anglo-saxon avide et rapace. Mais l’image du jeune chef de guerre ramenant les Français sur les chemins de la gloire s’est évaporée, pour presque rien, pour des questions d’images ; un embarquement trop précipité sur le navire d’un Bolloré, la silhouette floue d’une épouse, d’étranges vacances aux USA, bref rien qui ne ressemble à la vie de ses électeurs, et puis sur le plan politique, de la part d’un politicien chevronné, l’étonnante idée d’aller pêcher dans le vivier de son adversaire. C’est pourtant ce que l’on apprend en premier lorsqu’on entre en politique : d’abord les tiens. Mais il est vrai que certains ajoutent : «Méfie-toi de tes amis, les ennemis on s’en occupe».

Quoi qu’il en soit, l’électorat que Sarkozy avait voulu rassembler au sein de l’UMP, qui n’a pas tardé à redevenir un RPR bis, s’est ému des talents que le Président partait chercher à l’orient de la vie politique, que ce soit des traîtres de comédie, genre Besson, ou des personnages appartenant plus au monde médiatique qu’à la réflexion géopolitique comme Kouchner. Au lieu d’apaiser la vie politique, ces choix ont exacerbé les envies et les énervements sans apporter une voix, tandis que Jean-Marie Le Pen redécouvrait le boulevard qu’il avait abandonné il y a quelques années.

Ces élections régionales sont à l’évidence des élections sanctions. Le plus grave, c’est qu’un Français sur deux s’est détourné des urnes, ayant l’air ainsi de justifier l’impuissance de la démocratie moderne à régler leur problème de vie. Car c’est de cela qu’il s’agit. Les grands féodaux socialistes installés dans les régions ne font que gérer un système économique ancré profondément dans le projet libéral européen. On sait bien que parvenu au pouvoir central ils ne feront, comme ils l’ont fait dans le passé, que gérer ce même système, alors qu’il faut un véritable laboratoire d’idées sur la façon de produire et d’échanger dans une société démocratique moderne, loin du millénarisme écologique qui vend la décroissance comme une panacée de médecin du moyen-âge.

C’est la dernière carte que Nicolas Sarkozy peut jouer. Une réflexion, une mise en scène, une mise en place d’une nouvelle société ; il lui reste peu de temps, et il s’est entouré de peu de gens ayant le goût de cette réflexion. Ce ne sont pas les élections régionales qui lui donneront la clef…

Xavier de Roux

Catégories :Elections

Une élection, pour quoi faire ?

mardi, février 23, 2010 Laisser un commentaire

Le 21 mars prochain, les Assemblées régionales auront été renouvelées, dans une certaine indifférence. Peu de Français connaissent le nom de leur conseiller régional élu sur une liste longue comme un jour sans pain. Seuls, les chefs de Région ont une certaine notoriété. Il en est même que l’on connaît nationalement. Frêche, parce qu’il dit pesamment n’importe quoi pour faire un scandale à quatre sous qui crève pourtant les écrans ; Ségolène Royal parce qu’elle fut candidate à la Présidence de la République et qu’elle conserve pieusement ce statut, avec en plus un côté martyr. Mais lorsque l’on demande aux Français quelles sont les compétences exercées par les Régions, c’est la confusion la plus totale. Parmi la minorité qui suit un peu, on parle des transports, sans doute à cause des grèves en Ile de France, et de la formation. En réalité, les Régions, sauf dans les territoires qui étaient des provinces fortes, comme la Bretagne, l’Alsace ou la Corse, sont d’existence réelle. Elles ont été fabriquées à la française. On met quatre ou cinq départements ensemble et vogue la galère. Tant pis si les Saintongeais fréquentent plus Bordeaux que Poitiers et si l’on a mis la Vendée dans les Pays de La Loire. L’administration fait toujours simple. Ce fut d’ailleurs en son temps le cas pour les départements. Mais plus de deux siècles d’existence ont fini par leur donner une légitimité et puis c’est la porte à côté ! Certes, on a mis un bazar pas possible avec toutes les communautés de communes, d’agglomération et d’on ne sait quoi, qu’essaient de masquer ou de faire disparaître les communes, plutôt que de remodeler ces dernières, mais c’est ainsi. La décentralisation s’est faite n’importe comment, au gré des humeurs, sa réforme n’apparaît pas beaucoup plus clairement, mais en attendant on vote. Les sondages se succèdent. Ils montrent une majorité parlementaire qui n’a pas l’air très en forme. Nicolas Sarkozy connaît le désamour. C’est un buzz national comme on dit. On l’a adoré, mais maintenant on ne l’aime plus, parce que lorsque le matin, on se regarde dans la glace, on ne trouve pas la tête du Président. Le Président a cessé, dit-on, de ressembler aux Français. Martine Aubry leur ressemblerait beaucoup plus, même si pourtant, on n’a pas tellement envie de la voir dans la glace le matin ! Mais c’est ainsi, les femmes et les hommes politiques sont soumis au régime de la cocotte-minute ou du micro-onde. Ils doivent répondre immédiatement à toutes les idées qui traversent l’esprit de leurs concitoyens ; pas moyen de biaiser, de faire attendre, ou simplement de réfléchir, il faut répondre ! Depuis 1979 tous les prévisionnistes avaient calculé que, passé l’an 2000, le nombre de retraités serait en passe de dépasser le nombre d’actifs, et qu’il faudrait en conséquence modifier notre système de retraite. Mais chaque fois qu’un gouvernement essaye, il est sommé soit de renoncer, soit de trouver, sans délai, un système qui ne changerait rien ! Et tout est à l’avenant.
Nicolas Sarkozy a réagi pourtant avec efficacité et rapidement à la crise financière qui menaçait de faire sauter l’économie de la planète. Il a été salué partout, sauf en France, parce que sa première femme ne plaisait pas, parce qu’il avait passé sa première nuit de Président au Fouquet’s qui est un hôtel pour riches, parce qu’il a embarqué sur le bateau de son ami Bolloré, parce qu’il a été aux USA passer des vacances et serrer la louche à Bush, parce que l’on a l’impression qu’il n’aime pas Obama, qu’il reste cinq heures à Haïti, qu’il prend des ministres socialistes et d’autres que l’on trouve nuls, et qu’il fait tout, tout seul, parce que les nuls ne l’aident pas.
Le débat politique prend les traits de M. Hamon qui parle comme au XIXème siècle mais qui prêche le futur. Il est en train de battre tous les records de son ami Montebourg et pour couronner le tout, il a fait un froid calamiteux, juste au moment ou on lançait le débat sur le réchauffement climatique. Or, s’il fait froid en hiver et chaud en été et que le ciel ne risque pas de nous tomber sur la tête tous les matins, c’en est fait de nos écologistes qui risquent d’aller dire leur messe sur les glaciers reconstitués. Dans ces conditions comment et pour qui aller voter ? Le plus simple c’est évidemment de voter contre ou de ne pas voter du tout. Mais il y a sans doute mieux à faire, c’est de questionner chaque candidat sur ce qu’il souhaite que la Région fasse, quel service elle peut apporter au citoyen, le rôle de ce qui est collectif par rapport à ce qui est individuel, et puis surtout nous renseigner, nous dire combien ça coûte, plutôt que de chanter en chœur que l’Etat se désengage parce qu’enfin l’Etat c’est nous ! Et l’on touche là le vrai sujet, celui qui est au cœur de notre avenir : il y a plus de trente ans que nous vivons à crédit, que la solidarité nationale est payée à crédit, que les fonctionnaires de l’Etat sont payés à crédit, que les Départements, les Communes, les Régions vivent à crédit, que notre niveau de vie repose sur une masse d’emprunts et que nous sommes maintenant au pied du mur, que l’on soit de droite ou de gauche, et qu’il faut bien faire les comptes, même si ce n’est pas très drôle. Parce que nous sommes tous sûrs, au moins, d’une seule chose, c’est que ça ne peut plus continuer.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°149 – Mars 2010

