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La retraite ! La retraite !

Ça barde dans les rues de France. Les syndicats sont remontés, les manifestants manifestent, les jeunes ne veulent pas travailler plus longtemps pour les vieux, et les vieux en ont marre de travailler tout court.
Il y a dans l’air un vent de liberté, un ras-le-bol des patrons, des entreprises, des salariés, une envie de cortèges et de danses. Madame Royal demande aux lycéens de descendre dans la rue et Martine Aubry souhaite l’affrontement. Elles sont servies.
Il faut pousser dehors le Président de la République, et prendre le pouvoir au plus vite. Mais pour en faire quoi ? C’est une autre histoire. C’est même miraculeux que le pouvoir attire toujours. Plutôt qu’un Premier ministre, il faudrait à la France un syndic de faillite. François Fillon s’était lâché en déclarant que le pays est en faillite. C’est pourtant vrai : 1500 milliards d’euros de dettes ! 160 milliards consacrés chaque année par l’Etat au service de la dette ! Il faut emprunter pour payer les fonctionnaires, emprunter pour payer les retraites, et faire bonne figure pour obtenir des crédits. Pauvre Etat ! L’histoire de France a déjà connu ça, quand Louis XIV faisait trop de guerres et que Louis XV n’arrivait plus à rembourser. Mais là, c’est tout le système de solidarité sociale mis en place en 1947 qui prend l’eau. Les grandes entreprises se sont mondialisées, elles fabriquent Dieu sait où, et les grandes fortunes sont parties là où elles payent moins d’impôt. Les revenus financiers l’emportent largement sur les revenus de la production industrielle. Un jeune trader de la Société générale peut jouer 50 milliards, et mettre en danger le système financier mondial ; un crack bancaire aux Etats-Unis et la rentière de Palavas-les-Flots risque de perdre ses économies. On devient milliardaire en Russie, en Chine ou n’importe où en se moquant du malheureux au SMIC, mais le SMIC français attire, comme la lumière les insectes, les laisser pour compte du monde entier qui voient l’eldorado sur les rives du Rhône ou de la Seine. On renvoie les Roms contre le Vatican, le Pape proteste, mais l’extrême-droite prend le pouvoir aux Pays-Bas, en Autriche et bientôt en Suède ! On peut toujours marcher dans les cortèges et derrière les bannières, réclamer, revendiquer, exiger, l’Etat ne trouve l’argent que dans les poches des contribuables, et si l’on peut penser un instant que le contribuable ce sera l’autre, le rêve ne dure jamais longtemps…
Le Parti socialiste est encore muet sur ce qu’il fera pour assurer les fameuses retraites. On sait seulement que lorsque Monsieur Jospin a connu le dossier, il s’est empressé de ne rien faire ; que le fameux Strauss-Kahn donne des leçons au monde entier mais pour se serrer la ceinture, reste Mélanchon qui prêche la révolution, et Besancenot qui est déjà dans la rue.
Il s’agit de ramasser tout le fric qu’on peut, et de créer des collectifs partout, avec José Bové qui fera pousser les carottes et les choux-fleurs. Autant s’amuser tant qu’on peut, ne pas regarder les choses en face, s’imposer des utopies, parce que la réalité n’est pas parfaitement amusante. Les choix effectués dans le passé de mettre en concurrence les travailleurs des pays pauvres avec ceux des pays riches, sous le prétexte d’obtenir le meilleur prix pour le consommateur, a été un pari stupide, les fabricants de pompes à phynances ont fait beaucoup mieux que le père Ubu, et les élus éberlués n’ont pas su faire le tri entre les mirages, les folies et les réalités.
Pour se  consoler, on peut dire que la France n’est pas seule dans son cas en Europe. La Grèce s’inflige une cure sévère, l’Islande a déposé le bilan, l’Irlande est au bord du gouffre, l’Italie a à peu près le même endettement que la France, quant à l’Espagne de Zapattero, le fameux modèle de Martine Aubry, non seulement elle augmente l’âge de la retraite, mais elle diminue le salaire de ses fonctionnaires et drastiquement le budget de l’Etat. L’Angleterre enfin vient de prendre des mesures telles que pas un Français ne les aurait acceptées. Nous sommes donc dans la moyenne. Plutôt que de nous accrocher aux constructions du passé, aux œuvres du Conseil national de la Résistance de 1945, comme Madame Royal, nous ferions bien de réfléchir à l’avenir de nos sociétés post-industrielles, aux alternatives paisibles à un capitalisme débridé.
Et ce ne sont pas les pistes qui manquent dans notre pays très habitué au mutualisme, aux coopératives modernes de production et de distribution, et qui découvre aussi l’auto-entreprenariat. Le gigantisme et le mondialisme ne sont peut-être pas forcément les modèles les plus efficaces, il faut relire M. Allais, le seul prix Nobel français d’économie, et redonner à la pensée politique française la profondeur et le champ qu’elle a fini par perdre. On ne peut pas toujours répondre aux slogans par des slogans. Il y a beaucoup de maîtres qu’on n’écoute pas et qui sont pourtant des observateurs avisés des mutations que nous vivons. La crise financière a été un véritable tremblement de terre appelant à une recomposition de nos sociétés, et l’on fait aujourd’hui comme si rien ne s’était passé, comme si tout pouvait continuer comme avant. Cette fois-ci, on a vraiment changé de siècle ; il faut en tirer les conséquences.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°157 – Novembre 2010


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Catégories :Actualite, L'Echo des Arènes
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