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Il est trop tard pour ne rien faire

La rencontre d’Angela Merkel, la Chancelière allemande, et de Nicolas Sarkozy, le Président français, a fait couler beaucoup d’encre et  le chœur des candidats socialistes à la Présidence de la République est unanime pour déclarer, vain et insuffisant, le résultat de la rencontre.
La pièce principale est en effet une pièce allemande, inscrite dans la Constitution allemande ; l’Etat ne peut dépenser plus que ses recettes !
Cette affirmation qui depuis des années fonde l’Etat des finances allemandes fait bondir nos anciens élèves de l’ENA, candidats à la Présidence de la République, élevés tous au lait de Keynes, pour qui le déficit budgétaire est un moyen efficace de relance d’une économie atone dès lors que toute la machine repose sur la croissance. Le déséquilibre et la croissance induite sont les mythes fondateurs des finances publiques modernes françaises. Le dernier à s’être opposé à cette idée brillante mais saugrenue était Raymond Barre. Il restait dans le droit fil d’une orthodoxie déjà enseignée par Necker à la veille de la Révolution contre un Etat qui croulait sous les dettes, les injustices et les inégalités. Il y a donc trente ans que l’on s’acharne à relancer une économie vidée de sa substance par les délocalisations industrielles, à coup de déficit budgétaire. Mais il y a un point où l’on ne peut plus rembourser ses créanciers. Même les Etats font faillite !
La position allemande est donc une position de bon sens, et l’adoption constitutionnelle, la règle d’or que propose Nicolas Sarkozy n’est que l’acceptation d’une évidence. Le paradoxe est donc la levée des boucliers socialistes qui veulent pourtant l’Europe intégrée puisqu’ils ont négociés et voulus le Traité de Maastricht et l’Union monétaire !
Le Traité de Maastricht, comme l’euro, sont une création de François Mitterrand ; ses fruits aujourd’hui sont peut-être amers, mais Madame Aubry et Madame Royal étaient au pouvoir lorsque cela s’est fait ! Elles peuvent aujourd’hui difficilement en refuser les conséquences et lorsqu’elles réclament, avec François Hollande, l’émission d’eurobonds, c’est-à-dire d’emprunts européens, elles ont raison, mais l’Allemagne n’acceptera jamais ces émissions avant que la règle de l’équilibre budgétaire n’ait été votée par les dix sept Pays de l’Union. Les eurobonds, sans la règle d’or, signifient que l’Allemagne doit payer pour les déficits de tous, et les Allemands qui se sont imposés des règles strictes n’y sont pas prêts. On le verra d’ailleurs lorsque le Bundestag aura à discuter bientôt de la dette grecque.
En réalité la discussion politique en France est complètement dans l’impasse. Il est évident qu’il faut changer les règles du jeu et que cela ne peut pas se faire front contre front. Sur un sujet de société aussi grave, 51% ne gagnent pas contre 49%. Il faut un vaste tour  de table qui  inclut d’ailleurs les syndicats et les autres forces de la Nation pour définir une règle qui rende compatible notre économie avec celle de notre partenaire allemand qui est aujourd’hui et à cause de nous, la première puissance européenne. L’unification de l’impôt sur les sociétés entre la France et l’Allemagne est déjà un premier pas en ce sens. Mais c’est surtout notre gestion de l’Etat qui doit être revue. Il y a des années que l’on décide de simplifier l’administration, de réduire les procédures, de baisser les dépenses publiques ; il y a des années que l’Etat transfère ainsi des charges aux collectivités publiques, notamment les charges de solidarité sociale, en trichant sur les coûts et le montant des transports. Il y a des décennies que des décisions sont prises, et des lois votées, sans étude d’impact sérieuse, souvent pour plaire à l’opinion ou a tel ou tel groupe de pression. Il y a des années que l’on jure resserrer les gouvernements, économiser les ministres, supprimer des comités et des commissions et puis l’équilibre politique réinvente un ministre ou un secrétariat d’Etat, et quelques prébendes sont distribuées, comme à la cour de Louis XVI, malgré Necker !
D’autant que toute cette machinerie est très souvent inefficace, lorsqu’elle doit servir de levier à l’économie réelle.
On peut toujours menacer les entreprises du CAC 40 de mesures fiscales si elles distribuent des dividendes à leurs actionnaires, mais l’on sait bien que les entreprises mondialisées, ont souvent des actionnaires étrangers et réalisent leurs activités pour la plus grande partie loin de France. Par contre, on a laissé filer tranquillement à l’étranger des productions industrielles au nom du libéralisme et de la mondialisation, tandis que l’Allemagne conservait ses PME, si bien que son excédent commercial dépasse les 15 milliards d’euros et que notre déficit frise les 50 milliards. On a laissé quatre centrales d’achat desservir l’essentiel de la distribution française et bien sûr personne ne peut contrôler d’où vient cet approvisionnement et donc le déficit de notre commerce extérieur puisqu’une grande partie de cet approvisionnement vient d’Asie.
La liste est longue et les solutions très difficiles dans le contexte juridique international qui a été bâti. C’est pourquoi il faut cesser les slogans électoraux pour réunir de véritables Etats généraux qui prendront le temps qu’il faudra pour dégager un consensus national, et mettre fin à ces réactions de cour de récréation qui sont indignes de candidats aux plus Hautes fonctions. Notre Pays a tous les atouts en main si l’on veut bien rendre sa gouvernance efficace et adaptée à l’air du temps. C’est peut-être difficile, mais ce n’est pas la mer à boire si l’on veut bien profiter tous ensemble des temps de crise pour discuter des aménagements nécessaires.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°167 – Septembre 2011

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