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L’Amérique a tué le Diable

Décidément, l’Amérique ne changera jamais. Elle a eu le scalp d’Oussama Ben Laden, comme elle avait eu celui de Cochise ou de Geronimo, les chefs sioux. Les affaires se règlent à la loyale et au pistolet ! Rien n’a donc changé sous le soleil. La tête de Ben Laden avait été mise à prix par M. Bush. Il fallait le capturer mort ou vif. Sans doute plutôt mort. Le président Obama, toujours très élégant, annonça la nouvelle avec beaucoup de sérénité. Les USA avaient enfin châtié l’ennemi qui avait tué 3000 fois dans la ville symbole américaine, et qui en plus avait humilié la Nation, en échappant à la longue traque. Obama est donc devenu un héros. Il peut brandir le scalp à la face du monde. On n’insulte pas sans risque de mort l’honneur des Etats-Unis.

L’ordre du monde se remet donc en place et le Yéménite jeté à la mer n’inspirera de procession qu’aux requins et aux mécréants. Les autres feront ailleurs leurs plans de vengeance. Ils invoqueront leur Dieu unique ; celui qui déteste tellement les hommes qu’il essaye de les assassiner tous, et ils sont tous si chargés de péchés qu’on ne trouve aucun innocent capable d’échapper à la terreur divine. Mais, qui pensait à la terreur divine en s’attablant au café Argana à Marrakech, et qui pensait à la terreur divine en prenant, le matin, un train de banlieue à Madrid pour aller travailler, ou un bus à Londres ou les trottoirs des rues de Bagdad ou d’Islamabad ? Qui pensait que Dieu était devenu fou ? En liquidant Ben Laden, Obama a rappelé simplement que les hommes n’étaient jamais vraiment les messagers d’un Dieu qu’ils inventaient quotidiennement parce qu’ils détestaient tout simplement l’autre, le prochain, l’étranger. Ils inventent des commandements de Dieu pour mieux exercer leur vengeance ou leur férocité et dans notre siècle que l’on dit pourtant moderne, on poursuit les fables de l’inquisition et tous les désastres de la foi obscure, en dépit des lumières.

Que Dieu bénisse l’Amérique, a dit Obama. Faut-il être dans une autre foi, Dieu contre Dieu, péchés contre péchés, bien contre mal dans cette galerie de l’histoire des hommes qui se détestent tant, qui portent le poids de la haine et qui ignorent le pardon ? L’Amérique a donc tué le Diable, et c’est bien de tuer le Diable, mais que faire ensuite ?

Il faut redescendre sur terre, regarder l’aspiration des hommes de ce Moyen-Orient qui aspirent à leur liberté et à être eux-mêmes, qui souhaitent simplement la justice et qui veulent cesser d’être les marionnettes de l’histoire. Il y a du chemin à parcourir de Tunis à Tripoli, de Tripoli au Caire, du Caire à Damas et de Damas à Téhéran. Le printemps fleurira ou ne fleurira pas ; la mort de Ben Laden n’a fait descendre personne dans la rue, nulle protestation n’a été entendue. Il est peut-être mort, parce que la fin de la violence divine était inscrite dans la nature des choses, et qu’après elle vient enfin le temps de la liberté. Ne nous en mêlons pas.

Xavier de Roux

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Catégories :L'Echo des Arènes
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