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Bruxelles : ce n’était pas un sommet, c’était un tournant

mardi, février 19, 2013 1 commentaire

Pendant qu’à l’Assemblée nationale se poursuivait la comédie du mariage homosexuel, mettant fin à l’institution du mariage tout court, déjà bien mal en point, la diplomatie française s’embourbait dans l’Europe faute de savoir ce qu’elle veut et ce qu’elle peut, hormis donner des leçons qui exaspèrent nos voisins.
L’Angleterre et l’Allemagne viennent d’envoyer un signal commun : elles ne veulent pas d’une Europe intégrée, d’une Europe politique à la mode française. Elles s’en tiennent à l’Europe de Jean Monnet qui était déjà celle du marché et du libre échange. La monnaie commune, l’Euro, peut exister sans qu’il existe une politique économique et sociale commune, si l’Euro est la monnaie de l’économie dominante comme l’était le Mark. Pourquoi s’encombrer des fantaisies françaises, dès lors que l’Allemagne peut finalement imposer sa politique ou à tout le moins la mener sans entrave.
L’Angleterre qui a toujours considéré que l’Europe continentale était sa zone de libre échange n’y voit pas malice puisqu’elle a conservé sa propre monnaie. Ce compromis semble tout à fait convenir aux autres Etats membres. La France devra donc se résoudre à rendre sa gouvernance compatible avec les règles de l’Union, ce qui va donner quelques migraines à François Hollande qui était bien décidé pourtant à “raisonner” ses partenaires “déraisonnables”. Le peu d’empressement de l’Union européenne à choisir une politique extérieure se manifeste tous les jours et notamment à propos de l’affaire du Mali. Les Français sont au Tassili à la frontière algérienne et entretiennent un corps expéditionnaire plus nombreux qu’en Afghanistan, sans qu’aucun état membre n’ait remué le petit doigt ! Les touaregs et le désert, c’est une affaire française à laquelle l’Allemagne n’a pas envie de se mêler ; d’ailleurs pour l’Allemagne les affaires du monde doivent êtres traitées par les Etats-Unis et les vaches seront bien gardées !
Pendant ce temps ; Berlin vend des Volkswagen, traficote avec l’Iran, échange avec la Chine et domine le marché commun. Angela Merkel veut le bien des peuples, c’est pour cela qu’elle le leur prend ! En attendant, l’incompréhension franco-allemande s’accroît. Les relents de lutte des classes qu’on entend ici en bruit de fond sont devenus bien étrangers à un pays dont la moitié a connu pendant un demi-siècle le paradis soviétique et le modèle français ne semble pas être le plus performant, même si le rêve de ses élites reste de construire une Europe fédérale qui incarnerait enfin, à bonne échelle, sa volonté de puissance, comme si l’Europe pouvait redevenir napoléonienne et se faire entendre enfin du monde entier, comme au bon vieux temps où les idéaux révolutionnaires suivaient le drapeau tricolore brandi par des armées victorieuses. Mais Victor Hugo est mort et les rêves romantiques de Stendhal, de Balzac et de Flaubert sont loin, si loin au fond des mémoires que le peuple français ne suit pas ses élites, et hésite devant chaque étape fédérale comme l’expérience du dernier référendum sur la Constitution Européenne le montre. Les Français n’ont pas voulu de Constitution Européenne ; ils sont presque 30% aujourd’hui à se rallier au nationalisme du Front National, comme si le futur se trouvait dans leur pays enfin débarrassé de ses élites et de ses dirigeants, et Mélanchon au Front de gauche a le même langage et la même démarche.
En tentant de faire passer le compromis de Bruxelles pour une victoire, alors que c’est le triomphe allemand, François Hollande a de nouveau perdu la boussole et le contact avec cette France profonde qu’il a tant de mal à rencontrer, mais surtout désormais à la merci de la politique économique allemande, son programme qu’il aime tellement rappeler, comme si ses électeurs l’avaient lu, ressemble de plus en plus à un vieux, très vieux tract échoué sur un trottoir, et c’est à la real-politique qu’il va devoir se colleter dans un univers dominé par un libéralisme dont il n’avait sans doute pas mesuré la puissance et l’efficacité. Ce sommet de Bruxelles est une pierre blanche qui marque le tournant du chemin et exige d’autres choix que ceux exprimés par la langue de bois du dramatique Fabius, caricature de la pensée unique de la caste qui a pris le pouvoir, il y a maintenant si longtemps, et qui ne trouve plus de contrepoids à ses utopies et à ses erreurs. Le sommet de Bruxelles doit faire réfléchir à la solitude d’une France qui veut avoir raison contre tous, mais qui ne pense plus grand-chose puisque les talents sont de plus en plus exclus de l’espace public.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°184 – Mars 2013

