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Quand Marine fait valser la République

On savait que François Hollande et Nicolas Sarkozy seraient dans un mouchoir au premier tour de l’élection présidentielle. C’est ce qui s’est passé. Hollande à 28% et Sarkozy à 27%, mais l’on attendait un Mélenchon triomphant, drapeaux rouges, poings levés, Internationale en tête sur le pavé des rues, le peuple à ses côtés, et la liberté guidant le peuple ! Ce fut Marine Le Pen ! Les drapeaux tricolores, la patrie, la nation, les étrangers dehors, et avec eux la classe politique qui gouverne la France depuis 30 ans !
Est-ce un coup de mauvaise humeur ? Est-ce un mouvement de fond ? Y a-t-il d’un côté des bobos qui jouent à la révolution derrière Mélenchon, et le peuple de la France profonde qui est en train de la faire avec Marine Le Pen ? Cela fait des années que ce mouvement traverse et agite notre société, qu’on se contente de le traiter par l’ostracisme ou par les vieilles recettes marxistes qui n’arrivent plus à convaincre personne, même resservies à la sauce trotskiste ou sociale démocrate, parce qu’elles ont tellement échoué à travers le monde qu’elles n’arrivent plus à séduire. Mais ce n’est pas tellement l’exclusion, l’étranger, l’autre, qui emplit les urnes de Marine Le Pen, c’est la fureur et le désenchantement, c’est l’impression que les femmes et les hommes issus de la démocratie participative pour meubler nos assemblées, en réalité ne les représentent pas et n’ont pas de pouvoir sur les événements qui agitent le monde et qui font pourtant le niveau de vie quotidien. L’extrême droite d’avant-guerre, accusait déjà la ploutocratie, c’est-à-dire une petite élite financière, de tous les malheurs qui allaient accabler le monde, et finalement de la montée du bolchevisme stalinien qui s’emparait de la planète. On ne rejoue pas heureusement l’histoire, et la planète a bien changé. Les créanciers de la France, ce ne sont plus des banquiers à cigare et à chapeau melon, comme on nous les présente encore, ce sont les fonds souverains des pays pétroliers, ce sont les énormes excédents commerciaux chinois qu’on recycle à Hong Kong ou à Shanghai, et c’est vrai que nos démocraties peuvent jouer les matamores, mais qu’elles ne pourront survivre qu’en se modifiant considérablement. Lorsque l’Allemagne qui a fait une partie du chemin s’arcqueboute sur son intérêt national qui est de ne pas financer toutes les dettes de ses partenaires, elle gagne certes du temps, mais son espace vital reste cependant en Europe et la France est bien forcée de trouver les moyens d’une cohabitation. Marine Le Pen veut renverser la table, tout est simple. On sort de l’euro, on contrôle les frontières, on produit français, et bien entendu, derrière tout cela on diminue la solidarité nationale, mais ses électeurs, pour beaucoup se moquent de son programme. Ils veulent simplement dire qu’ils en ont marre des solutions compliquées qu’on ne leur explique pas, des promesses non tenues, parce que les représentants de la démocratie ont un langage à usage interne et un autre qui s’adresse aux marchés. La caricature en fut ce bon Hollande qui proclame à Paris que son ennemi c’est la finance, et se précipite à Londres pour rassurer la City en proclamant le contraire.
Mais quel que soit le résultat des élections présidentielles, tout se déterminera lors des élections législatives. Dans de très nombreuses circonscriptions Marine Le Pen pourra imposer des élections triangulaires et Mélenchon souhaitera aussi sa part des sièges. Dans un tel combat, l’issue est nécessairement incertaine. C’est donc une Assemblée nationale sans réelle majorité qui cohabitera avec un Sénat de gauche, et un Président de droite ou de gauche, selon le coup de dés du deuxième tour. Si Mélenchon est à gauche et Le Pen à droite, cela signifie qu’il y aurait un bloc de gauche autour de 40%, un bloc de droite autour de 45% et 15% de ce que l’on appelle le centre qui généralement dénotait dans la tourmente et qui tentera désespérément de se faire entendre dans la cacophonie des élections législatives. Marine Le Pen est au violon et Hollande à l’accordéon, drôle de bal !

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°175 – Mai 2012

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