Accueil > L'Echo des Arènes > Les limites de la démocratie représentative

Les limites de la démocratie représentative

lundi, novembre 29, 2010 Laisser un commentaire Go to comments

Les réactions au projet de loi sur les retraites ont montré que la démocratie représentative, celle s’exprimant par les représentants élus du peuple, née au XIXème siècle, était en train d’atteindre ses limites.
Dans une démocratie représentative, les élus réunis en assemblée expriment le programme sur lequel ils ont été élus et la règle de la majorité prévaut. La protestation peut bien sûr influencer le vote et les décisions des élus, mais l’Assemblée reste la pierre angulaire de la vie démocratique. Or, les manifestants, les syndicats, les médias, les protestataires de tous poils, estiment bruyamment que la rue, l’opinion, doit avoir le dernier mot, parce que l’opinion se mesure tous les jours à grand renfort de questions et de sondages, tandis que les élections législatives n’ont lieu que tous les cinq ans. Bloquer une ville, un port, des raffineries, occuper des points stratégiques, doivent être des leviers autrement plus puissants que des bulletins de vote !
Les Assemblées, ça se chasse par la fenêtre comme l’avait dit l’excellent Bonaparte, ou son petit neveu en devenant Napoléon III ; on peut ajouter à ces exemples célèbres pleins d’autres plus récents, comme le sort réservé à la Douma par l’honorable Lénine, qui inspire encore nos révolutionnaires de service, Olivier Besancenot ou son homologue Mélanchon. A ce mouvement protestataire de gauche s’oppose un populisme de droite, tenté par les mêmes méthodes ; c’est-à-dire que l’harmonie n’est plus vraiment dans les esprits, et la République se déjante lorsqu’un ancien Premier ministre déclare avec éclat que le principal souci de la France, c’est son Président de la République qu’il faut renvoyer toutes affaires cessantes !
La France et les Français peuvent-ils un instant retrouver leurs esprits et penser tout simplement à la République qui est finalement notre art de vivre ensemble ? Nous la voulons dès l’origine à la fois libérale, égalitaire et fraternelle. Cela implique d’abord de vouloir vivre ensemble en partageant les valeurs d’une vieille nation qui ne sont pas encore au magasin des accessoires. C’est lorsque la liberté trop nourrie d’individualisme ne supporte plus l’égalité, et que l’égalité trop nourrie de rancoeurs et d’envies ne supporte plus la liberté, et que l’une et l’autre cessent d’être fraternelles, que la République va mal. Son Président pour paraître impartial ne doit choisir aucune de ces valeurs mais les servir toutes trois ensemble et ce n’est pas facile.
Ce n’est pas facile parce que le pouvoir est à l’affût et le pouvoir fascine, or le pouvoir pour être conquis a besoin de réponses simples, voire simplistes, à des questions compliquées, et les partis qui sont là pour aider la démocratie, n’aiment rien tant que les faiseurs d’opinion. Les partis politiques ont abandonné la réflexion sociétale pour le sondage et c’est donc devenu une drôle d’histoire. L’affaire des retraites en est une caricature. L’un des candidats potentiels du Parti socialiste à la Présidence de la République, Strauss-Kahn, donne un satisfecit au Gouvernement français, en affirmant que l’allongement de deux ans de l’âge de départ à la retraite va donner un point de PIB de plus à la France ; Martine Aubry, autre candidate, jure qu’elle reviendra sur l’âge de départ à la retraite, mais augmentera le nombre d’annuités. Comprenne qui pourra. Mélanchon soutient, avec la CGT qui juge pourtant non négociable le système par répartition que le capital doit payer, mais comme on ne sait pas très bien où se planque le capital, on ajoute, les patrons peuvent payer, en d’autres termes – moins militants – les entrepreneurs, qui sont en même temps les employeurs alors que l’on cherche justement à créer des emplois ! Tout le monde ment ! Si l’on veut conserver une retraite par répartition, selon laquelle ceux qui sont à la retraite sont payés par ceux qui sont au travail, il faut suivre peu ou prou les solutions du Gouvernement. Autrement on change de système ! Mais il faut alors le proposer clairement, le décrire, le comparer, et là tout s’embrouille, rien ne devient simple et transparent. Les acteurs de la démocratie mentent et ils fautent donc contre la République. On peut en dire autant d’ailleurs quand Xavier Bertrand vient à la télévision asséner des boniments de camelot parce qu’on lui a appris à parler direct, court et bref comme sur les foires ! Il est quand même stupéfiant que les communicants souhaitent réduire à rien ou presque les propos de la République, et présenter une société en noir et blanc alors qu’elle n’a jamais été aussi complexe et difficile, à la fois extrêmement savante et extrêmement sotte, extrêmement généreuse et extrêmement avaricieuse, passant d’un sujet à l’autre, comme d’une joie à l’autre, précipitée par le temps, bousculée par l’immédiateté.
Au point où nous sommes, et si nous doutons autant de la représentation nationale, pourquoi ne pas adapter à la vie politique le système des jurés d’assises : le tirage au sort ! Le citoyen appelé irait faire son devoir à l’Assemblée Nationale, le temps d’une législature, sans a priori, seulement en citoyen, et vive la République !

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°158 – Décembre 2010

Advertisements
Catégories :L'Echo des Arènes
  1. Aucun commentaire pour l’instant.
  1. No trackbacks yet.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :