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Immigration et sécurité

La tournure qu’ont pris dans certains quartiers les affrontements entre une partie de la population et la police doit faire réfléchir. Il est fait usage d’armes à feu, comme d’ailleurs à Marseille, où la petite criminalité utilise maintenant des armes de guerre pour régler des comptes de troisième zone. Si l’on ajoute à cela une certaine violence révolutionnaire véhiculée par des groupes qui se disent religieux et que l’on dit extrémistes avec pour arrière-plan une géopolitique très tendue au Moyen-Orient, on comprend qu’au Ministère de l’Intérieur l’inquiétude gagne.
Mais il faut sérier les problèmes plutôt que de les amalgamer, et surtout ne pas en faire un argument politique désignant les bons et les méchants, les laxistes et les répressifs. Et pourtant c’est bien la tournure que prend la polémique actuelle, où l’on fait bouillir dans un même chaudron les émeutes de banlieue, les Roms, les gens du voyage et les groupes terroristes larvés.
Il faut dire que les réactions de groupes minoritaires sont surprenantes ; attaquer un commissariat de police, brûler des mairies, saccager des bourgs sous prétexte que la police a fait usage de ses armes pour intercepter un délinquant, dépasse évidemment la mesure d’un Etat de droit. Bloquer une grande voie de circulation pendant des heures au motif que la mairie de la ville propose des terrains de stationnement qui ne correspondent pas à celui que l’on souhaite et qui n’est pas destiné à cet usage, exaspère l’opinion et désigne une communauté que l’on mélange immédiatement avec ses cousins de Roumanie et de Bulgarie. Les “gadgés”, comme ils disent, ne font pas de différence.
Et quel que soit le mal-être invoqué dans les quartiers où le chômage des jeunes et leur désocialisation est une plaie, la République ne peut pas tolérer l’usage des armes et la guerre ouverte avec la police dès qu’elle doit intervenir.
La police, que ce soit la gendarmerie ou la police nationale, n’a pas un rôle facile. La société en a besoin, l’utilise mais est aussi prompte à la montrer du doigt dès qu’apparaît une bavure. Il est vrai qu’un commissariat ressemble rarement au salon de M. de Norpoix, et que le langage qui y a cours n’est pas forcément celui des salles de rédaction, mais les hurlements et les injures qui montent des locaux de garde à vue ne sont pas faits pour apaiser l’atmosphère.
Il faut mener à long terme une politique d’immigration et une politique sociale extrêmement volontariste pour mettre fin aux ghettos qui se sont créés aux portes des villes, et c’est vrai que ces questions sont liées pour une bonne part à l’accueil des immigrés et à l’éducation de leur descendance qui, elle, sera française.
Michel Rocard disait déjà que l’on ne peut pas accueillir toute la misère du monde. Mais en même temps a-t-on les moyens réels de s’opposer aux vagues migratoires ? C’est une affaire qui est vieille comme le temps ! Les pauvres sont attirés par les riches et au fond du malheur on s’invente une image du bonheur qui serait ailleurs. C’est ainsi que s’est peuplée l’Europe lorsque les Romains n’ont plus pu tenir les frontières de l’Empire, et nous sommes tous plus ou moins germains, vandales ou wisigoths ; c’est ainsi que s’est peuplée l’Amérique, avec d’abord les populations pauvres d’Europe, les paysans irlandais, les prolétaires italiens et les esclaves africains, et le mouvement des hommes et des peuples sur la planète ne cesse jamais, entraînant parfois des guerres, des meurtres, des purifications ethniques et même des génocides… La pensée française, la réflexion politique française, à l’exception de la parenthèse du régime de Vichy, n’a jamais été raciste ou xénophobe. La Nation française née sous l’Ancien Régime pour unir ce que la Monarchie fédérait, des Flandres au Roussillon, de l’Occitanie à la Bretagne, de la Lorraine à la Bourgogne, a été sublimée par la République. Ce qui unissait, ce n’était ni l’origine ni la race, mais la patrie commune des hommes et des femmes qui vivaient ensemble en partageant les mêmes valeurs, “Allons enfants de la patrie”… ! On est français par la loi du sol et non par la loi  du sang. Un être humain né sur le sol français est français ou a le droit de le devenir. C’est un enfant de la patrie. Nicolas Sarkozy, comme beaucoup d’autres, est bien placé pour le savoir. Polonais, Espagnols, Portugais, Italiens, Russes, Nord-Africains, Africains et bien d’autres se sont succédé dans notre Pays. Certains s’y sont fondus très vite, les latins généralement, d’autres ont connu des difficultés, mais tous ont la même vocation.
La difficulté principale c’est l’accès à l’éducation, à la formation, à ce qui donne une place dans la société, à ce qui fait prendre l’ascenseur social, et ce qui crée le danger, le communautarisme, c’est justement cette impossibilité, cet échec. Il faut donc y travailler sans relâche et dans le temps ; il faut y mettre des moyens et s’y tenir. Jean-Louis Borloo, en lançant la politique de la ville, l’avait très bien compris. Evidemment, cela ne doit pas empêcher la répression des crimes et des délits, une politique pénale ferme, mais malgré beaucoup d’effets d’annonce, on n’a jamais réellement donné les moyens à l’Institution judiciaire, qui fait ce qu’elle peut, comme elle peut dans des conditions parfois très difficiles.
Au lieu de cela, on annonce des “synergies” en rapprochant les polices et en diminuant globalement les effectifs. Il n’est pas sûr que la fusion des Renseignements généraux et de la D.S.T. ait beaucoup amélioré la connaissance de la délinquance dans les quartiers, de même que le regroupement des gendarmes en communautés de brigades ne les rapproche pas nécessairement du citoyen, qu’ils côtoyaient davantage auparavant. Il est tout à fait légitime de rationaliser le budget de l’Etat, mais il est paradoxal de traiter ses fonctions régaliennes, celles qui fondent son existence, comme les fonctions qu’il s’est appropriées au gré du temps sans réelles justifications, et qui lui coûtent très cher sans efficacité.
Ce sont là les vrais choix politiques ; ceux qu’il faut décider sans tarder.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°155 – Septembre 2010


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Catégories :Actualite, L'Echo des Arènes
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