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Nouvelle donne en Iran ?

Les élections présidentielles iraniennes ressemblent à une grande opération politique réussie avec talent par la République islamique d’Iran.

En effet, le pays étranglé par l’embargo occidental, que ni la Russie, ni la Chine n’ont pu réellement compenser, connaît un relâchement de sa situation économique et sociale très inquiétant. L’inflation galopante entraînée par les mesures populistes du président sortant rend difficiles la production et l’échange et la rente pétrolière ne suffit plus à alimenter une économie à bout de souffle. Certes, l’embargo a enrichi un certain nombre d’intermédiaires à Dubaï, à Bakou et ailleurs, mais cela ne compense pas un système bancaire en ruine. Le guide suprême Ali Khamenei ne pouvait sauver le régime qu’en assouplissant ou en mettant fin aux mesures restrictives qui frappent l’Iran. Or, on connaît les conditions américaines dictées par Israël, mettre fin à la recherche nucléaire pouvant déboucher sur la possession de l’arme fatale. Le discours de l’Iran soutenant que, face à une puissance nucléaire, il était légitime de se doter d’une arme de dissuasion, n’a aucune chance d’être entendu, pas plus d’ailleurs que la fatwa interdisant l’utilisation de l’arme nucléaire !

Car il ne s’agit pas seulement d’interdire à l’Iran d’entrer dans le club très sélect des possesseurs de l’arme atomique, il faut aussi limiter son rôle de grande puissance régionale contrôlant l’une des voies pétrolières les plus importantes : le détroit d’Ormuz.

La préparation des élections présidentielles en Iran ne fit pas l’objet d’une observation très attentive. On nota simplement que l’ancien président Rafsandjani, pourtant riche et puissant, était écarté de la course électorale parce qu’il serait trop réformateur, tandis qu’il était interdit à Ahmadinejad de présenter un successeur passant pour être critique de la République islamique elle-même. Les jeux étaient donc faits disaient les commentateurs. Le guide suprême allait persister dans son être : le combat aurait lieu entre Ghalibaf, le maire de Téhéran, Jalili, l’homme du guide et Velayati l’ancien ministre des Affaires étrangères, tous les deux bons connaisseurs du dossier nucléaire. Le seul rescapé du camp dit réformateur, l’Ayatollah Rohani, peu connu, devait jouer les utilités en démontrant que la pluralité politique existait malgré l’éloignement ou l’enfermement des dirigeants du parti vert : Moussavi et Karoubi et la répression qui avait suivi l’élection en premier tour d’Ahmadinejad lors du précédent scrutin.

Tout est en place, la scène est dressée, la pièce peut commencer ! Une campagne électorale réduite à quelques jours, quelques martyrs, des drapeaux, des barrières, des commentateurs étrangers qui parient sur Jalili « l’homme du guide » et puis brusquement un vote massif dit-on, et l’élection au premier tour du réformateur Rohani, bravo ! Il est l’homme qui pendant la campagne a affirmé que s’il était bien de faire tourner les centrifugeuses, c’était mieux de faire tourner aussi les usines, et il fut, sous Khatami, un négociateur souple de l’affaire nucléaire. Par un tour de passe-passe, la République islamique vient de se doter d’un président capable de reprendre enfin le fil des négociations difficiles dont seul l’aboutissement permettra de remettre le pays sur les rails en lui donnant en plus un visage acceptable pour des États qui, comme la France, deviennent hystériques dès qu’on leur parle de l’Iran !

On peut déjà parier que la reprise des discussions sur le nucléaire s’accompagnera d’un assouplissement de l’embargo et probablement d’une présence iranienne sur la question syrienne. Mais cette affaire menée de main de maître laisse subsister un risque pour le régime. Comment satisfaire la société civile tout en contenant ses aspirations profondes, ou l’art de ne pas aller trop loin ! C’est un exercice sans doute plus difficile que l’exercice diplomatique, car, il ne faut pas perdre dans l’aventure, les bases d’un islam chiite qui ressemble pour une grande partie de la jeunesse iranienne à un objet non identifié alors même qu’il est porteur, en dehors des frontières, de l’influence iranienne dans le monde musulman ?

C’est pour l’observateur étranger une interrogation majeure, à laquelle il est difficile de donner une réponse.

Mais une fois de plus, ces élections ont marqué la capacité de l’Iran à rebondir et à poursuivre son chemin de grande puissance régionale émergente. La diplomatie française serait bien inspirée d’en tenir compte et de changer le cap marqué par la présidence Sarkozy qui avait fait sienne toutes les analyses israéliennes, avant de se tromper lourdement sur les printemps arabes.

À force de s’isoler de ses grands marchés traditionnels, c’est finalement la France qui sera victime de son propre embargo !

Xavier de Roux
Cet article est publié
dans le numéro de juillet 2013 de l’Echo des Arènes

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