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Les bonnes et les mauvaises notes

jeudi, décembre 15, 2011 Laisser un commentaire Go to comments

Les prêteurs font estimer par des agences, la solvabilité présumée de leur débiteur. C’est ainsi que les agences de notation jouent un rôle très important dans la distribution du crédit puisque de la bonne ou de la mauvaise note dépend l’accès au crédit et le montant des taux pratiqués. Ces honorables maisons, sauf une, sont anglo-saxonne et règnent à Wall Street comme à la City de Londres, en se faisant payer grassement par leurs clients, qui sont d’ailleurs souvent les débiteurs. Ces agences s’apprêtent à dégrader l’Europe en général et la France en particulier. Mais l’on peut s’interroger sur quelques curiosités de la crise. Pourquoi ont-elles tant tardé à dégrader la Grèce, d’où est partie la crise de la dette ? En effet, jusqu’en 2010, alors que la Grèce avait dissimulé d’importants déficits avec la complicité active d’une très grande banque américaine, l’agence Moody’s ne tarissait pas d’éloge sur ce pays, ce qui permettait à la Grèce d’emprunter des milliards et aux investisseurs de se gaver d’obligations grecques qui ne valent plus rien aujourd’hui. Les prêts accordés à la Grèce l’étaient à un taux à peine supérieur à celui pratiqué pour l’Allemagne. La Grèce se voit récompensée d’un A+. Pourtant dès 2004, la Commission européenne poursuit la Grèce qui a truqué ses comptes et déclare même qu’elle n’aurait jamais dû rejoindre la zone Euro. Moody’s ne bronche pas. L’agence de gestion de la dette grecque verse chaque année environ 400 000 euros d’honoraires à Moody’s et probablement la même chose à ses concurrents. Mais la situation se tend. A la fin 2008, la Grèce est secouée par des mouvements sociaux qui inquiètent les investisseurs. Les taux d’intérêt grimpent. Moody’s se contente de modifier ses perspectives de A positif à stable, et en 2009, le pays double ses emprunts en levant 67 milliards sur le marché. En 2009, le gouvernement grec admet ses difficultés. Moody’s affirme que «les craintes des investisseurs en ce qui concerne la liquidité du gouvernement grec sont infondées». Il faut attendre juin 2010, après le plan de sauvetage européen, pour que les agences s’affolent ; le pays risque de faire défaut. Ses obligations deviennent «pourries». Les notes sont baissées dare-dare… trop tard ! Les analystes se sont trompés sur toute la ligne, et le feu est dans la maison. Il n’est toujours pas éteint et l’affaire grecque a montré la fragilité d’une monnaie qui ne repose pas sur une gouvernance unique mais qui dépend de politiques économiques et budgétaires contradictoires. L’accord de Bruxelles n’a pas calmé les marchés. La crise de confiance dans l’Euro s’installe, et la spéculation parie sur son effondrement, du coup les agences de notation ne savent plus très bien où elles sont. Elles dégradent parce que c’est finalement ce que souhaitent les prêteurs. On aperçoit clairement que la monnaie unique – conséquence du Traité de Maastricht – ne peut exister sans une souveraineté commune. Mais il s’agit là d’une affaire politique de première grandeur. Comment les peuples veulent-ils être gouvernés ? Veulent-ils une Europe fédérale après avoir rejeté le Traité constitutionnel ? Nous allons avoir des élections en France. Il ne s’agit pas de notes d’agence, mais de choix politique. On sait que le Front national, souverainiste, souhaite la sortie de l’Euro. C’est logique. Mais que veulent vraiment les deux grands partis UMP et PS ? Leurs candidats sont-ils prêts à accepter cette gouvernance européenne commune, ou même à la promouvoir ? La réponse, finalement, est binaire. On aimerait bien l’entendre. L’ambiguïté est mauvaise conseillère.

Xavier de Roux

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Catégories :L'Echo des Arènes
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