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Le quinquenat nouveau est servi

La République a changé de Président sous la pluie des Champs-Élysées et pour faire bonne mesure,son avion a été foudroyé lors de son premier vol pour Berlin, mais depuis le Président “normal” a nommé un Premier ministre “normal” qui a constitué un Gouvernement. Il est urgent d’attendre les mesures promises pour évaluer leur efficacité. Car le nouveau Président doit se colter une situation qui, elle, n’est pas normale. Toute la zone euro est à nouveau dans la tourmente. La Grèce ne peut pas rembourser ses créanciers, l’Espagne et le Portugal sont à risque, l’Italie prend des mesures drastiques pour ses finances publiques, et la France fait des promesses ! il en ressort un marasme économique dans la zone euro inquiétant, les rares pays excédentaires autour de l’Allemagne ne voulant pas prendre le risque d’être la caution de tous les autres. François Hollande, en bon ancien élève de l’Ecole Nationale d’Administration, prêche la relance par la dépense publique dans les secteurs dits d’avenir. Sauf que lorsqu’on doit mille sept cent milliards d’euros, les prêteurs se font rares et l’Allemagne n’a aucune envie d’émettre ou de participer à l’émission d’un emprunt européen. Les commentateurs opposent la politique de “rigueur” de la Chancelière allemande, à la politique de croissance du Président français. Mais en réalité, la question n’est pas là. Tout le monde est pour le développement économique, y compris l’Allemagne qui le prouve tous les jours. Ce sont les moyens à mettre en œuvre qui diffèrent. Pour les responsables allemands et italiens, pour la Banque centrale européenne comme pour la Commission de Bruxelles, des réformes de structures doivent être entreprises pour rendre plus compétitive l’économie de la CEE.
L’inspiration de ces réformes est d’essence libérale, comme d’ailleurs le Traité de Rome lui-même qui fait la part belle à la libre concurrence. L’école socialiste française ne veut pas de réformes qui toucheraient par exemple au marché du travail, elle souhaite une intervention volontariste de l’Etat assise sur une augmentation de la contribution des citoyens. Ce sont donc deux analyses différentes et d’ailleurs François Hollande a chargé Monsieur Montebourg de réindustrialiser la France. Il a du pain sur la planche puisque depuis trente ans, le modèle culturel français a tourné le dos à l’industrie dont la productivité supprimait massivement les emplois ; la notion de classe ouvrière s’est érodée et le Bac pour tous à 18 ans a éloigné les lauréats des formations industrielles de base pour développer une activité dite tertiaire qui est devenue une sorte d’auberge espagnole où l’on trouve ce qu’on y apporte. Avec près de 10% de chômeurs, la France compte une dizaine de “métiers en tension”. Ce que l’on traduit en langage courant par «qui n’arrivent pas à embaucher» ! On se satisfaisait de cette situation en faisant venir des travailleurs immigrés, mais un mouvement d’intolérance se développe, l’étranger étant coupable de tous les maux. Nicolas Sarkozy était persuadé qu’il règlerait la situation en brisant le carcan culturel des élites françaises. Non seulement, il n’a pas réussi, mais il a formé contre lui une coalition d’opinions, comme jamais depuis très longtemps un homme politique français n’en avait créé. La quasi totalité des médias s’est liguée avec une force, une détermination et une assurance telle que le simple point d’écart qui le sépare de François Hollande tient finalement du miracle. Cela prouve que Nicolas Sarkozy a complètement mésestimé le poids pour ne pas dire la pesanteur du système français, tandis que presque la moitié des citoyens s’interrogent sur la pertinence de pérenniser un tel système ! En d’autres termes, le conservatisme de François Hollande va être mis à rude épreuve ou bien, de concertations en réflexions, de réunions en colloques, il arrive à ne rien faire si ce n’est à apaiser ses partenaires sociaux, ou bien la vague de fond déclenchée par la crise financière ne se calme pas et son modèle social sera emporté. Il va donc chercher des assurances à New-York et d’autres en Chine tout en essayant de fabriquer en France une égalité formelle dont les Français sont extrêmement friands depuis la fameuse révolution. Les mesures fiscales emblématiques promises sont faites pour cela, même si déjà discrètement les grandes multinationales françaises transfèrent en dehors des frontières leurs activités mondiales et les salaires qui vont avec. Ce n’est pas grave puisqu’elles ne font pas partie des dogmes français hissés au pouvoir.
Mais déjà les élections législatives se profilent. La question est de savoir si une majorité de Français donnera au Président et au Parti socialiste un blanc seing pour mener une politique d’apparence apparente, ou au contraire décidera de le placer sous surveillance en minorant sa majorité dans tous les corps de l’Etat. C’est une alchimie compliquée. Il est en réalité urgent de rajeunir la classe politique française et de l’ouvrir à l’imagination. Le séjour du Président aux Etats-Unis peut nous rassurer, si toutefois cela est rassurant : nos liens avec les Etats-Unis seront maintenus et renforcés au nom de la liberté et de la démocratie, tandis que la position française vis à vis de la Turquie et de l’Iran doit évoluer, comme le souhaite Barak Obama, vers un rapprochement de la Turquie et de l’Europe et vers un dialogue plus positif avec l’Iran pour faire pièce aux menées guerrières d’Israël. Sur l’affaire d’Iran Nicolas Sarkozy était plus royaliste que le roi. Il détestait ce Pays où les intérêts français sont pourtant importants. La mission de Rocard pourrait détendre l’atmosphère qui était au conflit.
Alors faut-il cohabiter ? Certes il n’est pas bon qu’un même parti détienne les rênes de tous les pouvoirs et ce serait le cas si le Parti socialiste obtenait une majorité absolue à l’Assemblée, mais surtout le temps de la diversité est venu. Les opinions ne peuvent plus être des dogmes, et la démocratie impose la réflexion et le partage. La confrontation des idées et des solutions est absolument nécessaire. Cette confrontation et cet échange doivent intervenir en temps réel et pas après cinq ans d’une expérience solitaire, or, le lieu où doit se pratiquer cette démocratie moderne c’est évidemment le Parlement. Il faut donc souhaiter qu’après les élections, il représente la société française dans sa diversité, puisque c’est là sa richesse.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°176 – Juin 2012

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Catégories :L'Echo des Arènes
  1. Philippe Créachcadec
    dimanche, mai 27, 2012 à 12 h 56 min

    J’apprécie beaucoup cette analyse basée sur un cinstat de situation réaliste.
    Lors de la crise des années 80, le gouvernement socialiste n’a pas hésité à prendre des mesures ultra libérales en désindexant les salaires de l’inflation mais en oubliant d’aider les Français à faire face aux organismes de prêt à cause taux devenus excessifs. J’ai peur qu’aujourdhui encore on reste dans la demi-mesure.
    Pour qu’un contre pouvoir efficace existe, il ne faut pas que les Français donne une majorité au PS à l’Assemblée. Espéront qu’ils en sont conscients.

  2. mardi, juin 5, 2012 à 15 h 36 min

    vous avez raison . Le parlement doit etre un lieu de dscussion , d’échanges et de décision ; c’est à dire de démocratie . il faut un équilibre pour qu’elle puisse s’exprimer ,à l’abri des dogmes et des sectes . C’est pour cela que ces elections Législatives sont importantes . Elles peuvent éviter une nouvelle monarchie absolue .

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