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Bruits de bottes en Iran

Tandis qu’à Paris, on glose sur les notes comparées de Moody’s et de Standard and Poor’s, que les candidats battent la campagne en se donnant joliment des noms d’oiseaux, le détroit d’Ormuz qui ferme le Golfe persique se met à retentir de gesticulations guerrières. Et les gesticulations guerrières en période de crise financière internationale, ce n’est jamais très bon. D’autant que l’enjeu est considérable. Le rapport des Nations-Unies sur la construction d’une bombe nucléaire par l’Iran a fait immédiatement réagir Israël qui demande depuis longtemps une réponse militaire pour mettre fin aux ambitions iraniennes. Les Etats-Unis et l’Union européenne, la France en tête, demandent des sanctions économiques. Déjà les mouvements financiers bancaires avec l’Iran sont interrompus, mais ce que souhaite l’Occident, c’est tout simplement le boycott du pétrole iranien qui s’exporte par le détroit d’Ormuz, comme d’ailleurs celui du premier producteur mondial, l’Arabie Saoudite.
Il s’agit d’étrangler l’Iran économiquement alors que la Chine a pris la place de l’Occident dans ses échanges commerciaux et que la Russie est jalouse de son influence dans le Caucase et en Mer Caspienne.
Mais l’Iran n’a pas envie de se laisser étrangler, elle menace donc de fermer le fameux détroit si l’on s’en prend à son pétrole, or, la fermeture d’Ormuz priverait l’Occident du tiers de son approvisionnement pétrolier, la conséquence en serait une explosion des prix, quelque chose comme 3 euros le litre à la pompe !  Les Etats-Unis exigent donc le respect par l’Iran de la libre-circulation dans le détroit et dans le golfe, et montrent comme d’habitude leurs muscles. La Vème flotte est à Barhein, deux porte-avions nucléaires patrouillent à l’orée de l’Océan indien, l’Angleterre envoie sur place deux navires de guerre et la France entretient un modeste bataillon à Abu Dhabi, pour participer sans doute aux festivités.
Mais ce déploiement de forces n’a pas l’air de beaucoup impressionner les gardiens de la révolution et le Guide suprême l’Ayatollah Khomeyni. En effet avec l’aide de la Corée du Nord et de la Russie, l’Iran a accru de façon considérable sa puissance balistique et faute de posséder des porte-avions, elle a équipé de très nombreux petits navires rapides, de missiles de courte portée, assez pour menacer les grands bâtiments d’une flotte étrangère. Evidemment les Etats-Unis connaissent le risque, mais un conflit international, en pleine période de crise, est généralement bon pour les pouvoirs en place. Il relance une économie déréglée, peut permettre des manipulations monétaires à des fins patriotiques, bref ! Brouiller les cartes et relancer la machine. L’histoire est pleine de ces aventures faites de bruit et de fureur dont les conséquences n’ont pas été exactement un succès, tout simplement parce qu’elles ont échappé à leurs instigateurs. Or, la fuite en avant peut profiter à tous les antagonistes. L’Iran se tourne  vers l’ennemi extérieur pour créer un dérivatif national à une situation politique intérieure extrêmement compliquée depuis la répression violente qui a suivi les manifestations provoquées par l’élection contestée d’Ahmadinejad à la Présidence.
Les pasdarans, les gardiens de la révolution, qui sont à la fois la troupe d’élite du pays et qui contrôlent l’économie à travers un système compliqué d’entreprises et de fondations, semblent parfois souhaiter plus de pouvoir pour eux-mêmes que pour la théocratie dirigée par Khomeyni et par le clergé qui le soutient. Le Président Ahmadinejad ne fait plus l’unanimité au Majlis, c’est-à-dire à l’Assemblée nationale. Il a été sommé de s’expliquer  à plusieurs reprises sur son entourage mêlé à une affaire considérable de détournement de fonds publics portant sur deux milliards et demi de dollars. Ce remue-ménage politique au sommet de l’Etat n’atteint pas beaucoup une population en apparence résignée, mais qui observe ce qui se passe en Syrie. Le réflexe nationaliste qu’entraînent les pressions israéliennes et occidentales sur la capacité nucléaire du pays, est évidemment un ciment national naturel, mais peut-on le cultiver jusqu’au conflit ? La tentation est également forte en Israël de mettre fin à la négociation palestinienne en brandissant la menace de ce pays de 72 millions d’habitants qui affirme souhaiter sa disparition, même s’il s’agit d’une simple gesticulation à usage interne.
Dans ce contexte, les sanctions imposées par l’Occident peuvent mettre le feu aux poudres s’il s’agit d’interdire les exportations iraniennes de pétrole. Et si la poudrière saute au Moyen-Orient, dans le climat du “printemps arabe”, Dieu seul sait ce qui sortira de la Boîte de Pandore !
S’il est utile d’avoir un œil sur les agences de notation, il est peut-être utile d’avoir l’autre fixé sur le détroit d’Ormuz d’où peut sortir la paix comme la guerre et alors, là, plus personne n’aura besoin de Standard and Poor’s.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°172 – Février 2012

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