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Une catastrophe terrestre…

La terre, une fois de plus, a secoué son échine et le monde a tremblé. Les astuces techniques des humains ne maîtrisent pas la nature. On le sait depuis toujours, l’énergie prisonnière des centrales atomiques que l’on croyait confinée sous des tonnes de béton, a pris gaiement son envol pour faire un tour meurtrier de la planète, tandis que les villes, dispersées par l’Océan, sont devenues au Japon un épouvantable linceul, comme elles le furent à Haïti. Nous savons bien que nous habitons, pour un temps, sur une petite planète, lancée à pleine vitesse dans l’univers tournant désespérément autour d’une étoile qui se consume, mais notre histoire d’humain nous semble tellement plus importante que toutes les autres histoires, de l’infiniment grand à l’infiniment petit, que nous restons là, épouvantés, ébahis de tant de violences. Nous qui nous acharnons, siècle après siècle, à construire ce que nous estimons être nécessaire à notre confort : des maisons, des objets, des outils, des avions, des vaisseaux, des voitures et puis tout ce qui sert à communiquer, à savoir, à découvrir, à survivre, à transmettre la vie aux générations futures. En quelques secondes, nos efforts de fourmis réduits à néant semblent aussi dérisoires que le temps qui nous est imparti sur cette terre.
Et pourtant, les secousses ont à peine cessé que toute la planète humaine se met à jacasser. Faut-il encore domestiquer l’atome ? D’où devons-nous tirer l’énergie dont nous avons besoin ? Comment faut-il se nourrir, vivre et se multiplier… ? La maladie principale de l’homme est sa curiosité inquiète des choses qu’il ne peut savoir, alors qu’il a décidé qu’il savait presque tout. Au pied de la catastrophe, nous en sommes là.
Nous allons lui opposer le principe de précaution, sans d’ailleurs savoir vraiment ce qu’est en l’occurrence une précaution et nous allons sans doute chercher un responsable chez les humains. Evidemment pas celui qui a déclenché le tremblement de terre, mais celui qui a construit la centrale nucléaire ou encore celui ou ceux qui ont décidé d’avoir recours à l’énergie nucléaire.
Ce débat va remplir maintenant pendant des mois les colonnes des journaux. Si l’on n’utilise pas l’atome, comment obtenir suffisamment d’énergie à un prix acceptable, alors que l’Inde, la Chine, l’Iran et bien d’autres pays ne rêvent que de construire leurs centrales ? Que penser des centrales de troisième génération française qui perdent régulièrement les appels d’offres internationaux parce qu’elles sont trop chères alors que, dit-on, elles sont aussi les plus sécurisées ? Combien de photovoltaïque, d’hectares de panneaux faut-il pour les remplacer ou de millions d’éoliennes en mer, sur la terre, comme dans le désert de Gobie ? On peut en discuter à perte de vue, écouter les uns et les autres, ceux qui sont pour l’éolien, loin de chez eux ; pour le photovoltaïque, mais ailleurs ; pour le barrage hydroélectrique s’il ne menace pas sa ville natale. Et puis il y a tous ceux qui aiment bien se déplacer à vélo avec de grosses chaussettes de laine, des bonnets bien enfoncés et des moufles confortables ; ceux qui adorent se chauffer au feu de bois avec une cheminée qui ronfle de plaisir ; ceux qui font fumer le poisson dans l’âtre et griller le gigot et ceux qui courent les bois pour attraper un sanglier… Les hommes sont si divers, leurs goûts si différents, qu’ils réagissent de mille manières lorsque le ciel leur tombe sur la tête.
Cela n’empêche pas, le calme revenu, que les affaires reprennent : “Business as usual” comme disent les Anglais. On tirera bien un bénéfice de la solution donnée au problème, puisque depuis que le monde est monde, c’est ainsi. La solution qu’on nous expliquera être la meilleure, sera certainement celle de ceux à qui elle apportera quelque chose.
Pauvres victimes de la terreur immédiate, de la destruction absolue, du hasard ou du destin, vous venez de quitter le navire sans même savoir vers où il continue de voguer, sans savoir pour qui joue encore son orchestre et pourquoi on se chamaille à bord.
Du fond de l’océan, peut-être êtes vous montés au matin avec les étoiles, vers un monde qui nous est inconnu et qui est celui de l’innocence meurtrie, des vies cueillies au hasard dont les âmes, si loin, se rassemblent. C’est peut-être le moment de se regarder humblement.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°162 – Avril 2011


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Catégories :L'Echo des Arènes
  1. michel pourcelet
    mardi, mars 22, 2011 à 13 h 27 min

    Remarquable de substance et de style.

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