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Pauvre capitalisme !

En 1715, Philippe d’Orléans est nommé Régent du Royaume. Les caisses sont vides. Il publie en 1716 un édit créant une banque générale pour le Royaume qu’il confie à un Ecossais John Law. Toute personne est autorisée à placer son argent à la Banque qui lui remet des billets payables à vue. La Banque finance le commerce du Sénégal, de la Chine, de l’Inde et du Mississipi, ou rien ou presque n’existe ! Law est nommé contrôleur général des Finances et contraint les épargnants à changer leur or contre du papier et tout le monde se met à spéculer sur ce merveilleux papier qui finance un commerce imaginaire. Le 21 mai 1720, c’est la banqueroute et l’émeute. On veut lyncher Law qui a ruiné l’épargne. Les spéculateurs ont oublié qu’ils ont tous spéculé, qu’ils n’ont jamais été vérifier la réalité d’investissements au Mississipi, ni la valeur des actions des nouvelles compagnies exotiques.
Rien n’a changé depuis. Les banques essayent de gagner à leurs clients un peu d’argent après en avoir gagné elles-mêmes. Pour cela, elles ne sont plus simplement marchands d’argent, mais aussi marchands de produits financiers. Elles recrutent fort cher de savants artisans pour confectionner ces fameux produits. On leur donne le doux nom de traders. Ils s’entourent de mathématiciens savants, puisqu’on joue beaucoup sur la loi des nombres et de juristes supposés experts qui doivent certifier qu’on ne réinvente pas une escroquerie vieille comme le monde. Polytechnique a fourni beaucoup de tâcherons et les grands cabinets juridiques anglo-saxons ont longtemps tenu le dessus du panier, parce qu’ils avaient la fameuse “signature” internationale. On a vu ce que valaient les calculs des polytechniciens et les certificats des juristes. Le marché a sombré avec les subprimes, entraînant le marché du crédit tout entier, ce qui a fait craindre l’assèchement de l’économie toute entière, c’est-à-dire la production et la vente des services et des biens nécessaires à la satisfaction de la population de notre planète.
On a immédiatement entendu des voix nombreuses condamner le capitalisme financier qu’il faudrait convertir pour conserver un capitalisme de marché, un capitalisme rhénan, parce qu’un marché régulé permettrait une économie équilibrée, équitable et prudente.
Des tonnes d’éditoriaux, des plumes célèbres sont venus souhaiter et célébrer ce formidable changement que des Chefs d’Etat démocratiques vont répandre sur une planète administrée et étonnée. Bien sûr, Barack Obama, le Président des Etats-Unis d’Amérique mènerait ce vertueux cortège vers des rivages radieux.
La désillusion a été rapide. A peine renflouées, les banques reprenaient casino et roulettes pour rattraper le retard et promettaient à leurs traders – qui ne sont finalement que des salariés – des bonus très conséquents s’ils gagnaient le jackpot ! L’opinion publique s’est émue, les élus ont fait semblant d’y pouvoir quelque chose. La Grande Bretagne rappelait qu’elle vivait de l’industrie financière et Wall Street défend son bout de gras. Pékin, pourtant doté d’un régime communiste, ne prend pas beaucoup mieux la chose. Inventer l’argent semble être au plus profond de la nature humaine. Certes les principales religions ont condamné ou condamnent encore le prêt à intérêt, l’usure et le commerce de l’argent, mais l’on donne aujourd’hui des cours à Harvard et à Cambridge sur les trouvailles du droit islamique pour tourner l’interdiction des prêts à intérêts. Quant à notre Sainte Mère l’Eglise, si Elle a longtemps condamné la banque et l’argent, elle a soutenu si longtemps, «qu’il serait aussi difficile pour le riche d’aller au paradis que pour un chameau de passer dans le chas d’une aiguille» puis, elle s’est résignée, avec Monseigneur Marcinkus, à des combinazione que la morale réprouve.
Les alchimistes voulaient muter le plomb en or. Les traders mutent tous les jours en or leurs farces et attrapes. On essaye simplement de leur donner des airs sérieux et même savants. On dit qu’ils sortent d’écoles estimables avec des diplômes estimés et que leurs patrons, en France, sortent généralement de la Fonction publique. C’est HEC et l’ENA réunis. Que voulez-vous de mieux ? La culture occidentale s’est ainsi faite au fil du temps. Le capitalisme touche peut-être à sa fin, mais comment vivre en société, librement, si l’on ne peut pas faire n’importe quoi ? Bien sûr, on peut fabriquer des règles, du droit, des contrôles, et changer ces règles, ce droit, ces contrôles, lorsqu’ils sont enfoncés, détournés par l’imagination et le désir de l’or. Marx, Lénine et Staline étaient persuadés que l’homme changerait si l’on changeait sa façon de vivre. Soixante dix ans de communisme ont tué beaucoup de gens, mais pas la rapacité et le goût de s’enrichir.
Alors que devons-nous faire ? Que devons-nous encore inventer ? Nicolas Sarkozy tance les banques, mais l’on peut parier gros, que faute de rallier le monde à une cause aussi juste, nous resterons sur des paroles verbales à l’usage du peuple souverain.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°143 – Septembre 2009

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