Catégories :Elections, L'Echo des Arènes

L’ouverture de la chasse

mardi, février 26, 2008 3 commentaires

La chasse au gibier politique est autorisée une très grande partie de l’année, et en période électorale, on peut faire feu sur tout ce qui bouge, très licitement.

Les principaux veneurs tiennent leurs meutes dans les salles de rédaction des médias. Pas toujours très courageux, ils chassent le gibier de moyenne importance ou le gros lorsqu’il commence à se fatiguer.

Mais il y a d’autres chasseurs en embuscade, les concurrents qui manient l’escopette et les amis qui pratiquent plutôt le couteau dans le dos, ou le coup de grâce de l’animal à terre. Ainsi donc, à cor et à cri, va la vie politique que l’on dit démocratique. Ne sont épargnés que les très grands gibiers réputés sauvages ou méchants.

Pendant longtemps, et juste après son élection, Nicolas Sarkozy était classé dans cette catégorie ; on ne le tirait pas et faute de pouvoir l’abattre, il était louangé à outrance. La cour se mettait en place et l’on baisait ses chaussures avec délice et prosternation. Qui aurait le regard ? Le sourire ? La poignée de main ? Le bon mot ? L’engueulade, le coup de gueule, le grand ou le petit frisson ?

Dans les salles de presse, on cherchait l’exclusivité de la confidence, la taille nécessaire de la brosse à reluire, la photo la plus sympa, la famille, la femme, le caprice, et puis patatras… ! Le roi divorça. Ce qui aurait pu être une simple nouvelle de cour, est le commencement d’un charmant conte de fée, mélodie d’amour, la belle chanteuse et le prince charmant, tourne immédiatement à la cacophonie.

On chassa d’abord la Carla, c’était simple, mais elle fut leste, alors commença le tir groupé sur le quartier général. Le roi amoureux savourait ses brioches tandis que le peuple affamé mourrait de faim. Ce vieux remake eut un succès inespéré, d’autant qu’un Président en jean, ce n’est déjà plus vraiment un Président ; il n’est plus protégé par son habit. Il se met, au propre comme au figuré, absolument à découvert et Nicolas Sarkozy plus habitué à être chasseur que gibier, oublia les règles essentielles de la remise et du change et donna tête la première dans le piège. Il n’y avait plus qu’à sonner l’hallali à grand renfort de trompes de la renommée ; surprise la cour commença à s’éparpiller ; il n’est pas bien vu d’avoir aimé le roi, d’avoir touché son pied, ou réclamé qu’il guérisse une écrouelle. Mais chasser le Sarkozy n’est pas de tout repos ; il est évidemment jeune, solide, rapide à la course, imprévisible dans ses manœuvres. Lorsqu’il tient la forme, les chiens n’approchent pas trop. On en est là, la meute fait un boucan du diable, elle hurle, trépigne, mais se méfie, dès fois que l’opinion prompte à calculer le juste et l’injuste et à charger la victime viendrait à changer de bord !

Là ce sont les chasseurs qui sont à découvert et en grand risque. On a sonné l’ouverture de la chasse. On n’en est pas encore à la curée. On verra alors s’il s’agissait d’un rôle de composition, un carton pâte comme au cinéma ou un personnage de chair et de sang ayant la carrure d’un Chef d’Etat.

Xavier de Roux

Catégories :Actualite, Elections, Politique