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Réenchanter la République

mardi, novembre 27, 2012 Laisser un commentaire Go to comments

J’écrivais, il n’y pas si longtemps – deux ans – que la démocratie représentative, modèle de la démocratie occidentale, était bien malade, tant elle avait été accaparée par des Partis, eux-même accaparés par quelques femmes et hommes de pouvoir, liquidant sans vergogne les concurrents et les talents pour assouvir des rêves. Copé rêvait d’être Président de la République dès sa prime enfance, et pour vivre son rêve, il renverse la table d’un Parti qui risquait de ne pas trouver suffisant ce prétexte pour fonder une légitimité. La politique, c’est effectivement l’ambition, mais ça ne peut pas être que ça, dès lors qu’il s’agit de défendre d’abord le vivre-ensemble de la République créant la loi pour tous. La République, cette institution qui a tant fait rêver, est en devenir une formule creuse. De jeunes messieurs s’essuient les pieds dessus, persuadés que leur talent va leur permettre de gouverner leurs concitoyens, tout en occupant à vie les postes de l’Etat et ses prébendes. Avec quelques amis on constitue des Cours et les courtisans s’empressent de happer au passage quelques avantages, quelques postes, quelques sous. Rien n’a changé depuis la Monarchie et Saint-Simon avait raison de dire, sous Louis XIV «dès que le Roi crée une charge, Dieu crée un imbécile pour l’acheter». Pourtant, il y a quelques années encore, on rencontrait des femmes et des hommes d’Etat qui en imposaient, Simone Veil, Pompidou, Raymond Barre, pour n’en citer que quelques-uns. Ils parlaient de la France et de son avenir, comme leur maître tutélaire portant sa grande ombre, Charles de Gaulle, flanqué d’André Malraux. Et leurs opposants n’étaient pas nuls, François Mitterrand, Roland Dumas, Michel Rocard, semblaient pouvoir poursuivre à tout le moins un dialogue à une certaine altitude, dans l’ombre de Mendés France. Même le Stalinisme avéré de l’extrême gauche n’était pas nul, Aragon y dessinait ses cloches de Bâle, on chantait les yeux d’Elsa qui étaient pourtant ceux du KGB. Et puis tout s’est mis à fondre dans la mondialisation, dans la pensée unique sociale-libérale, dans le néo Keynésianisme américain. On se dirigerait vers la fin de l’histoire peuplée de nains de jardin vaticinant dans la cour d’école qui représente, le mardi et le mercredi, le Parlement, avec ses chahuts et ses noms d’oiseau. L’opinion a rétréci le Parlement, l’opinion a rétréci la République, et l’opinion a souhaité des hommes de plus en plus petits pour meubler une République réduite à presque rien, prisonnière des traités et des conventions internationales, du Marché commun, de l’Organisation mondiale des marchés, des secrètes multinationales qui vont avec, et des marchés financiers qui font joujou avec la dette des Etats en faisant semblant d’être sérieux, alors qu’ils pratiquent admirablement le vol à la tire et ce que l’on appelait autrefois, l’accaparement, avec leurs agences de notation et autres singeries pour débiteurs crédules.
Alors, devant les difficultés et la complexité du monde, devant les défis à relever et tout simplement le sens à donner aujourd’hui à notre civilisation, il est préférable aux nains de se chamailler un Parti politique qui n’a d’autre doctrine que la prise de pouvoir par son patron. Pour s’emparer de la République, il faudrait d’abord s’emparer de l’UMP, par tous les moyens !
Il est évident que ce désastre est inacceptable, qu’il met à mal notre modèle démocratique qui est celui de la démocratie représentative. Ses élus finalement ne représentent que les ambitions de leur chef et finalement les leurs qui sont de défendre des prébendes qu’on leur distribuera.
Le Général de Gaulle avait raison. Le système des Partis, d’un monde partisan donc sectaire, ne peut être un système démocratique au sens où la démocratie reste le gouvernement du peuple. On a beaucoup parlé de sixième République. Ce n’est pas de changer de numéro de république qui est important, c’est de changer d’organisation démocratique, c’est de permettre aux électeurs de rester maître de l’action de leur bulletin de vote. Pour qu’une république soit citoyenne, il est nécessaire que le citoyen soit dans l’obligation de s’en mêler. Et l’on revient à la tentation de Venise, c’est-à-dire à celle de la République de Venise qui permettait le tirage au sort des citoyens chargés de choisir les dirigeants, ceux qui doivent exécuter la volonté des citoyens, et qui ne peuvent en faire une profession en accaparant les postes pendant des décennies. Les constitutionalistes de notre Pays devraient se pencher sur ces pistes pour que nous réenchantions un peu notre République malmenée.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°181 – Décembre 2012

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