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Il a bien fallu qu’on en parle !

Le directeur général du Fonds Monétaire International, le hiérarque du Parti socialiste français, le professeur d’économie, le bientôt candidat à la Présidence de la République, a disparu des écrans radars politiques, pour être pris en charge par ceux des faits divers ! A 62 ans, sa merveilleuse ascension vers le paradis des puissants s’achève dans une chambre d’hôtel de Manhattan à New-York.
Le procureur Vance se fait une notoriété internationale, et une poignée d’avocats font assaut d’honoraires car cette affaire de sexe devient une affaire d’argent. L’agression sexuelle présumée prend les aspects d’un combat titanesque, l’accusé comme la victime s’armant des meilleurs avocats, qui tablent sur l’immense fortune de l’accusé, découverte au détour d’une audience de tribunal, et son double visage apparaît. Il s’apprêtait à endosser le programme du Parti socialiste plein de justice et d’égalité, établi à grand renfort de fiscalité pour les riches ; il s’apprêtait à fustiger les possédants, comme il avait fustigé Gaymard, ministre des Finances de Jacques Chirac, contraint de démissionner pour s’être logé dans un logement trop cher. On entend encore DSK, face au ministre sur le plateau de télévision, le tancer de sa voix puissante de payer 15 000 euros, soit 15 Smic par mois pour un logement ; mais le faiseur de leçons, le redresseur de torts, se loge lui pour 35 000 $ à New-York ! Et il donne six millions d’euros de caution pour y vivre enfermé, un bracelet électronique au pied. Alors la comédie du pouvoir apparaît. On aime les pauvres pour leurs votes, pour le reste comme dirait Jack Lang, «il n’y a pas mort d’homme» ; et Jean-François Kahn en rajoute, qui trouve qu’on en a fait beaucoup pour «cette servante troussée» selon son expression.
Cette affaire, effectivement, serait restée subalterne si elle ne s’était pas passée aux Etats-Unis, où dans l’opinion publique se mêle une pudibonderie puritaine et quelques symboles, dont le plus fort est la domination de la servante noire par l’homme blanc riche et puissant ; ça ramène aux mythes de la guerre de sécession, alors que l’apartheid masqué a dû attendre la voix chaude d’Angela Davis pour prendre fin il n’y a pas si longtemps.
Et si l’homme blanc, riche et puissant, n’est pas américain, mais européen, quel bonheur ! La justice droite dans ses bottes peut l’écraser, très à l’aise. Elle a le peuple derrière elle, ce peuple massé aux marches du tribunal et qui grondait «Shame on you» (honte à vous) ! Après la nuit passée au dépôt du tribunal, après quatre nuits en prison, cette montée des marches au bras d’Anne Sinclair était une épreuve épouvantable pour celui qui en quelques jours est tombé de son piédestal mondialisé vers un destin incertain.
Parfois les hommes de pouvoir ne comprennent plus le monde dans lequel ils vivent et qu’ils ont pourtant façonné, construit, édifié. L’égalité des hommes et des femmes, le respect de la personne humaine, la société sans classe, les Droits de l’homme, sont autant de jolies formules de discours que l’on jette du haut des estrades, dont on peuple les programmes politiques, mais qui ne concernent pas les sphères du pouvoir, l’olympe où règne l’argent, la puissance et la gloire. L’olympe est si haut, réservé à si peu, qu’il est étrange qu’au nom des principes gravés dans les tables de la loi, on puisse mettre la main sur un de ses membres, un de ses locataires, et tout le monde se demande comment cela a-t-il pu arriver ?
La justice américaine est mise en cause, son fonctionnement serait aussi absurde qu’injuste, comparé à une justice française, où un juge solitaire et parfait instruit à charge comme à décharge et ne cherche jamais à crocheter le pied de celui qu’il envie. Eva Joly, candidate à la Présidence de la République, s’auto-félicitait du temps où elle était juge et menait bien sûr à la perfection, impartialement, ses procédures. Elle oublie la séquence que tous les téléspectateurs ont pu voir de Roland Dumas, alors président du Conseil constitutionnel, entouré de policiers et entraîné dans la voiture du juge ! Roland Dumas fut acquitté, mais après être passé au pilori judiciaire.
Parce que, finalement, rien ne change, c’est l’image de l’homme puissant qu’il faut détruire, et en l’occurrence c’est fait. Les conditions de l’élection présidentielle sont complètement changées. On attendait le choc de deux poids lourds, un Président de la République sortant confronté à un savant économiste directeur général du Fonds Monétaire International, ayant tutoyé tous les puissants. Hors jeu, il faut le remplacer d’urgence. On trouve un Chirac de gauche, François Hollande, la secrétaire générale du PS, dont le charisme ne dépasse pas les murs de Lille et l’éternelle Ségolène Royal qui a déjà donné !
On comprend que pour pimenter une affaire assez fade, le Parti radical et le Centre aient demandé à Jean-Louis Borloo d’entrer en piste. Ministre d’Etat, il a à son actif quelques réussites spectaculaires, le redressement de Valenciennes, le programme de rénovation urbaine, le grenelle de l’environnement, même si dans ce domaine la conférence de Copenhague ne fut pas une réussite, mais elle lui a permis de côtoyer à plusieurs reprises les dirigeants de la planète.
Certes, sa candidature agace le pouvoir, mais les indignés aussi devraient agacer le pouvoir ! S’il n’y a pas une candidature porteuse d’une façon différente de s’exprimer, écoutant plutôt qu’ordonnant, réunissant plutôt qu’opposant, s’il n’y a pas un candidat qui enfin décide de sortir des jeux de rôle convenus, nous aurons alors comme en Espagne, et ailleurs tous ceux qui préfèrent s’exprimer par les réseaux sociaux plutôt que par la démocratie représentative ; il y a déjà 50% d’abstentionnistes qui ne s’abstiennent ni sur Twitter ni sur Facebook.
Si Jean-Louis Borloo sort du jeu de rôle et s’exprime comme il aime s’exprimer, écoute comme il aime écouter, et met en gerbe ce qu’il entend, il peut faire revenir aux urnes tous ceux qui se détournent de notre démocratie parce qu’elle ne leur parle pas, ou que sa langue est devenue complètement incompréhensible.
Entre les tambours de ville  de la droite et de la gauche, dans la bruyante arène des promesses toutes faites et des programmes habituels, un candidat différent peut faire entendre ce que certains appellent la voix du centre, mais qui est en réalité une voix différente sur un chemin nouveau.
La chute de Strauss Kahn aura ainsi ouvert une voie que personne n’attendait. Ce sont les hasards d’une matinée à New-York.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°165 – Juillet 2011

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