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La stratégie de l’impossible

L’Etat français ne peut rembourser ses dettes qu’à grand renfort d’impôts nouveaux. Le coût de fonctionnement de l’Etat et de ses collectivités est à la mesure du personnel employé. Il faut presque six millions de fonctionnaires en France pour administrer 65 millions de Français ! 22% des emplois sont des emplois de la Fonction publique. Pendant ce temps, on a déménagé l’industrie et l’on s’apprête à taxer les créateurs d’entreprises au motif que le profit les anime. Personne ne songe à explorer la complexité d’un système d’administration dans laquelle d’ailleurs on se perd très vite, faute de distinguer entre ce qui est nécessaire, ce qui est indispensable et ce qui est radicalement inutile. Toutes les tentatives de simplification ont échoué, et le pouvoir réglementaire joue de la norme en artiste absolu. Plus on crée de normes en tous genres, sécuritaires, écologiques, techniques, plus il faut de surveillants, de procédures, de commissions et plus l’administration savante s’impose au commun des mortels, qui accepte curieusement la “norme”  comme un animal normal, nécessaire et bienveillant.
Rompant avec une tradition républicaine, héritière d’une monarchie organisatrice et au nom d’on ne sait quel girondisme, il a été affirmé comme un dogme absolu que la démocratie devait s’emparer de tout, au nom de la décentralisation. Et depuis l’absurdité se bat avec le retour de la féodalité.
On a commencé par donner de l’air aux départements et aux communes, ce qui n’était pas stupide, mais très vite il fut décrété que 36 000 communes, ça ne signifiait rien dans l’Europe qui se construisait et que le département hérité de la Révolution et de l’Empire n’était pas un territoire pertinent d’administration, il fallait la région. Mais on n’a supprimé aucune commune ni aucun département ! On a regroupé des communes dans des communautés diverses, multipliant les élus, les présidents, les vice-présidents et tous les chargés de mission qui vont avec, sans pour autant améliorer la gestion des affaires publiques qui est simplement devenue plus coûteuse, et encore une fois plus complexe. Or la démocratie, c’est gouverner selon la volonté des citoyens. Plus il y a de proximité dans l’administration, plus il y a de démocratie. Curieusement, alors que l’on parle sans cesse de citoyenneté, on éloigne le citoyen et ses représentants du vrai pouvoir décisionnaire, au motif que seuls les “sachants” peuvent éclairer la décision. C’est-à-dire la prendre !
Toutes tendances politiques confondues, le mouvement a été la conquête du pouvoir local par des personnalités, créant leur fief, leur clientèle et bien sûr leurs conflits. Les uns s’accrochent aux départements, d’autres aux régions, d’autres encore aux communautés diverses qui, regroupant souvent de force des communes, veulent faire contrepoids aux autres structures, ou servent de passerelles à des pouvoirs transversaux.
L’intérêt public, celui du citoyen, disparaît de cette étrange scène et se noie dans l’impôt induit par des coûts de fonctionnement faramineux.
Plutôt que de ne jamais cesser de lever l’impôt au nom de la justice sociale et de la redistribution nécessaire, l’Etat ferait mieux de faire examiner attentivement sa machine à redistribuer. Les pertes en ligne sont énormes et les coûts de la fameuse redistribution rendent souvent l’opération peu rentable pour les bénéficiaires mais font vivre les redistributeurs qui ne chôment pas.
On répond à cela que la société est devenue si complexe que l’organisation doit l’être aussi.
Alors le citoyen est servi ! Car la machine à redistribuer alimente une lutte des classes qui reste la même que celle décrite au début du XXème siècle à l’aube de l’industrialisation. L’exploitation de l’homme par l’homme reste le pain quotidien des collectivités de tout poil qui voient dans l’initiative individuelle le début de tous les désordres et finalement l’anarchie permettant l’accumulation de richesses au nom de la liberté de s’enrichir ; elle doit être condamnée au nom de la lutte contre le libéralisme qui reste l’ennemi principal de la machine.
Mais à l’ère de l’électronique et du numérique, l’initiative individuelle devient volatile, elle se promène sur la planète, se fixe ici ou là. Pourquoi la Californie, Hong-Kong, Singapour, Londres ? La machine tend des pièges, essaye de récupérer des paroissiens, mais c’est de plus en plus difficile avec le e-commerce, la toile, le fric qui circule à la vitesse de la lumière. Monsieur Montebourg peut déclamer sur tous les tons qu’il faut réindustrialiser la France, il faut d’abord trouver des entrepreneurs, puis des citoyens souhaitant travailler dans l’industrie, enfin le capital qui permette de financer des projets.
Si l’on tond les entrepreneurs, s’il est plus confortable de travailler dans la machine à redistribuer qu’à fabriquer les richesses qui doivent l’alimenter, et si le capital ne rapporte plus guère, il faut passer à un autre modèle. A faire le grand écart, l’imagination en panne, le gouvernement ne mènera pas loin sa monture.

Xavier de Roux
Paru dans L’Echo des Arènes n°180 – Novembre 2012

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