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Le funambulisme économique

La planète financière fait de l’équilibre sur le fil de son destin. On nous avait annoncé la fin de l’histoire autour d’une réconciliation générale avec les principes de base d’une économie financière de marché, mais depuis trois ans, les contradictions s’exaspèrent, les dettes des Etats, les dettes souveraines comme on dit si bien, s’envolent après qu’elles aient été pour partie nourries des passifs bancaires qu’il a fallu absorber pour sauver l’épargne. Il faut dire que depuis trente ans le déséquilibre budgétaire est devenu un dogme fondé sur sa résorption automatique par la croissance, elle-même engendrée par la création de produits financiers nourrissant l’épargne. Ce savant système qui devait être le modèle de la “globalisation” anglo-saxonne, c’est-à-dire de la mondialisation de l’économie, prend l’eau de toutes parts et croule sous ses contradictions. Le dollar qui devait régner en maître est à la peine. On en est à se demander si le Trésor américain pourra honorer ses créanciers tandis que Républicains et Démocrates se chamaillent autour du modèle social nécessaire. L’individualisme forcené des uns se bataillant férocement avec l’intérêt collectif que souhaitent défendre les autres. Quelle part de ses revenus doit être consacrée au fonctionnement de la société ? Belle question qui n’est pas beaucoup mieux résolue dans la Vieille Europe ; la Grèce a répondu que la ressource publique, c’est-à-dire l’impôt, n’incombait pas aux citoyens qui pouvaient éviter de le payer ! Du coup les dettes grecques pèsent sur l’euro puisque ce sont les budgets des Etats membres qui doivent en fin de compte les payer. On comprend l’exaspération allemande, le bon élève de la classe, qui préférerait laisser aux banques imprudentes le soin de se débrouiller avec leur débiteur, mais également la préoccupation française de protéger l’épargne. «L’échec du soutien à l’euro nous est interdit», a déclaré le Chef de l’Etat français. Il faut avancer dans la gouvernance économique de façon ambitieuse et volontariste», a-t-il ajouté. Nicolas Sarkozy dit lui-même qu’il saisit l’occasion de la crise grecque pour «faire un saut qualitatif dans la construction gouvernementale de la zone euro». Si l’on essaye de traduire le sens de ces déclarations il faut le faire sans ambiguïté : la zone euro impose un gouvernement européen, c’est-à-dire un certain fédéralisme, une perte de souveraineté des Etats et il n’y a pas d’alternatives possibles. Le Traité de Rome, revu à Lisbonne, est en train d’accoucher d’une Europe fédérale dont les parrains seront la France et l’Allemagne. Pour un pays qui a dit non au traité européen concocté par Giscard d’Estaing, c’est presque une révolution. De l’autre côté de la Manche, on regarde cette initiative avec beaucoup de méfiance, et dans les pays de l’Est on se demande quel est le choix au point qu’à Vienne on fasse à Otto de Habsbourg, fils de Charles 1er dernier empereur d’Autriche, un enterrement de Chef d’Etat puisque toute sa vie, notamment député européen, il n’avait eu de cesse de se battre pour cette Europe qui était celle de ses ancêtres. Nicolas Sarkozy a sans doute une vision similaire d’une Europe qu’il faut accoucher en tant que puissance internationale face notamment aux puissances d’Asie puisque l’Amérique devient incertaine. Il affirme : «Nos prédécesseurs ont fait un geste historique en dotant l’Europe d’une monnaie unique, mais il manquait un gouvernement économique. C’est notre contribution».
Ainsi la France, sans doute pour la première fois de son histoire depuis Napoléon, se proclame le leader de l’unité européenne, et affiche clairement son but, en prenant de vitesse l’Allemagne ? Le paradoxe est qu’une telle politique soit menée par ceux qui s’estiment les héritiers du général de Gaulle, pour lequel il n’était pas question d’abandonner la souveraineté de l’état et qui s’était, pour cela, battu contre la Communauté européenne de défense. Mais ce qui est encore plus paradoxal, c’est que Martine Aubry – héritière de son père – partage cette définition et cet objectif et que tout cela se passe sans véritable débat, sans que les enjeux soient clairement explicites et pourtant une telle politique implique des conséquences immédiates pour les budgets des Etats, c’est-à-dire pour leur politique intérieure. Tous les Etats de la zone euro doivent passer au-dessous de la barre des 3% de déficit public dès 2013 (Nous en sommes à plus de 7% !). Cela signifie qu’il faut continuer à ne pas remplacer les fonctionnaires partant à la retraite, à réduire les dépenses de fonctionnement de l’Etat d’au moins 10%, à réexaminer les contributions de Sécurité sociale, et de toute façon à augmenter les impôts ! Le Parti socialiste qui commence sa campagne pour désigner son candidat est pris au piège. On le voit mal revenir sur des engagements européens, mais il doit aussi dire comment il fera pour tenir ses engagements compte tenu de son programme. Son choix c’est d’augmenter les impôts de 50 milliards plutôt que de réduire les dépenses de l’Etat, mais une telle pression fiscale dans une Europe ouverte est-elle possible ? La liberté pourrait prendre la poudre d’escampette. Mais ce que l’on retiendra de cette affaire, c’est le peu de communication et le peu de débats avec le public, c’est-à-dire avec le citoyen électeur, qui interviendra forcément, un jour ou l’autre dans le débat !

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°166 – Août 2011

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