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Dieu est de retour !

vendredi, août 24, 2012 Laisser un commentaire

Le canon tonne à Damas, on coupe des mains à Tombouctou, l’Egypte est encore sonnée par sa métamorphose et le Coran règne à Tunis. C’est dit-on le printemps arabe, celui du prophète et Téhéran tire ses plans sur la planète pour être le leader de la renaissance musulmane dont il annonçait les prémices dès 1979. Le rêve chiite, celui de reprendre en main l’Islam, ne peut se réaliser que s’il apparaît être le meilleur adversaire de l’ennemi de tous, Israël.
Personne ne songeait en 1945, à la sortie d’une guerre épouvantable qui avait connu le génocide, que planter le sionisme sur les terres saintes allait finalement réveiller le diable et le bon Dieu et bientôt embraser le monde.
Donner une terre aux Juifs semblait être la reconnaissance de leurs souffrances, accessoirement c’était l’esquisse du dernier mouvement de colonisation occidentale au Moyen-Orient qui avait déjà connu tant de tentatives au cours de l’histoire. Des croisades à l’expédition d’Egypte de Napoléon Bonaparte, on retrouve les mêmes noms de forteresses, comme celle de Saint-Jean d’Acre qui vit disparaître, avec Kleber, le rêve français de s’installer de l’Egypte à la Palestine.
Alors ce retour des Juifs vers la Terre promise semblait bien être un mouvement naturel de l’histoire. Mais l’histoire de la Région se corsait avec la découverte des fabuleuses réserves de pétrole dans les déserts dont on avait chassé les Turcs pour des princes plus accommodants.
L’Amérique victorieuse, avide d’énergie, avait besoin d’un chien de garde. Elle choisit Israël, et ce «peuple sûr de lui et dominateur», comme dira le Général de Gaulle, enchaîna les guerres et bouleversa les régions. La Palestine occupée, l’Egypte vaincue puis réconciliée, les monarchies arabes gavées de richesse, un shah tout neuf ayant chassé du pouvoir en Iran le nationaliste Mossadegh, tout semblait devoir rentrer dans l’ordre, et même les dictatures socialistes plantées là par une Union soviétique active. Mais Israël et ses alliés occidentaux ont eu tort de croire que l’on pouvait rayer un peuple d’un coup de torchon. Quelques Palestiniens furent le ferment d’une lutte qui bientôt s’étendit à tout le Moyen-Orient, et dont Dieu se mêla tout naturellement puisque Jérusalem est le berceau des trois religions monothéistes qui enseignent le même livre et le même dieu unique auteur et fin de toutes choses, pardonnant les offenses mais capable de porter le glaive chez l’ennemi !
Devenus tranquillement athées ayant, comme les femmes de Peguy, rangé la couronne et le suaire, nous pensions être sortis de nos guerres religieuses et de notre inquisition même si nos églises portent encore aujourd’hui la marque du feu catholique ou protestant. Alors que nous nous préoccupons du big-bang originel, de l’origine de la matière ou de la fin des temps, les hommes d’orient rêvent de vie éternelle et de paradis, puisque sur terre ils rencontrent trop souvent le malheur.
L’Islam était vif sous la braise ; l’injustice a tout enflammé. Les hommes de paix de Camp David sont morts ; les hommes de guerre sont maintenant à l’œuvre. Certes, Israël grande puissance nucléaire peut menacer son voisin iranien qui s’efforce à son tour de posséder les outils de la dissuasion, elle peut même provoquer une guerre préventive, mais que deviendrait le monde si une guerre nucléaire éclatait de la Méditerranée aux portes de l’Asie ? Il existe une prédiction maya qui date au 21 décembre la date de notre extinction ; personne, sauf quelques farfelus, ne croit aux prédictions maya, et chacun pense que les guerres, si sauvages soient-elles, restent toujours dans le contrôle des grandes personnes que l’on trouve à Washington, à Tel-Aviv, à Pékin ou à Moscou.
Mais si l’un des joueurs de ce terrible jeu d’échec devenait fou ? Et si Dieu s’emparait du jeu tout entier, lassé que tous ces malheurs se fassent en son nom ? Si le hasard remplaçait la nécessité ? Si l’histoire ne dépendait que du nez de Cléopâtre ?
Les stratèges, les géopoliticiens, affinent leurs analyses et soumettent toutes les hypothèses à leurs ordinateurs, mais que savent-ils vraiment de ce qui se passe à Khom ou à Jérusalem ? Que savent-ils vraiment de ce qui se passe à Damas entre les Alaouites chiites, le Hezbollah, l’Iran et la révolte sunnite ? Téhéran qui contrôle l’Irak, malgré la guerre religieuse qui se poursuit, qui contrôle, à partir de Herat, une grande partie de l’Afghanistan, ne veut pas perdre son influence déterminante en Syrie et au Liban. Là, elle est aux portes d’Israël où se joue la partie principale : le meilleur ennemi d’Israël sera le leader de l’Islam ; Ali et Fatima pourront prendre leur revanche sur les califes. Dieu les reconnaîtra ! A quoi bon dès lors “éradiquer” Israël qui sera simplement submergé par le peuple de la foi ? Sauf que le Dieu de Tel-Aviv et de New-York ne l’entendra sans doute pas de cette oreille.
Cette fois-ci, nous avons sûrement à nos portes un brasier. Il faudrait un faiseur de paix. Il est dommage qu’en France nous n’en ayons aucun.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°178 – Septembre 2012

