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A quoi donc peut servir le Parti radical ?

mardi, novembre 23, 2010 Laisser un commentaire Go to comments

Les démocraties occidentales et la démocratie française en particulier jouent leur existence même dans les conséquences sociales de la mondialisation, fruit de l’extrême concentration capitaliste.
En effet, dès la fin des années 80, la consommation de masse, l’hyperconsommation, le goût immodéré pour l’innovation et les produits nouveaux, la mondialisation des marchés enfin, ont conduit à une extrême concentration des entreprises de production, d’échanges et de services, accélérée par une concurrence sans retenue, les autorités de Bruxelles suppriment avec jubilation les freins des grandes locomotives économiques. Le marché mondialisé s’est mis à produire des milliardaires à la pelle à la tête de fortunes immenses, ayant réussi à capter les plus values par mille moyens à leur disposition. Mais le mécène mondial a eu également pour effet de causer dans les pays occidentaux, un appauvrissement considérable des classes moyennes, une déclassification, une précarisation des emplois et donc, dans une large couche de la population, des angoisses et un mal vivre qui menace la cohésion du corps social tout entier. L’accumulation capitaliste en effet ne crée pas d’emplois, elle en détruit massivement en expédiant la fabrication à l’autre bout du monde et en mettant en concurrence, les prolétaires occidentaux avec ceux de Chine, d’Inde ou d’ailleurs. En France, les entreprises du CAC 40 ne réalisent plus qu’une petite partie de leur chiffre d’affaires sur le territoire national, leur stratégie est évidemment la conquête des marchés émergents et les pouvoirs publics ont bien peu de leviers pour assurer la cohérence sociale d’un pays dont le tissu se déchire par grands pans. Toute l’affaire des retraites en France a découlé de cela. L’état même de salarié semble injuste et la pensée politique libérale dominante semble prise de court pour apporter les réponses qu’on attend d’elle en termes d’emploi et de répartition des richesses.
Alors faut-il revenir à une société marxiste, revue et corrigée ? Fondée sur l’égalité, la limitation des besoins, l’économie des énergies, la stabilité plutôt que la croissance, les services publics plutôt que l’innovation, l’interdiction des produits financiers et de la rente ?
C’est incontestablement une tentation qui n’ose pas s’exprimer vraiment au Parti socialiste, mais que l’on trouve très clairement dans les propos de Mélanchon ou de Cécile Duflot chez les Verts.
Le Marxisme a toujours été craint par le Socialisme français. De la SFIO à François Mitterrand, le Socialisme a été l’art d’assaisonner des sauces politiques assez douteuses, sous une étiquette rassembleuse, la Social démocratie. Mais la Social démocratie a grandement participé, partout, et notamment à Bruxelles à l’émergence de la mondialisation, elle a donc beaucoup de difficultés à se faire entendre aujourd’hui.
C’est peut-être parce qu’il croit pouvoir répondre à cette question de société que le vieux Parti radical, aujourd’hui présidé par Jean-Louis Borloo, reprend du poil de la bête, et prépare son manifeste.
Le Radicalisme c’est d’abord l’humanisme, c’est-à-dire le bien-être de l’homme dans une société d’hommes libres et égaux en droit.
C’est une idée très claire de la République fabriquée pour l’homme dans sa diversité, niant tous liens de subordination au nom de l’égalité.
Longtemps dans notre époque, ces considérations ont paru absolument obsolètes, constituant un obstacle au progrès où de jeunes gens devaient escalader des étoiles. Mais tout change. Le chômage de masse a pour conséquence la reprise en main de leur destin par des milliers d’individus. Ils ont l’obligation de créer eux-même leur activité et de la faire fructifier. Le législateur a suivi : il a créé l’autoentrepreneur, il a supprimé le capital minimum nécessaire à la création d’une entreprise, il a limité la responsabilité de l’entrepreneur, en lui permettant d’affecter une partie seulement de son patrimoine à la garantie de son entreprise.
L’Etat doit aller encore plus  loin en assurant un financement spécifique aux petites et moyennes entreprises souvent mal traitées par un système bancaire qui préfère vendre des produits financiers d’épargne qu’aider à des investissements nécessairement risqués. La nécessité enfin pour de nombreux producteurs agricoles de conserver sur leurs produits une marge rémunératrice, plutôt que de la donner aux distributeurs conduit à des ventes directes du producteur au consommateur, tandis que d’autres enfin cherchent l’énergie de proximité que cela soit la filière d’éthanol, les chaudières à bois ou les mini centrales hydrauliques. La communication et l’échange peut se faire sur le Net ou grâce à d’autres moyens électroniques.
Bref, une société de solidarités est en train d’émerger du désert d’activité créé par le transfert à l’étranger des activités traditionnelles.
Les conséquences ne sont pas encore mesurées, mais elles peuvent être très importantes en termes de cotisations sociales, de recettes fiscales, de financement de la solidarité. Il convient donc de créer un vrai corps de doctrine propre à répondre aux bouleversements de la Société qui se passe sous nos yeux. Le Radicalisme est sans doute une réponse à ce monde où les collectivités peuvent se retrouver en tête de l’innovation économique et sociale, où il faut repenser la ville et le territoire et reprendre les commandes de la République sans être à la traîne des stratégies des multinationales qui de toute façon échappent à l’Etat. Car c’est peut-être cela notre société de demain si on la souhaite libre, égalitaire et fraternelle.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°158 – Décembre 2010


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