Accueil > L'Echo des Arènes > Une campagne présidentielle

Une campagne présidentielle

lundi, février 20, 2012 Laisser un commentaire Go to comments

La campagne présidentielle commence dans une curieuse atmosphère. Jamais les pressions extérieures n’auront autant pesé sur la politique intérieure de notre Pays. L’abandon de la souveraineté monétaire découlant du Traité de Maastricht a complètement changé la donne depuis que la crise financière mondiale pèse sur l’euro. D’un côté, les grandes puissances financières Nord-américaines spéculent sur l’effondrement de la zone euro pour conserver la prééminence du dollar qui sert actuellement de béquille à une économie américaine en grande difficulté. D’autre part, la sauvegarde de la monnaie commune se fait sous la houlette de la puissance européenne dominante, l’Allemagne. Et les Allemands de droite ou de gauche ne laissent guère de place à la réalisation des promesses de François Hollande de changer les traités. Il faut donc nécessairement s’en prendre aux dépenses de l’Etat qui est effectivement dispendieux et qui préfère depuis toujours augmenter les “prélèvements”, c’est-à-dire les impôts, que baisser les dépenses que réclament à tue-tête toutes les catégories de citoyens. Le rôle de l’Etat, en efficacité, doit être au centre des réflexions des candidats.
On veut réindustrialiser la France pour retourner au plein emploi, mais quels sont le plan et les leviers ? L’activité industrielle, le travail en usine attire-t-il les jeunes Français et pas simplement les ingénieurs et les chercheurs ? Quelle est la place de l’innovation et de l’initiative, et finalement, quelle est la place du salariat ? Existe-t-il d’autres formes d’organisation de l’activité qu’il conviendrait d’encourager, alors que l’on passe de la proximité au réseau monde – via internet – dans le même instant ? Au fond chacun a son idée, mais personne n’en sait rien. La mondialisation des échanges a précédé la réflexion politique, l’impact de l’énergie des Grands Etats très peuplés a surpris la vieille Europe qui ronronnait sur ses certitudes de civilisation supérieure ! Or, il est frappant de constater qu’aucune grande pensée politique n’émerge, que personne ne trace ici un chemin de long terme, sans doute parce que les élites, strictement gestionnaires, considèrent comme une lubie de débattre de perspectives nouvelles.
Il est frappant de constater que les rares hommes d’Etat qui ont tenté d’ouvrir la porte de l’arène présidentielle en ont été très vite expulsés. Le cas de Jean-Pierre Chevènement est intéressant. Il avait indiscutablement quelque chose à dire et une vision à défendre, que l’on peut d’ailleurs ne pas partager. Il fut inaudible avant de se retirer, parce que les maîtres des médias préfèrent transmettre les sornettes quotidiennes qui finissent par former une jolie croûte de politiquement correct à l’usage des rues.
Le face à face Hollande-Juppé, à cet égard, fut une caricature. On était en présence de deux condisciples de l’Ecole Nationale d’Administration passant leur grand oral et le Président sortant peut soutenir avec beaucoup de talent alternativement des thèses qui ont varié au gré des humeurs, au gré de l’opinion, puisque le but c’est d’être élu en tablant sur l’absence de mémoire de l’électeur. Et l’électeur d’ailleurs s’y perd. Il oublie que Maastricht, la monnaie commune, c’était Mitterrand, et c’était donc aussi Hollande. L’ouverture au libéralisme, c’était encore eux. C’est ce qu’a  rappelé avec une certaine candeur, François Hollande, au journal britannique le “Guardian” qu’il voulait rassurer sur les sentiments pacifiques à l’égard de la finance qu’il avait pourtant pourfendue lors d’un discours remarqué.
Les programmes de Mélenchon et de Le Pen ne rappellent pas que de bons souvenirs, même si l’on met une couche de modernisme sur les idéologies qui ont fait le malheur du XXème siècle.
Il ne reste plus beaucoup de temps. Souhaitons qu’une crise militaire ne vienne pas dans ce délai emboîter le pas à la crise économique et financière ! La tension monte dangereusement au Moyen-Orient, rien ne vaut les bruits de bottes pour assurer les pouvoirs chancelants. Le XXIème siècle est né dans la convulsion de sociétés qui ont été jusqu’au bout de leur modèle et c’est vrai aussi pour le Printemps arabe. Espérons simplement que notre démocratie reste à la hauteur de sa tâche !

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°173 – Avril 2012

Publicités
Catégories :L'Echo des Arènes
  1. Aucun commentaire pour l’instant.
  1. No trackbacks yet.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :