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Une nouvelle donne pour les Présidentielles

La dernière grande affaire politique française est une affaire de mœurs ! Un candidat favori à la Présidence de la République sort de la course pour se retrouver en prison, et l’émoi s’empare de son parti. La volière socialiste s’agite de toutes parts, on conciliabule, on complote, on recompose. De vieux chevaux de retour comme Laurent Fabius se demandent si leur chance ne tombe pas du ciel, et François Hollande caracole dans les sondages à la stupeur de Martine Aubry.
C’est donc une nouvelle page qui s’ouvre pour les prochaines élections présidentielles. Le principal adversaire de Nicolas Sarkozy est à terre, et le miracle de la réélection se dessine déjà, les fidèles tressaillent, les calculs recommencent, et si le Roi restait le Roi ? Ce qui semblait à beaucoup impossible hier, redevient possible aujourd’hui, même si Marine Le Pen continue sa course en reprenant le vieux slogan de son père lorsqu’il était poujadiste : «Sortez les sortants». Si l’on passe les menottes aux élites et aux oligarques, le peuple peut sortir ses piques, et en France il est prompt à le faire. Heureusement pour lui, face à l’ancien candidat socialiste, Nicolas Sarkozy peut passer pour un pasteur méthodiste !
Mais le tremblement de terre médiatique s’est fait au moment même où Jean-Louis Borloo lançait courageusement l’aventure centriste. La déclaration d’indépendance du Parti radical, la création d’un nouveau mouvement politique avec le Nouveau centre et la gauche moderne est passée relativement inaperçue, sauf évidemment des professionnels de la politique qui observent avec curiosité le parcours de Jean-Louis Borloo. Personnage atypique, ancien avocat d’affaires à la brillante réussite, personnalité importante de l’UDF aux côtés de François Bayrou, esprit créatif et indépendant, neuf ans ministre après avoir sauvé le Valenciennois, il fait entrer l’écologie dans la loi et dans les codes, bouleverse celui de l’urbanisme, écoute attentivement les bruits de l’air du temps, sachant très bien que dans une société aussi complexe que la nôtre, exposée au grand large et aux vents de la mondialisation, on ne décrète plus ce qui est bon ou ce qui est mauvais pour le peuple. On commence par écouter, par comprendre, par résoudre les contradictions, les aspirations contradictoires des uns et des autres, et l’on regarde les moyens dont on dispose.
Jean-Louis Borloo découvre que dans une société moderne, ce n’est pas le programme qui compte, les programmes politiques sont faits pour ne jamais être exécutés, mais bien la méthode pour arriver à un certain consensus social. Nous vivons dans des sociétés surinformées, communiquant électroniquement, où les rassemblements comme les idées, et parfois les plus farfelues, peuvent se répandre en quelques secondes, où les plus jeunes sont nés avec un ordinateur sur les genoux, dont la rationalité n’a plus rien à voir avec celle en vigueur au début du siècle dernier. Il reste un socle pour tenir tout cela debout, c’est finalement l’humanisme républicain, où la liberté incarne les libertés, même si elle maltraite parfois l’égalité et la fraternité. L’égalité et la fraternité du pacte républicain doivent donc sans cesse faire l’objet de tous les soins, et la laïcité est un puissant levier pour l’assurer. Jean-Louis Borloo sait qu’à partir du socle républicain qui représente le vrai consensus de la société française, tout ensuite se négocie, puisque rien n’est certain. On sait que l’économie n’est pas une science mais, au mieux, un constat, que la fin de l’histoire qui devait s’incarner dans le libéralisme dès la chute du Mur de Berlin, n’est pas une doctrine mais une posture, incapable de fédérer une société quelconque et que dans le grand village planétaire qui se crée, les nations ne sont pas mortes. Une situation si complexe n’est pas faite pour les inspecteurs des finances, pour les grands commis de l’Etat qui devaient être les béquilles d’une classe politique indigeste, avant que de se faire élire eux-mêmes en perdant leurs repères.
François Hollande est l’archétype de ce haut fonctionnaire dévolu au Parti socialiste, comme d’ailleurs son ex-compagne Ségolène Royal, sortie de la même école de la Fonction publique.
Jean-Louis Borloo incarne une autre liberté, un autre regard. C’est une sorte de Nicolas Sarkozy qui écoute et surtout qui entend, et qui ne prétend pas faire tourner la planète autour de sa personne. Le centre de l’échiquier politique a vocation à tenir dans sa main tout le jeu, si le joueur est bon. Il reste finalement une année pour l’apprendre.

Xavier de Roux
Paru dans L’Echo des Arènes n°164 – Juin 2011

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