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La course en sac des marchés

Le Général de Gaulle disait que «la politique de la France ne se fait pas à la corbeille», puisque la bourse à Paris, avant l’informatique, avait cette forme. La récente crise financière lui donne raison. La corbeille, en effet, est devenue folle, les marchés financiers ont perdu la tête et l’on ne sait plus qui leur donne impulsion et direction.
Petit retour en arrière. Nous sommes en 2008, les banques et les fonds ont fabriqué en masse et depuis des années une quantité colossale de fausse monnaie en “titrisant” des créances sur des malheureux pris à la gorge et en mettant en circulation ces titres qui ne seront jamais remboursés. Plus de mille milliards de papiers creux inondent le fameux marché et les banques qui savent leurs titres pourris mobilisent leurs réseaux pour filer le bébé à leur client. Evidemment la bulle finit par éclater, la principale banque d’affaire américaine Lehman Brothers, que l’on croyait solide comme un roc, saute comme un bouchon de champagne. La panique financière entraîne une dégringolade des bourses, et devant la faillite annoncée des banques et donc de leurs déposants, on appelle les Etats à la rescousse pour sauver l’épargne publique. Les Etats n’ont pas le choix. Ils ne peuvent prendre le risque de voir des millions d’épargnants ruinés. Après quelques hésitations, les Etats-Unis d’abord, puis l’Union Européenne, se jettent à l’eau et reprennent les dettes des banques, alors qu’ils sont eux-mêmes endettés ! Ce sauvetage général, évidemment, ne fait que déplacer le problème. On joue au mistigri ou à la patate chaude, mais les Etats pensent que les banques auront au moins la reconnaissance du ventre. Mais pas du tout. Ces gens-là n’en ont pas. Les Etats sont à peine chargés de leurs dettes que les financiers, sauvés de la faillite, attaquent les Etats qu’ils estiment désormais à risque ! Bien sûr qu’ils sont à risque puisqu’ils ploient sous la charge, mais ces messieurs de la corbeille, à peine sauvés du naufrage, pensent qu’ils peuvent détrousser leurs sauveteurs. Le crédit du Portugal, de l’Espagne, et bientôt de la France, ne vaudrait pas plus que celui de la Grèce, dont les mauvaises langues disaient que c’était la Corse sans la France !
Les “marchés” imposent donc des mesures drastiques aux Etats européens pour réduire leurs déficits et ces derniers s’exécutent, créant un fonds de 750 milliards d’euros, décidant de mesures budgétaires terribles, évidemment pour les citoyens. Mais les nains de jardin restent à la manœuvre et ils ont toujours raison. Les voilà qui clament que si les Etats prennent les mesures qu’ils ont réclamées et imposées, ça va être un coup de frein terrible à la consommation, à l’emploi et à la croissance. Du coup l’Euro décroche et les hedge founds jouent la baisse à tout va !
Ils se sont mis en tête d’avoir la peau de l’Euro… Vendez, chers amis, vendez… On spécule aussi bien à la baisse qu’à la hausse. Il n’y a que la différence qui compte, et en deux coups bien joués, les financiers espèrent se refaire de leur titrisation ratée.
Où est donc dans tout cela la rationalité, si ce n’est celle du profit à court terme, ou encore la logique du cocu magnifique ? Et il y a encore des écoles où l’on enseigne sérieusement la fameuse loi du marché, et des économistes qui chaque jour donnent une explication différente des agissements de la fameuse main invisible, que l’on finissait pas trouver, jadis, dans la culotte d’un zouave ! Malgré plusieurs siècles de tripatouillage et de mensonge, la fête continue imperturbablement et les Etats souverains dissous dans la mondialisation n’ont pas l’air d’y pouvoir grand-chose. Karl Marx écrivait il y a plus d’un siècle : «La bourgeoisie a joué dans l’histoire un rôle hautement révolutionnaire. Là où elle est arrivée au pouvoir, la bourgeoisie a détruit tous les rapports féodaux, patriarcaux, idylliques. Elle n’a laissé subsister d’autre lien entre l’homme et l’homme que l’intérêt tout nu, le dur paiement comptant… Elle a dissous la dignité personnelle dans la valeur d’échange et subsisté aux innombrables libertés reconnues par lettres patentes et chichement acquises, la seule liberté sans scrupule du commerce…»
Certes, «Le manifeste du parti communiste», tombé dans des mains orientales, a vite remplacé la liberté par la cruauté, sans supprimer l’avidité des hommes, mais l’analyse reste fondée. Le vol à la tire est puni par la loi, cela devrait suffire pour coffrer les agioteurs de Wall Street, de la City ou d’ailleurs. Plutôt que de prendre au sérieux leurs calembredaines, les Etats devraient les envoyer à Tataouine, compter par exemple les grains de sable du désert ; ils finiraient peut-être par y trouver leur compte.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°152 – Juin 2010


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