Accueil > L'Echo des Arènes > Le National est de retour

Le National est de retour

Pendant un demi-siècle, l’Europe épuisée par deux guerres a tenté de se reconstruire et de se réunir. L’unification européenne est un rêve aussi vieux que la chute de l’Empire romain. Toute son histoire est le rêve du retour à l’Empire, esquissé par les Carolingiens, souhaité par le Saint empire, obtenu par la force par Napoléon, l’empereur des Français, revendiqué par l’Allemagne triomphante, et toujours écarté par une Angleterre insolente.
La Démocratie allait-elle réussir ce que les armes n’avaient jamais obtenu ? Monnet, Schuman, Adenauer tentèrent d’inventer un nouveau concept : faire de l’Europe un vaste marché qui créerait entre les peuples les solidarités nées de la libre entreprise, de la libre circulation des capitaux, des personnes et des biens, dans une concurrence harmonieuse, régulée par une cour de justice dont les décisions l’emporteraient sur celles des Etats. La loi du marché, inscrite dans le Traité de Rome, puis dans l’acte unique européen, dans celui de Maastricht et dans la tentative ratée d’une constitution européenne, l’emportait sur l’expression démocratique. Le temple du libéralisme s’édifiait à Bruxelles, gardé par un corps de fonctionnaires dont c’était le bréviaire, tandis que le contrepoids politique des Etats devenait de plus en plus incertain, soumis à la jurisprudence d’une Cour européenne de Justice qui appliquait strictement les traités.
Hanté, comme beaucoup d’hommes politiques de sa génération, par le rêve européen, Mitterrand mit toujours le respect de la règle commune, avant celle du pays qui l’avait élu. Socialiste à Paris, il était libéral à Bruxelles, et le Parti communiste français, associé à cette comédie, commença à y perdre son âme. On ne peut soutenir à la fois que l’on est en France pour les monopoles d’Etat et ordonner leur destruction au nom de l’exécution des traités européens. Le Parti socialiste ne n’est jamais relevé de cette contradiction. L’échec de Jospin se situe exactement là, dans la ligne du traité ultra libéral de Barcelone, qu’il signera joyeusement pour ne pas mécontenter ses partenaires.
Or en 2008, la crise financière mondiale a montré au grand jour où avait conduit une politique libérale, fondée sur la globalisation du marché mondial, la mise en concurrence des peuples de la planète, pour l’accumulation du plus grand gain capitaliste possible. La finalité de l’économie n’apparaissait plus comme devant apporter le progrès social, mais au contraire comme une régression ayant libéré sans contrôle les forces de l’univers, la concurrence des peuples pauvres ruinant les peuples riches.
Faute d’avoir répondu au défi de la crise par une vraie régulation mondiale, les peuples se sont retournés vers eux-mêmes pour tenter d’y retrouver leur richesse, ou tout au moins cesser de perdre celle qu’ils pensent avoir encore. Les mouvements nationalistes ont retrouvé leur force et leur légitimité, et il est tout à fait normal que les gros bataillons de prolétaires, dont on a pris l’habitude de déménager les usines au gré, changeant, du profit ou de la mode, les aient rejoints.
Ce mouvement politique profond surprend, étonne, inquiète. On le retrouve avec plus ou moins de force dans chacun des pays de l’Union européenne, en Pologne, en Hongrie, en République tchèque, en Hollande, au Danemark, en Finlande, en Autriche, en Italie et bien sûr la France, où il risque de perturber gravement la prochaine élection présidentielle. Si l’on ajoute au Front national les autres partis sectaires comme le parti de gauche ou les Verts, on constate que près de la moitié des citoyens français ne font plus confiance à un système incarné tantôt par la droite libérale, tantôt par le socialisme traditionnel, qui tous deux se ressourcent et se nourrissent du concept libéral européen.
Il est donc temps d’examiner avec pragmatisme les questions sur lesquelles prospère le nationalisme, et notamment le nationalisme français incarné avec un certain talent par Marine Le Pen.
Il est temps d’examiner les questions de l’immigration et de rendre intelligible un dispositif qui ne l’est pas puisqu’il favorise l’immigration illégale sans permettre efficacement l’immigration choisie.
Il est temps de se pencher avec sérieux sur la question des activités pouvant être efficacement menées sur notre territoire, les conditions de leur création et de leur développement – au travers du crédit – pour avoir une politique de l’emploi prévisible, fondée sur les formations nécessaires.
Il est temps d’examiner la question de la rémunération de ces activités notamment pour les salariés, de se pencher sur le coût réel du travail et de chercher un fondement à la solidarité nationale qui ne soit pas une atteinte permanente au niveau de vie.
Il est temps de savoir pourquoi la politique du logement n’atteint jamais son but, pourquoi l’Education nationale peine à être efficace, pourquoi les corporatismes se sont reconstitués, par exemple dans le domaine de la justice.
Si l’on veut éviter le nationalisme, et la déception qu’il créera, il faut faire évoluer notre démocratie. Il faut qu’elle cesse de décliner les idées toutes faites – et si belles – du XIXème siècle que l’on a usées jusqu’à la corde, et que la liberté et l’égalité terminent leur combat sans fin et sans issue.
Les talents et les bonnes volontés ne manquent pas. Ils sont généralement prisonniers des chapelles, des intérêts et des ambitions. Le plus difficile en démocratie c’est de muer. On sait que les serpents abandonnent leur vieille peau. Il ne suffit pas de mettre des habits neufs, car ce sont les réalités qui sont neuves et qui méritent un regard nouveau.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°163 – Juin 2011


Advertisements
Catégories :L'Echo des Arènes
  1. Aucun commentaire pour l’instant.
  1. No trackbacks yet.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :