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Ils ont fait sauter le casino !

Ça fait des années que la mode est à la dérégulation, à la suppression des Etats impotents, à la toute puissance de l’entreprise et des initiatives individuelles. En 2008 déjà le marché mondial avait été secoué durement par les erreurs de jugements des diseuses de bonne aventure, des camelots du bonneteau et autres financiers donneurs de leçon et fabricants de fausse monnaie. Les contribuables de tous les états concernés avaient été appelés à la rescousse pour boucher les trous et sauver l’épargne en sauvant les banques. Les Etats croulant sous les dettes anciennes et acquises avaient tous juré qu’on allait réguler le marché financier, interdire de jouer à la baisse, taxer les flux financiers, réguler les produits, bref de venir sage. On a collé en taule deux ou trois agités trop visibles comme Madoff et puis on a continué de plus belle. Les promesses se sont envolées, les parlements ont tourné la tête ; trop compliqué tout ça ! Les places financières ont retrouvé des couleurs et pour le citoyen ordinaire par grand chose ne changeait.
Le gouvernement s’interrogeait sur el chômage, sur le nombre d’émigrés qu’il fallait mettre à la porte, su le nettoyage des plages bretonnes où mourraient des sangliers, sur les nouveaux radars pour la sécurité routière, sur les importations d’ours slovènes mangeurs de moutons dans les Pyrénées, ou sur le droit de fusiller les loups. A gauche, on était contre ce que faisait le gouvernement, pour mieux se disputer entre Madame Aubry, Monsieur Hollande et les autres qui voudraient bien être Président de la République à la place de Nicolas Sarkozy, qu’ils trouvaient assez petit et très agité.
Et tandis que ce formidable débat politique agitait une France en vacances, les «marchés», comme on dit, dégradaient la note des Etats-Unis. L’agence de notation Standard & Poor’s se farcissait Obama, en supprimant aux USA son triple A qui est la médaille d’honneur de l’emprunteur méritant. Le but de cette noble affaire était de punir un président démocrate qui avait eu l’idée saugrenue de vouloir augmenter les impôts pour faire face à une dette colossale, alors que les Républicains préféraient qu’on supprime quelques dépenses de l’Etat pas vraiment nécessaires comme la sécurité sociale !
La dégradation des Etats-Unis mit en route immédiatement un cycle d’agiotage à la baisse sur les marchés boursiers, et comme on gagne autant en vendant qu’en achetant, puisqu’un bon spéculateur empoche son gain dès qu’il a dénoué le contrat, la dégringolade mondiale s’est accélérée au rythme des échanges électroniques, tentant d’alimenter le casino. L’épargne publique s’est trouvée aspirée en un rien de temps par la spéculation qui a choisi de «détruire de la valeur», selon la belle expression. Et les puissances publiques sont restées désarmées devant le cataclysme. Elles n’avaient plus un kopeck à risquer sur le tapis vert, et aucune régulation efficace à mettre en œuvre, puisque depuis 2008 il était devenu urgent d’attendre !
Devant tant de carabistouilles, les opinions publiques restent médusées. Elles n’y comprennent rien, sauf quand M. Melanchon vient affirmer qu’il faut casser le système. Mais il n’y a rien à casser ; le système est au bout de l’exercice. Qu’un Etat souverain, fatigué d’endurer les misères de ses créanciers, décide qu’il ne paiera pas ses dettes, ou qu’il les paiera pus tard, aura pour effet, si l’Etat est suffisamment important, de mettre à mal quelques banques qui seront nationalisées pour sauver l’épargne. Leurs actionnaires perdront leur mise et les banques centrales prêteront directement aux Etats ou rachèteront leurs obligations en émettant de la monnaie. On a déjà connu cela, puis peu à peu le monde reviendra à une économie réelle faite de production et d’échanges de biens durables, comme le fait déjà l’Allemagne. Il n’y a rien de très révolutionnaire dans tout cela. On aura fait sauter la banque et le casino aura fermé ses portes. Personne ne pleurera vraiment, sauf tous ceux qui se nourrissaient des extravagances d’un marché. Ils écriront que l’on retourne au Moyen-âge. Nous serons simplement revenus de ce côté-ci du miroir.

Xavier de Roux

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Catégories :L'Echo des Arènes
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