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Les limites de la démocratie

La démocratie occidentale, telle qu’on essaye de la décliner depuis deux siècles, repose sur un système représentatif : ce sont les représentants du corps électoral, élus au suffrage universel, qui deviennent ses légitimes représentants et sont donc chargés, par lui, de gérer les affaires publiques. Or, lorsque l’abstention atteint la moitié du corps électoral, la légitimité des représentants vacille. Lorsque la moitié des électeurs refuse de donner un mandat aux candidats qui se proposent à leur suffrage, soit en s’abstenant, soit en votant blanc ou nul, le doute s’installe sur la qualité des candidats et leur droit d’incarner le peuple souverain ou le peuple tout court. Les élections régionales que nous venons de vivre sont, à cet égard, un signal qui montre les limites de notre démocratie. Un Français sur deux n’a pas voté ou a protesté. Les représentants du peuple ont été choisis par la moitié du corps électoral et les majorités régionales représentent autour du quart des électeurs inscrits ! Certes la Région est un échelon assez nouveau de la décentralisation. Elle est éloignée du citoyen qui ignore très largement ce que les représentants qu’il y envoie, peuvent faire de leurs dix doigts. Beaucoup pensent qu’ils n’y font rien ou pas grand chose et confient les tâches essentielles à des fonctionnaires territoriaux mystérieux. Mais l’élection à cet échelon indiscernable, ne suffit pas à expliquer le comportement des citoyens. Il y a autre chose. Il y a comme une sorte d’essoufflement du corps social. Les bateleurs qui battent l’estrade ne font plus recette parce que beaucoup ne se reconnaissent plus dans ce langage, ces arguments, ces promesses. Le grand soir n’est pas pour demain ni les matins radieux. La France fait partie de cette Europe si ancienne qu’on y parle encore parfois le latin, cette Europe qui a rêvé d’égalité et de fraternité et de l’universalité de sa civilisation et qui s’est détruite et déchirée et n’arrive plus à retrouver un projet et une limite, tandis qu’à son Orient, montent si vite des peuples innombrables qui produisent et échangent pour elle, et bientôt à sa place, dans ce vaste marché mondial qu’elle a souhaité et qui maintenant la paupérise. Alors qu’il faut tracer un chemin nouveau, une voie claire, la classe politique, comme on dit, s’est mise à bégayer devant les causes de la crise française, devant la montée du chômage, devant la question de l’emploi. Toutes nos contributions sont fondées sur le salariat, et le salariat disparaît ! Tous nos emplois sont fondés sur un type d’économie productiviste et voilà qu’il faut devenir durable et produire autrement. Puisqu’il faut consommer moins de carburant, et passer au véhicule électrique ou aux transports en commun, Total décide de réduire sa production et de fermer une raffinerie. Tout le pays proteste et son président est convoqué chez le Président de la République ! On découvre avec effroi que les sociétés du CAC 40 font 10 à 20% de leur chiffre d’affaires en France et qu’elles produisent pour les vastes marchés émergents et que la Chine s’installe sur les matières premières africaines, que l’on laissait dormir en attendant que leur prix baisse. Mais surtout l’Etat est désormais incapable de s’opposer sérieusement à une fermeture d’entreprise ou de maintenir des emplois, à moins de nationaliser, mais à quel coût et pour combien de temps ?
C’est donc à un vrai travail de fonds auquel notre démocratie doit se livrer. Elle doit pour cela trouver des instruments nouveaux, et pas simplement des slogans électoraux qui ne convainquent plus personne. Des cercles de réflexion se créent certes un peu partout, mais il faut que des personnalités influentes quittent les rivages tranquilles d’où ils délivrent des messages rarement entendus, pour venir se colleter dans l’arène avec des solutions neuves, même si elles sont difficiles. Si la démocratie ne fait pas ce travail, l’homme providentiel, avec sa flûte de Pan, finira par émerger, et l’on sait comment finit toujours ce genre d’aventure. Or, il faut sauvegarder la démocratie, même en la réinventant. Une réforme intelligente et compréhensible des collectivités locales pourrait sans doute être un début.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°150 – Avril 2010


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