Accueil > L'Echo des Arènes > Drôle d’époque

Drôle d’époque

mardi, novembre 22, 2011 Laisser un commentaire Go to comments

La campagne présidentielle va battre son plein au moment même où le modèle social européen est durablement fragilisé.
Les Etats croulent sous les dettes qu’on dit «souveraines», mais qui ne règnent sur rien si ce n’est sur le malheur des peuples. Les Etats cigales ont financé sans compter les solidarités sur l’emprunt qu’une croissance future devait permettre de rembourser. Mais il n’y a désormais pas plus de croissance que de beurre en broche. La seule solution pour s’en sortir c’est de fabriquer de la monnaie, privilège souverain des Etats. C’est ce que font les Etats-Unis, à la grande fureur de leurs créanciers, dont la Chine, qu’ils payent en papier. Mais l’Union européenne – si imparfaite – ne peut le faire, faute de l’accord de l’Allemagne, tétanisée par l’inflation, qui avant-guerre lui apporta le malheur avec le nazisme.
Faute d’avoir recours à la planche à billets, la France doit donc revoir sa dépense publique. Elle ne peut plus emprunter en octobre pour payer le salaire de ses fonctionnaires ! Six ou sept millions de Français sont d’ailleurs mobilisés pour administrer 65 millions d’habitants. C’est un record mondial, mais c’est ainsi.
Dans les cinq années qui viennent, le gouvernement de la France va devoir – contraint et forcé, modifier en profondeur sa gouvernance, à commencer par son administration territoriale, la gestion de la santé et de la sécurité sociale, tandis que le Parlement national perdra progressivement son contrôle sur les lois de finance et le budget de la Nation. Certes, des esprits éclairés, comme Maurice Allais, avaient souligné combien le traité constitutionnel de 2004 avait mis au cœur du système le libéralisme économique, qui agissait alors, et notamment à l’Est, comme un dogme fédérateur. Mais ce dogme fédérateur avait été accepté par le gouvernement socialiste dès le traité de Maastricht dont François Mitterrand fut un grand défenseur.
Il est donc trop tard pour pleurer, d’autant que le libéralisme a bon dos lorsque les Etats font n’importe quoi. On présente les «marchés» comme des personnages mystérieux et odieux, alors qu’il s’agit simplement des prêteurs permettant aux débiteurs que sont les Etats de tourner. Dès lors qu’un Etat peut faire faillite parce qu’il a perdu le droit souverain de frapper monnaie, ses créanciers s’inquiètent, refusent de prêter, ou prêtent à des taux usuraires pour pallier le risque de n’être jamais remboursés.
Ces créanciers sont tout à fait identifiables, il y a les fonds souverains des Etats excédentaires, comme ceux des pays pétroliers, les Etats, comme la Chine, qui ont un excédent commercial leur apportant des devises, et puis toutes les grandes banques qui collectent l’épargne et placent cette épargne pour leurs clients. Il est de bon ton d’affirmer, comme M. Mélenchon ou M. Montebourg, qu’il faut mettre fin à la voracité des marchés financiers. Mais visiblement ces deux hauts personnages n’ont jamais essayé de faire boire un âne qui n’a pas soif. Il  faut empêcher, disent-ils, les marchés financiers d’accroître leur emprise sur les Etats et de transformer les dettes souveraines en dettes de servitude. Mais il n’y a pour cela qu’un remède : cesser d’être un débiteur incapable de rembourser sa dette.
Et l’on revient donc à la case départ : ajuster la gouvernance et les politiques des Etats aux possibilités contributives de leurs peuples. François Hollande sait bien que la faculté contributive des Français a atteint des limites, et que même en augmentant les prélèvements chez les plus riches, on ne pourra faire face à la dette sans réformes de structures, à moins de taxer les plus pauvres.
C’est donc le débat autour du choix des réformes que l’on attend de la campagne présidentielle. Il n’a pas encore commencé. Il ne faudrait pas que le Corrézien utilise la formule d’un autre Corrézien : «Il n’y a pas de problème qu’une absence de solution ne parvienne à trancher !»
S’il vient de rompre quelques lances à gauche en refusant l’abandon de l’énergie nucléaire prêchée par les Verts, il n’a guère réagi au projet franco-allemand de Nicolas Sarkozy et d’Angela Merkel, laissant à Mélenchon et à Chevènement le soin de dire tout le mal qu’ils en pensent. Mais ni l’un ni l’autre ne sont plus au Parti socialiste. Il commence donc à être temps de sortir du bois.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°170 – Décembre 2011

Publicités
Catégories :L'Echo des Arènes
  1. Aucun commentaire pour l’instant.
  1. No trackbacks yet.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :