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On est entré dans le mur en klaxonnant !

Sur les bancs socialistes et sur ceux des syndicats, la clameur s’élève contre le projet de réforme des retraites. Madame Aubry crie plus fort que les autres pour faire oublier qu’il n’y a pas si longtemps elle expliquait que la modification de l’âge de la retraite était inéluctable. Aucun gouvernement de gauche, connaissant parfaitement les chiffres, n’a eu le courage de remettre en cause le claquement de doigts mitterrandien ramenant à 60 ans l’âge fatidique. Lionel Jospin a créé un observatoire des retraites. Il avait toutes les données, mais deux ans avant des élections présidentielles, il s’était bien gardé d’ouvrir ce dossier explosif, laissant au marché de l’emploi le soin éventuellement de réduire les déficits par une augmentation des actifs. Pour une fois la main invisible flattait un socialiste, qui avait pour ministre la même Madame Aubry, toute occupée alors à réduire la durée de travail, alors qu’on déménageait en Chine et plus généralement en Asie notre capacité industrielle !
Etrange monde occidental dont la civilisation a le plus tenté de réconcilier la liberté et l’égalité, et qui se trouve confrontée aujourd’hui à ce monde global tant souhaité par les penseurs anglo-saxons : une planète, un marché et tous les humains en concurrence entre eux ! On pourrait rajouter une langue, le “globish”.
Mais livrer le monde à la loi du nombre, c’est aussi perdre les commandes, et voir filer les avantages durement acquis, au fil de l’eau. On sait bien que les arbres ne poussent pas jusqu’au ciel et que le financement des retraites repose sur la capacité des générations futures à payer pour celles qui s’en vont. On sait bien que le déséquilibre entre ceux qui vivent leur retraite et ceux qui doivent la financer va faire peser sur ces derniers des charges, de plus en plus importantes, au risque d’augmenter le coût du travail de telle façon que nos productions ne résisteront pas longtemps à celles de l’Asie, ou que tout simplement les nouvelles générations refuseront de payer !
La démagogie ambiante consiste à dire qu’il ne faut pas prélever les cotisations sur le revenu du travail, mais sur les revenus du capital, les banques, les transactions financières, toutes choses beaucoup plus faciles à dire qu’à faire, tant les systèmes juridiques et fiscaux des pays par où transitent les flux financiers sont différents, alors qu’il suffit d’un clic sur un ordinateur pour renvoyer de l’autre côté de la planète le capital qui se ballade, et dont ont besoin les Etats eux-mêmes pour financer leurs pertes ! On peut évidemment rêver d’une planète-état, mais ce n’est pas demain (mais qui sait) que l’on jouera, comme Godard, la Chinoise à Paris.
Qu’un grand parti, comme le P.S., continue sa chanson sans regarder les choses comme elles sont, et qu’il connaît par cœur, donne une idée de la dégradation de la démocratie dans notre pays. Il est évident que, revenu aux affaires, le P.S., comme il l’a toujours fait, devra tenir compte de la réalité occidentale, des règles européennes dont il a été le meilleur avocat, et notamment de l’équilibre budgétaire qui s’impose. Il ne pourra agir sur ce dossier, comme sur d’autres, qu’à la marge. Il créera des prélèvements supplémentaires, une tranche d’impôt sur le revenu en plus, un peu plus d’impôt sur la fortune, à moins qu’il ne s’embarque dans la TVA sociale que Fabius a combattue.
Mais on sait bien que l’augmentation de la fiscalité ne rapporte pas proportionnellement à l’élévation des taux, parce que les bases s’évaporent, dans le gris ou dans le noir, et pour certains par un départ vers des cieux plus accueillants.
La réforme des retraites proposée par le gouvernement a le mérite de répondre au principe de réalité. Rien n’est jamais parfait et dans un pays aussi corporatiste que la France, il est évident que chaque catégorie va s’estimer moins bien servie que la voisine – c’est la règle du jeu – et tirer le plus possible la couverture à soi. Ce réglage est normal dans une démocratie apaisée et le Parlement est là pour le faire, à condition qu’une fois de plus ce ne soit pas le choc bloc contre bloc, avec comme toujours en tête la prochaine élection cantonale !
A l’Assemblée Nationale, Jean-François Coppé a redonné au groupe majoritaire une liberté de ton qu’il n’avait plus depuis longtemps. Les préoccupations des Français, remontant de la base vers leurs élus, sont entendues par tous les députés, quelle que soit leur étiquette, et de nombreux ajustements peuvent être trouvés, mais l’architecture générale de la réforme est celle qui à l’évidence correspond le mieux à la situation démographique, économique et sociale du pays.
Nous avons vécu 30 ans à crédit, le dernier budget en équilibre remonte à 1979 ! L’Etat ne peut plus continuer à emprunter dès le 30 octobre pour assurer la paye de ses fonctionnaires, et retourner sur le marché pour emprunter afin d’assurer l’équilibre de ses régimes sociaux.
Certains ont appelé cela la relance par le déficit budgétaire. Depuis le temps on se demande ce que l’on a relancé ! Mais ce dont on est sûr, c’est que ça ne peut pas continuer. Même les Etats font faillite !

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°153 – Juillet 2010

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