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De grâce, élevez le débat !

La campagne présidentielle ne passionne pas les Français. Ils savent bien que le capitalisme occidental a franchi toutes les limites de la spéculation financière pour alimenter un système fondé sur la consommation, c’est-à-dire sur le crédit. Même le financement des systèmes sociaux dépendait du casino de Wall Street ! On a fait sauter la banque parce qu’il ne pouvait pas en être autrement, des fortunes se sont accumulées, d’autres se sont effondrées, mais la crise financière, cessant d’alimenter la demande en produits de consommation, a entraîné une crise économique dont nous avons la plus grande peine à nous extraire. La campagne présidentielle devrait permettre de partager une réflexion sur ces temps difficiles et sur l’avenir de nos sociétés, puisque les pays occidentaux, habitués à être des pays prédateurs, vivant sur le monde, sont devenus aujourd’hui les cibles des empires qui se lèvent comme la Chine communiste dont les milliardaires font peut-être mentir Karl Marx, mais sont surtout à l’affût des entreprises d’Occident, de leur technologie et de leur savoir-faire. La Chine n’écoute pas nos prêches sur les Droits de l’Homme ; elle n’a pas été éduquée dans la pensée humaniste du XVIIIème et du XIXème siècle, elle est tout droit sortie du matérialisme historique et elle invente sa doctrine du XXIème siècle. Elle pense, comme d’ailleurs Lénine, que les capitalistes sont si bêtes qu’ils vendront la corde pour les pendre et, à constater ce qui s’et passé depuis 2008 dans le monde, c’est parfaitement vrai. Nos pays sont dans la difficulté, nos dirigeants ne donnent pas de profondeur à leur programme, ils se demandent simplement comment flatter une fois de plus l’électeur. On chasse le riche à courre, et on le chasse du pays sous les applaudissements frénétiques, jusqu’au jour où l’on constate que parmi les riches il y a des footballeurs, nos modernes gladiateurs ! Imaginer la France privée de son équipe et c’est la fin du monde ; du coup Fabius réinvente le bouclier fiscal, comme il avait mis fin sous Mitterrand à la politique de socialisation de l’économie.
Mais le sujet n’est pas là, le sujet n’est pas de nourrir encore davantage un Etat qui dévore 57% du produit national, qui accapare plus de la moitié de la richesse produite, le sujet, et tous les jeunes le disent, c’est de s’organiser autrement. La recherche, la technologie, la création d’un côté, la microéconomie de l’autre, sont les pôles autour desquels s’organise la société naissante, celle qui n’a plus de frontières, dont l’espace est partout, quotidien et virtuel. N’importe quel enfant de 5 ans utilise l’ordinateur, ses réseaux, sa mémoire et son temps qui est celui de la vitesse absolue. Cela signifie que ni l’école, ni la production, ni l’échange ne seront les mêmes. Bill Gates ou Steve Jacobs, partis de rien, ont créé des empires, des millions d’emplois et sont devenus milliardaires en occupant un carrefour entre l’homme et la technologie. Ils fascinent parce qu’ils sont la preuve que les Etats-Unis cherchent et trouvent leur second souffle en tentant d’établir une nouvelle ère numérique. Mais les Asiatiques ne sont pas en reste. Le Japon, la Chine, la Corée ont pris le même chemin. Et nous ? Que disent nos fameux guides ? Où en sont-ils ? Certes on s’amuse avec les funambuleries de Mélenchon qui aurait fait un excellent candidat et sans doute un Président en 1936, mais qui discourre à partir d’une époque révolue. Marine Le Pen lui est tout à fait contemporaine, elle aurait essayé le coup d’Etat en 1934, mais fermer les frontières aujourd’hui, parler de l’immigration comme des Grandes invasions de l’an 436 est totalement irresponsable. Sur notre planète, 9 milliards d’habitants vont chercher l’espace, la nourriture et l’eau et si nous voulons produire, relocaliser nos industries en France, il faudra bien des travailleurs immigrés volontaires pour ce genre de travail. On se désole de la fermeture des usines et de la disparition de la classe ouvrière. Mais regardons les choses en face, combien de métiers industriels restent en “tension”, comme on dit pudiquement pour signifier que personne ne veut plus les exercer. Pourquoi est-il si difficile de trouver des métallurgistes, des soudeurs ?
Mais il est plus facile d’accuser l’Europe, les accords de Schengen, le laisser-aller du voisin et il est fort dommage que le Président sortant comme son challenger tente de faire de la surenchère l’un avec son aile droite et l’autre avec son aile gauche pour capter leurs électeurs. La démocratie représentative, si elle continue ainsi, si elle est incapable de s’incarner dans un projet absolument nécessaire pour conserver notre civilisation et ses valeurs, n’ira pas très loin, et ce sera le début d’un vrai déclin de notre modèle. Alors, messieurs les candidats, haussez le ton, haussez le débat, portez vous vers les cimes, là où il n’y a pas beaucoup de monde, mais où l’esprit règne. Nous avons besoin de cela !

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°174 – Avril 2012

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