Catégories :Actualite, L'Echo des Arènes

Le même disque rayé

vendredi, juillet 27, 2012 2 commentaires

Il n’est plus discutable que l’Occident a mis en place, à la fin du XXème siècle, un modèle économique fondé non plus sur la production de biens et de services, mais sur le seul profit tiré des opérations financières faites sur les dérives virtuelles des biens réels en circulation ; La chose était si merveilleuse que l’on s’est mis à rêver à la fin du travail et à la civilisation des loisirs.

Ce que l’on appelle la crise de la dette, c’est la création sans limite de titres de crédit tirés sur des biens fictifs démultipliant les gains et les profits, instaurant en même temps, d’ailleurs, une inégalité de revenus considérable entre les acteurs du marché fictif et les producteurs de biens.

Une telle inégalité est devenue insupportable dans une démocratie normale, sous tendue par la démocratie chrétienne européenne.

L’explosion prévisible du système a contaminé les dettes souveraines, les Etats volant au secours du crédit que les banques, exsangues, ne pouvaient plus assumer, alors qu’il est supposé fonder le bien-être de nos sociétés qui doivent croître plus vite que le taux d’intérêt des emprunts. En fin de compte, le citoyen contribuable doit payer la facture, même s’il n’en a pas toujours les moyens.

Dans ces conditions, taxer les très hauts revenus supérieurs à 1 000 000 d’euros par an pouvait apparaître comme une juste mesure du camarade Hollande. Cependant, tout ce qui est systématique est exagéré et tout ce qui est exagéré est inutile.

On ne peut pas en même temps affirmer appartenir à une Communauté Européenne s’inscrivant dans un marché mondialisé, régulé par la loi de la libre concurrence et appliquer des mesures fiscales confiscatoires –fussent-elles justes !- L’effet est immédiat. Les quarante plus grandes entreprises françaises réalisent plus de 80% de leur chiffre d’affaires à l’étranger, en dehors du territoire français, il n’est donc pas difficile d’installer en dehors de France des centres de décisions et d’y affecter les dirigeants que l’on veut les mieux rémunérer et comme un dirigeant travaille rarement seul, on délocalise en même temps son équipe.

On choisit ainsi de diminuer l’attractivité du territoire national. Une fois de plus une idée juste entraîne une fausse solution sur laquelle le personnel politique a toujours beaucoup de mal à revenir. On atteint les limites de la démocratie occidentale dès lors que la loi affecte son territoire mais pas le marché auquel ce territoire appartient. Les vieilles Nations se débattent dans leurs contradictions, leurs élites sont infidèles et leurs peuples désabusés. Il faut réinventer une civilisation humaniste dans un monde tout entier envahi par le matérialisme qu’il soit historique ou capitaliste. Or les partis sont devenus de simples machines à conquérir le pouvoir qui restent muettes sur l’essentiel. Ils fabriquent des programmes comme on taille des habits et ils font les habits petits, alors que la planète change, entraînée par des milliards d’hommes travaillant sans relâche pour satisfaire leurs besoins et leurs envies. En 1981, on avait en France inventé le Ministère du Temps libre, puis un décidé de taxer les heures supplémentaires ! Les usines ferment ici et s’installent ailleurs ! Le monde n’obéit plus à nos lubies, il n’est plus à notre service. Montebourg peut faire des incantations, Aubry ordonner, et Hamon taper du pied, c’est ainsi !

Les représentants du peuple doivent regarder la réalité en face et faire des propositions sans perdre de temps pour que notre Pays redevienne créatif, entreprenant, inventif et s’empare fermement du futur et des richesses qu’il contient. Malheureusement on entend toujours le même disque rayé !

Xavier de Roux

Catégories :Actualite

La complexité : une industrie nationale

jeudi, juillet 5, 2012 Laisser un commentaire

Le Premier ministre a fait à l’Assemblée un discours convenu où il jouait à contre-emploi puisqu’il doit admettre que la potion fiscale ne suffira pas à redresser les finances du pays et qu’il faut donc réduire les dépenses de l’Etat. Réduire les dépenses de l’Etat est particulièrement tabou. Depuis les Bourbons, le bonheur du peuple découle de l’Etat au même rythme que ses extravagances financières. Le jacobinisme révolutionnaire puis le bonapartisme n’ont fait que renforcer cette tradition. On croit faire du socialisme et on fait de l’Enarchisme à tous les étages, avec des doses diverses, mais sans jamais faiblir. Cette joyeuse tradition, ponctuée de dévaluations monétaires, a trouvé avec la crise des bornes. On ne peut plus compter les œufs dans le cul de la poule, vendre ce que l’on n’a pas, et emprunter sur de espérances futures de gain. Nous n’avons plus une monnaie nationale, mais une monnaie commune, et lorsque l’on demande la mutualisation de nos dettes, nos amis allemands répondent en parlant du contrôle de nos budgets, ou de fédéralisme économique, et malgré les rodomontades du Président Hollande, les débiteurs restent à la merci des créanciers, ce qui n’est pas vraiment nouveau. Or pour diminuer les charges de l’Etat et dégager des excédents, il faut réduire non pas le train de vie de l’Etat qui finalement est assez marginal, mais le rôle que l’on donne à l’Etat et aux collectivités publiques.

Or ce rôle est immense. Le législateur, poussé par l’opinion la plus bruyante ou la plus revendicatrice, a entassé des textes sectoriels sur à peu près tout. Le code de l’environnement, comme le code de l’urbanisme et celui du travail dépassent 3000 pages sur papier bible, et autant le code du commerce ! Des milliers de textes réglementaires élaborés par les services de l’exécutif mettent en application les dispositions législatives, et il faut des milliers et des milliers de fonctionnaires pour tenter d’appliquer plus ou moins approximativement la loi que personne ne connaît plus, sauf des spécialistes qui échangent entre eux de savants avis. Il y a plus de 100 000 inspecteurs pour veiller par exemple à l’application de la législation fiscale. Les collectivités locales embauchent à tour de bras pour bâtir des intercommunalités, des schémas d’organisation territoriale, sorte de plans soviétiques à la française, des normes d’accessibilité où l’on se dispute au centimètre près, renvoyant aux calendes les ouvertures d’entreprises pour non-conformité ; les communes se ruinent pour appliquer à leurs équipements sportifs des normes élaborées par tous les lobbys du bâtiment ou du commerce, la sécurité est dans le détail, les écoles, les cuisines doivent être sans cesse inspectées, vérifiées… Bref, tant que l’extraordinaire machine administrative qui se nourrit d’elle-même et vit de sa complexité et de ses contradictions, ne sera pas simplifiée, le nombre de fonctionnaires, donc l’essentiel du budget de l’Etat, ne bougera pas.

