Accueil > Actualite, L'Echo des Arènes > Promettre la lune

Promettre la lune

mercredi, septembre 22, 2010 Laisser un commentaire Go to comments

En avril 2002, avant les résultats du premier tour des élections présidentielles, j’écrivais sous le titre “Arrogance et conservatisme” : «Le Premier ministre le plus conservateur que la France ait déniché depuis des lurettes voudrait aujourd’hui se parer des plumes de la modernité. Il laisse pourtant en panne et intacts les trois chantiers essentiels du futur de la société française : la santé, les retraites et leur contrepartie la réforme du système des prélèvements obligatoires… En ce qui concerne le système des retraites, l’iceberg est bien visible, bien connu et l’on s’en rapproche à grande vitesse dans une sorte d’indifférence gouvernementale qui frôle l’irresponsabilité. Lionel Jospin a fait faire des rapports. Tous les rapports disent la même chose. Il les a donc tous classés dans le même tiroir, parce qu’il ne veut pas des solutions proposées. Le dogmatisme de Lionel Jospin sur les retraites a quelque chose de mystérieux.»
Depuis avril 2002, le Parti socialiste n’a pas changé d’un iota tout simplement parce que les solutions que l’arithmétique commande sont ce qu’elles sont ! Certes le Parti socialiste peut plaider que l’immobilisme de Jacques Chirac sur cette question, succédant à François Mitterrand, montre bien que le sujet est délicat et c’est une évidence ; mais ce n’est pas parce que le sujet est difficile qu’il doit être privé de solutions ! Donc Nicolas Sarkozy a décidé de le régler. Il n’a pas le choix. Si l’on ne touche à rien, le service des pensions ne sera pas assuré et la France, si elle devait encore emprunter, serait pénalisée sur les marchés financiers, comme une vulgaire Grèce !  On peut évidemment hocher la tête avec satisfaction comme M. Mélanchon en affirmant qu’on ne se fait pas dicter sa politique par les marchés financiers, sauf que lorsqu’on doit emprunter, on est évidemment dans les pattes de ses créanciers.
La France a opté, à la Libération, pour une retraite par répartition. Ceux qui travaillent payent les pensions des retraités : ils cotisent. Encore faut-il qu’il y ait plus de cotisants que de bénéficiaires. Avec l’allongement de la vie, ce ne sera plus le cas. Il faut donc soit allonger la période de cotisation, soit augmenter les cotisations, soit introduire une proportion de retraite par capitalisation : chacun par son épargne complète éventuellement le montant de sa retraite. Cette possibilité n’existe plus, Lionel Jospin a abrogé la loi Thomas.
Le Parti socialiste ne veut pas augmenter l’âge de la retraite : 60 ans c’est un dogme fondateur, un acquis irréversible. On peut alors augmenter évidemment la durée des cotisations, ce qui signifie que l’on travaille plus longtemps et que le départ à 60 ans est tout à fait théorique, puisque personne ou presque n’aura une pension complète. C’est semble-t-il la position de Martine Aubry qui ajoute qu’il convient d’augmenter les cotisations. Et c’est vrai si l’on maintient l’âge de la retraite, il faut bien cotiser plus. Mais pendant combien de temps les générations qui arrivent aujourd’hui sur le marché du travail seront-elles disposées à payer une partie substantielle de leurs revenus, à payer leurs aînés qui entendent bien vivre 20 ou 30 ans aux frais de la princesse ?
La proportion du revenu affecté à la solidarité nationale ne cesse d’augmenter. A partir de quel moment verra-t-on tout simplement un refus du genre, trop c’est trop, stop, on ne paye plus ! C’est drôle que personne ne se pose la question, que personne n’aille demander à ceux qui arrivent sur le marché du travail combien ils sont disposés à consacrer de leurs revenus à la solidarité nationale. C’est comme s’ils n’existaient pas ; ou plus exactement comme s’il ne fallait pas qu’ils comprennent la question. On lance à la cantonade : on fera payer les riches. Ça fait un moment qu’on entend ça mais dans notre pays, quand on veut taxer les riches, c’est généralement les pauvres qui trinquent ! Parce que les riches on ne les trouve plus, ils se sont tirés vers d’autres cieux, évaporés !
Martine Aubry le sait bien, elle n’a pas conseillé pour rien le président de Saint-Gobain ; et le fameux Strauss-Kahn qui administre aux pays endettés, du haut du Fonds Monétaire International, quelques pilules amères, le sait encore mieux ! Si bien que le débat n’a plus de sens. Il est devenu complètement politicien. Pour prendre le pouvoir en 2012, il faut avoir défilé derrière les syndicats qui en font leur métier ; il faut promettre encore la lune et bientôt les étoiles en sachant très bien que l’exercice du pouvoir sera très éloigné des promesses. Le citoyen le sait ou il s’en doute et donc il ne va plus voter pour montrer qu’il n’a pas gobé tous les bobards de comptoir qu’il a entendus. La démocratie perd ses assises et l’on espère faire on ne sait quelle combinaison de rue, jusqu’au jour où le moteur du pays explosera comme c’est arrivé si souvent dans le passé. On s’en remettra, mais quel gâchis !

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°156 – Octobre 2010


Advertisements
Catégories :Actualite, L'Echo des Arènes
  1. Aucun commentaire pour l’instant.
  1. No trackbacks yet.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :