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Le pouvoir et l’argent

Qui aurait pu penser qu’un procès opposant à une riche veuve sa fille, à propos des largesses consenties à un ami de cœur, allait conduire à une vraie crise de la République, parce qu’un majordome indiscret enregistra des conversations où il était question de pouvoir et d’argent !
La première fortune de France a toujours entretenu avec les élus de la République des relations de proximité. Le fondateur de L’Oréal, M. Schueller, qui eut des faiblesses avant-guerre pour un mouvement vaguement secret qui s’appelait la Cagoule, fut le protecteur de François Mitterrand, et son gendre André Bettencourt, député RPR, ne vota jamais contre les gouvernements de son ami François devenu Président de la République. François Dalle, longtemps directeur de L’Oréal, fut un homme de talent mais aussi d’influence, et son successeur Owen-Jones n’était pas un inconnu des cercles politiques et financiers.
Quand le monde politique a besoin pour ses bonnes œuvres électorales d’argent, il s’adresse, évidemment, à ceux qui en ont, un peu, beaucoup, passionnément ! Ce n’est un secret pour personne que Pierre Bergé finança Ségolène Royal, royalement, et qu’il y a des riches qui penchent à gauche et d’autres qui penchent à droite, selon le cœur et selon les circonstances.
Cette complicité entre le monde du pouvoir et le monde de l’argent remonte à la nuit des temps ; elle fait régulièrement la une des journaux dès qu’une affaire devient croustillante, et nous avons eu notre lot, au cours des trois dernières républiques ! Des “bureaux d’études” communistes ou socialistes, au système quasi mafieux installé par des élus libéraux à Grenoble ou à Cannes, sans compter les fantaisies de la ville de Paris, il y a de quoi écrire des volumes, et ça n’a d’ailleurs jamais manqué, avec les succès de librairie qui vont avec. D’heureux journalistes ont ainsi vécu de leur tirage servant à dénoncer les mauvaises manières des grands.
Ce qui est nouveau dans l’affaire Bettencourt, c’est l’enregistrement en direct, d’une dame d’un certain âge, qui fait des chèques en ne sachant plus très bien qui est qui et qui fait quoi. Il faut lui préciser que le Ministre du budget, «c’est le monsieur qui s’occupe de vos impôts». Il y a là une caricature que l’on n’avait jamais vraiment approchée et qui donne à l’ensemble une très étonnante couleur. Ces gens après tout, avant d’être ministre, président, milliardaires ou employés de la maison, restent des personnes avec leurs mots et leurs désirs ; Celui-là voulait simplement un bateau, un petit bateau, presque rien, 21 mètres ! Et cet autre voulait pour les amis de son cercle, rien, presque rien, 7500 euros. A l’aune des 400 000 000 d’euros de dividendes encaissés par l’actionnaire, ce sont évidemment des broutilles. Mais comment fait-on pour devenir la première maison de cosmétiques au monde, en deux générations ? Il faut quand même un certain talent, et lorsque les revenus dépassent tout ce qu’une personne peut rêver obtenir dans sa vie, à notre époque si matérialiste, on se tourne souvent vers le pouvoir parce que le pouvoir grise tout autant que l’argent. La rémunération d’un homme politique, avantages matériels compris, ne lui procurera jamais ces montagnes d’argent qu’entasse le capitalisme triomphant ; et pourtant lorsque la montagne part en avalanche, c’est bien le responsable politique qui doit faire face et régler les affaires d’argent des autres. Ce face à face complice n’est pas seulement français. On a vu en Russie d’anciens apparatchiks soviétiques se transformer en quelques mois en oligarques milliardaires exhibant leurs flottes et leurs palais tout au long de la Côte d’Azur, suivis par des myriades de filles et de conseillers en tous genres essayant de ramasser les miettes d’une réussite aussi considérable. La Chine est exactement sur le même chemin, et les nababs d’Inde ou d’Afrique fraient avec les tycoons de Wall Street.
L’argent a toujours fait les mêmes choses : des merveilles et des esclaves ; Versailles et les ouvriers accablés qui l’ont construit. Avant il fallait seulement Dieu pour construire une cathédrale, aujourd’hui il faut quelques puits de pétrole ou une banque. Mais la démocratie dans tout cela ? Le gouvernement du peuple par le peuple ? La démocratie représentative qui veut d’insoupçonnables représentants, qui fait des lois répressives sévères, qui interdit le blanchiment de l’argent, la concussion, le trafic d’influence, qui remplit tout un Code pénal de délits punis plus sévèrement les uns que les autres, qu’est-ce qu’elle devient ? Fait-elle toujours la loi ?
En tous cas, la loi qu’elle fait, elle la remet entre les mains des magistrats qui doivent s’en débrouiller comme ils peuvent, et en l’occurrence on assiste à la dispute d’un procureur célèbre et d’une juge en vogue pour mener l’enquête et nourrir le feuilleton quotidien qui use chaque jour un peu plus la République et la répression des élus. Certes la démocratie en a vu d’autres, mais cette affaire de pouvoir et d’argent sur fond de crise économique et sociale, trouble l’opinion, l’éloigne des bureaux et ne promet rien de bon à la République. Le Président est monté en première ligne. Il a dit des choses apaisantes et de bon sens ; ses adversaires, Mme Aubry en tête, n’ont pas baissé le ton pour autant. Le pouvoir est pour 2012 ! En attendant, rien ne nous sera épargné.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°154 – Août 2010


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Catégories :Actualite, L'Echo des Arènes
  1. michel pourcelet
    mercredi, juillet 28, 2010 à 22 h 10 min

    Comme toujours pertinent et tristement vrai….continue Xavier. MP

  2. jeudi, août 5, 2010 à 7 h 28 min

    merçi michel de ton message.A trés bientot. amitiès Xavier .

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