Mais la complexité est une industrie nationale, la norme est en fait une aide d’Etat à tel ou tel, un privilège, un avantage, un bonheur pour beaucoup. Toutes les tentatives faites jusque là pour simplifier la machine à l’initiative, par exemple de Jean-Pierre Raffarin, ont été des échecs. On a simplifié par ordonnance. Le résultat a été davantage de textes et l’on parle toujours avec émoi de la simplification administrative !

En réalité, c’est une autre conception de l’administration qu’il faut mettre en place avec une idée claire de ce que doit être un état de droit et de l’adéquation entre l’objectif d’une mesure nécessaire, et celle prise en réalité.

Le flux de lois, de décrets, d’arrêtés, de circulaires d’application, d’interprétations ministérielles crée non seulement la confusion mais un coût de fonctionnement considérable, augmenté par le recours incessant aux tribunaux administratifs désormais débordés. Si l’on faisait le tri entre les mesures imposées par les corporatismes et les lobbys, les mesures inutiles et celles qui ne sont pas en adéquation avec leur objet, on pourrait soulager le fonctionnement de l’Etat, sans augmenter sans cesse une charge fiscale alimentant une machine au rendement de plus en plus poussif lorsqu’il n’est pas tout simplement fantaisiste.

Le pouvoir législatif a des pouvoirs nouveaux de contrôle de l’exécutif. L’Assemblée nationale pourrait commencer à se livrer à ce travail utile mais avec évidemment les moyens nécessaires. Or il y a tout lieu de craindre que seul l’Etat puisse fournir ces moyens, c’est-à-dire des fonctionnaires ! Ce qui permet de boucler la boucle puisque tout est dans tout, et réciproquement.

Xavier de Roux

Catégories :Actualite

Les habits neufs du Président

lundi, mai 7, 2012 Laisser un commentaire

François Hollande vient d’être élu Président de la République sur un programme classique, enseigné depuis longtemps à l’Ecole Nationale d’Administration dont il fut un bon élève. Un Etat juste doit organiser la solidarité nationale. L’Etat doit donc être puissant, entouré de serviteurs, les hauts-fonctionnaires, pour assurer le fonctionnement de la machine, l’initiative privée étant subordonnée à l’intérêt général défini par le suffrage universel. Mais les frontières des mondes clos se sont ouvertes. Le numérique et l’informatique promènent le capital à la vitesse de la lumière, un clic à Shanghai peut faire trembler Paris, tandis que les traités européens, avec la bénédiction des gouvernements socialistes, ont gravé dans le marbre les principes du libéralisme économique sur lesquels déjà François Mitterrand s’était cassé les dents : règle de la libre concurrence régulant le marché, interdiction des aides d’état, liberté de circulation des personnes, des capitaux et des biens. C’est dans cet environnement que le sage Monsieur Hollande va devoir se mouvoir, à moins qu’il ne décide de renverser la table comme le souhaite son ami Mélenchon. Certes poussé par l’émotion de la victoire, il a déclaré sur la place de Tulle que son succès allait changer l’Europe et le Monde. On ne sait pas encore ce qu’en pense Pékin, mais du côté de Londres, Washington et Berlin, on en n’est pas encore là et il y a tout lieu de penser que Madame Merkel va proposer au Président français un plan de relance très libéral ayant l’accord du président de la Banque centrale européenne. La diplomatie va reprendre ses droits et l’on entendra certainement, du côté du Parti Socialiste, clamer que l’on ne peut pas faire davantage tant Nicolas Sarkozy a laissé le Pays en mauvais état, comme si l’état du Pays n’était pas connu de tous pendant la campagne électorale, puisque le président de la Cour des comptes, Monsieur Migaud, est un proche de Monsieur Hollande. Mais il faudra aussi esquiver le premier écueil, c’est-à-dire les élections législatives. Certes pour les gagner le PS peut compter sur l’appui de Marine le Pen, en position de maintenir ses candidats au deuxième tour dans près de 200 circonscriptions et sur la division espéré de l’UMP, entre les membres de la droite populaire qui se situent à la droite de Le Pen, et ceux issus du PPR et de l’UDF d’antan.

C’est donc une France politiquement fragile que François Hollande va devoir mener. Il lui faudra les qualités d’un Pompidou, puisqu’il veut être un Président normal, et celles du petit père Queuille puisqu’il est son héritier en Corrèze. Autant dire que ses 60 propositions iront rejoindre au magasin des accessoires, les 110 de François Mitterrand, et quelques autres du même acabit !

En attendant une nouvelle campagne électorale s’ouvre pour convaincre une opinion lassée soit qu’il ne faut pas laisser tous les pouvoirs au même parti, soit qu’il faut donner une majorité parlementaire au nouveau président. Cette campagne sera menée dans un contexte économique difficile.

Le seul sage de l’histoire c’est finalement le Président sorti. Son dernier discours, après sa défaite, a été le bon. Il était chargé d’émotion, et avait pris de la hauteur, celui d’un vrai homme d’Etat, mais il était un peu tard !

Xavier de Roux

Catégories :Actualite, Politique

Pourquoi les Français votent Mélenchon ?

jeudi, avril 5, 2012 Laisser un commentaire

Ce tribun aux tonalités d’avant-guerre, militant socialiste, sénateur, ancien ministre, étonne et fascine. Il a pris à la remorque le moribond Parti communiste, perclus de stalinisme, et remet au goût du jour la révolution immédiatement. Il réclame l’égalité absolue que peut créer une fiscalité confiscatoire, l’extermination des créanciers, ploutocrates apatrides qui se nourrissent du sang du peuple, et lui qui vota le Traité de Maastricht, renvoie l’Europe aux oubliettes, sous les applaudissements fournis de tous ceux qui en ont marre de la crise financière, de ses causes, des banques, des patrons pingres, du temps qu’il fait, qui ont envie de se défouler une bonne fois, qui n’écoutent plus les bobards et préfèrent les salades, les lendemains qui chantent et la table que l’on renverse ! Le Front de gauche et le Front national se retrouvent sur certains thèmes et partagent souvent le même électorat, c’est-à-dire le tiers des Français qui ne croient plus à la démocratie représentative, aux élites républicaines, aux combines de Partis, à l’économie, qui en ont assez que l’on chiffre leur espoir. Ils veulent le SMIC à 1 700 euros pour commencer et la retraite à soixante ans, et le remboursement à 100% de toutes les dépenses de santé, et le montant du prix du logement ! Des juristes piaillent que nationaliser l’énergie ou confisquer les revenus à partir de 360 000 euros par an est contraire au droit européen de la concurrence et à la Constitution. Mais Monsieur Mélenchon se moque totalement de la Constitution et du droit européen. Ce qu’il souhaite c’est simplement « rapporter du bonheur » et le bonheur n’a pas de prix. Quand on aime, on ne compte pas. Il renvoie donc les jeunes et les vieux énarques à leurs calculs et à leur avarice. Nous voilà dans une autre logique, un autre rêve, celui des « Soviets partout » ! Au Parti communiste, on fait un rêve. Le dernier candidat avait fait 1,63% des voix. A cette époque là on ne parlait que de la chute du Mur de Berlin, de révolutions de velours, de liberté retrouvée, d’entrée dans le monde de la consommation. C’était, en fait, entrer dans le stress de la concurrence, du rendement, de la rentabilité, dans le stress de la richesse. Monsieur Mélenchon permet donc au cauchemar libéral de s’éloigner, de remplacer l’anarchisme libertaire par la salutaire contrainte sociale qui fait culminer le bonheur, comme on l’a vu autrefois sur la Place Rouge, lorsqu’en uniforme et botté, le peuple défilait à toute vitesse vers le paradis des prolétaires.

On reprend donc le souffle où on l’avait laissé avec un clin d’œil vers la Chine et ses communistes, milliardaires qui vont mettre à bas et pour toujours, l’empire « étasunien ».

Jean-Luc Mélenchon est devenu un grand prophète français, un Trotski des bords de Seine, un Chavez continental. Hollande derrière ses petites lunettes n’a qu’à bien se tenir. Il fait décidément très Kerinsky. Il n’a pas la baguette magique de son maître François Mitterrand nourri aux sources de la synarchie si chère à Abellio, qui réussit à faire disparaître des écrans le Parti communiste de Georges Marchais. Les revoilà donc tous en scène à regarder dans le rétroviseur les années trente. On passe le film en noir et blanc, et c’est le film des années noires, mais qu’importe ! Jean-Luc Mélenchon veut faire bégayer l’histoire et il a l’air de s’y prendre bien.

