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Une guerre trop près…

Il y a presque un an des Touaregs, rejoints par des éléments du Djihad, s’emparaient de tout le nord du Mali, à moitié désertique, grand comme la France et abritant des villes comme Goa et Tombouctou. L’armée malienne n’avait pu s’opposer à ces colonnes mobiles de guerriers armés lourdement à partir des arsenaux de Lybie, qui rodent dans le Sahara depuis longtemps, capturant des otages, comme les Français qu’ils retiennent toujours et trafiquant les narcotiques et les armes.
Le gouvernement algérien, qui compte de nombreux ressortissants dans les rangs de la dissidence, rescapés de la guerre civile, était pour une solution politique. Il souhaitait traiter avec les Touaregs d’Ansar Dine et isoler les deux mouvements qui se veulent religieux. Des négociations avec le gouvernement malien étaient entreprises à Alger, et la France laissait faire, comprenant fort bien que l’Algérie, puissance saharienne, soit le maître-d’œuvre de la solution. Mais dès que souffle l’Armattan, le vent chaud du désert, rien ne se passe comme prévu. Poussés par la surenchère ou croyant pouvoir s’emparer sans coup férir de Bamako, les dissidents attaquèrent l’armée malienne, n’en firent qu’une bouchée, prenant sans coup férir la ville de Konna.
Le président français n’hésita pas. François Hollande entra en guerre, envoyant l’aviation arrêter les colonnes de 4×4 prêtes à rouler vers Bamako. Cette réponse militaire brutale porta ses fruits. Les pays de l’Afrique de l’ouest promirent des renforts, et notamment le Tchad dont les troupes sont aguerries. Mais le déséquilibre reste important. Le camp touareg peut aligner 7000 hommes biens armés, les Français 1000, les Maliens existent peu et les renforts ne bougent pas vite. C’est donc une situation à risque que traverse la France laissée en première ligne par ses grands alliés de l’OTAN. Comme disait Cohn-Bendit au Parlement européen : «La France envoie des soldats en première ligne, et vous vous envoyez les infirmières». L’image montre bien l’absence de stratégie globale européenne, que ce soit en Afrique ou ailleurs. L’Allemagne ne bouge pas, laissant son industrie occuper le terrain tandis que seuls les Français et les Anglais sont capables de prendre des initiatives, parfois appuyés par les Italiens et les Espagnols… Mais le Sahara, c’est la porte à côté pour l’Europe, et finalement, heureusement qu’à In Anemas, le “Borgne” comme on l’appelle, et qui d’ailleurs est algérien, s’est emparé des installations gazières et du personnel qui va avec, Canadiens, Anglais, Japonais, Norvégiens, Algériens ! C’était la meilleure façon d’internationaliser le conflit. L’usine appartient à British Petroleum, et c’est l’approvisionnement gazier de l’Europe qui est frappé ! On peut penser qu’une telle provocation va entraîner une réaction des pays désormais concernés. François Hollande, dans cette partie de poker, est donc un homme chanceux. Mais l’OTAN reste bien immobile, et les alliés de la France, malgré tout en arrière de la main. Certes, les Etats-Unis envoient des moyens de renseignement et des drones et peut-être aussi des munitions, car la France en manque. On ne peut restreindre et comprimer les budgets militaires et mener longtemps une guerre moderne. Or l’expédition libyenne a été très coûteuse et a vidé les arsenaux. Il ne fallait pas compter sur Moscovici et Cahuzac pour les remplir ! L’Amérique est donc la bienvenue, sauf qu’elle fait rarement de cadeaux et qu’il faudra bien un jour payer. L’Algérie ne peut plus rester neutre ; l’affaire touareg d’où est née la guerre du Mali est d’abord une affaire saharienne, et le Sahara occupe une très large part de l’Algérie et abrite ce qui reste des combattants du GIA algérien, reconvertis en fidèles d’Oussama Ben Laden. Mais encore une fois, c’est le statut et le sort des diverses tribus touaregs qu’il faut prendre en compte et régler. Dans les années 60, le Général de Gaulle avait créé l’organisation commune des régions sahariennes, l’OCRS, dont Claude Cheysson, le futur ministre des Affaires étrangères de Mitterrand, fut président. Elle répondait déjà à ce besoin et à cette nécessité. Ces populations nomades, d’origine berbère, éleveurs et commerçants, n’ont pas toujours eu les meilleures relations avec les sédentaires africains au sein de pays comme le Niger, le Burkina Faso, la République Centrafricaine et le Mali. La recherche d’un statut, par delà les frontières héritées de la colonisation, est une nécessité. Mais malgré les sécheresses et les misères, personne ne s’en préoccupait vraiment. Le trafic a remplacé les caravanes et les troupeaux, et maintenant Dieu qui est si naturellement présent dans le désert, s’en mêle, lui ou son prophète, nul ne sait. Dieu, les nomades et les bandits n’ont jamais fait bon ménage avec le pétrole, le gaz ou l’uranium, mais plutôt un mélange détonnant. En allant allumer la mèche en Lybie, Bernard-Henry Levy a fait encore mieux qu’en Bosnie. Il faut dire qu’il avait un sacré relais à la Présidence. On a les prophètes qu’on peut. Notre Président guerrier suit le cordon Bickford de ses prédécesseurs ; on lui souhaite bonne chance !

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°183 – Février 2013

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Catégories :L'Echo des Arènes
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