Xavier de Roux

Catégories :Actualite, Elections

Une planète à bout de souffle ?

mardi, juillet 12, 2011 Laisser un commentaire

On ne sait plus quelle prédiction inca fixe la fin du monde à 2012, si bien que certains, espérant survivre, se font construire des bunkers dans les montagnes et que d’autres amassent des provisions. Pas très éloignés de ces prédictions, les Verts expliquent que faute de changer toute l’organisation économique et sociale, l’homme disparaîtra avec son écosystème. Il est exact qu’au début de ce XXIème siècle, on assiste à des phénomènes étranges, des tornades meurtrières aux Etats-Unis, des tremblements de terre au Japon, la sécheresse alternant avec les inondations, et pendant ce temps-là, les denrées alimentaires atteignent des prix inconnus tandis que la population s’accroît et qu’il lui faut bien manger et boire, et consommer de l’énergie pour son activité. Les uns tablent sur une croissance des richesses produites plus forte encore, les autres soutiennent qu’une telle croissance à long terme est tout simplement impossible faute de ressources naturelles et d’épuisement de la planète. Une organisation américaine, Global Footprint Network, mesure la quantité d’eau et les surfaces agricoles nécessaires à la production de ce dont nous avons besoin ainsi d’ailleurs que l’espace indispensable à l’absorption des déchets que nous produisons. Global Footprint estime que la limite est atteinte. Nous utilisons toutes les ressources de la planète, et comme nous n’en avons qu’une, la situation est un peu difficile. Evidemment, Global Footprint n’est heureusement pas les tables de la loi et sa vérité n’est pas une vérité révélée. Mais il est certain que si l’on augmente le taux de CO2 dans l’air, la terre se réchauffe, et que si l’on pollue l’eau avec des nitrates, de l’azote et des pesticides, on change la nature des organismes vivant dans l’eau. Seulement l’homme n’est pas maître du CO2 rejeté dans l’atmosphère lorsqu’il s’agit des énormes quantités résultant des éruptions volcaniques ou des feux de forêt.

On sait qu’il existe un conflit entre l’humain et la nature, et on le sait depuis longtemps, on sait que les rêves monumentaux de Staline ou de Mao Tsé Toung d’asservir la nature à l’homme ont été un épouvantable échec, et que le goût forcené du profit peut conduire au même résultat par d’autres chemins.

Quelles leçons doivent donc tirer les dirigeants politiques qui font semblant d’ailleurs d’administrer un système économique qui leur échappe complètement ? Et bien tout d’abord de piloter davantage le système économique global. Et c’est extrêmement difficile, tant le développement des outils de communication et d’échanges se sont mondialement développés. L’instrument politique des démocraties représentatives occidentales, forgé par la pensée libérale, est incapable de maîtriser les forces anarchiques des marchés ; la liberté des marchés éclabousse la souveraineté des Etats, et ceux qui maîtrisent le mieux, ou le moins mal, sont les Etats où ne règne pas la liberté au sens occidental du terme. Le meilleur exemple est la Chine. Certains rêvent d’une économie à la chinoise ; mais quelle est l’élasticité de la liberté et de l’individualisme ? Reste à l’Etat de choisir d’être acteur dans la chaîne de production, d’échange et de financement. C’est la tentation française, assez réussie dans le domaine de l’énergie, mais fort critiquée pour son choix nucléaire, qui était cependant celui de l’indépendance. Peut-on le dupliquer à travers une grande compagnie d’exportation qui prendrait en charge ce que nos PME ont du mal à vendre sur les marchés étrangers ? Peut-on créer une grande banque de développement consacrée à l’entreprise, dont le capital serait des fonds publics, et serait-elle plus efficace que les banques actuelles de crédit ? Peut-on surtout ouvrir à la concurrence des marchés dominés par la concentration excessive de la distribution ? Ce sont autant de questions que l’on doit poser, et la campagne présidentielle permettra aux uns et aux autres de développer le réalisme, le rêve et l’utopie avec finalement pour enjeu une démocratie prospère. Le pari est loin d’être gagné, faute de posséder les outils nécessaires.

 Xavier de Roux

Catégories :Actualite