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De la vocation navale et maritime de la France

Nicolas Sarkozy, dans son discours du Havre, a surpris les commentateurs en parlant de la vocation maritime de la France, et des 11 millions de km² de mer sur lesquels elle est souveraine. C’est tellement rare qu’un homme politique en France, qui compte pourtant 2000 km de côte, parle de la mer, que cela mérite d’être souligné. Peuple de paysans, l’empire des mers a généralement échappé aux Français, et lorsque l’on relit l’histoire navale de notre pays, on ne peut que constater un retard perpétuel sur les Hollandais, les Espagnols et les Anglais qui dominèrent les routes maritimes et les découvertes où elles menaient. Les armateurs charentais y eurent pourtant leur part, mais tandis qu’Espagnols, Portugais et Anglais s’installaient dans le nouveau monde, riche d’épices et d’or, il fallut attendre le XVIIème siècle pour que la France s’installe au Canada sur ces arpents de neige qu’elle ne parviendra pas à conserver et si Louis XIV aime et honore des marins comme Forbin et Jean Bart, c’est parce qu’ils sont des corsaires dont les brigandages rapportent beaucoup à la couronne. Louis XV perdit les Indes malgré la victoire de Bailly de Suffren, et il fallut Louis XVI, avant qu’on lui coupe la tête, pour que la France ait enfin une marine, manoeuvrant en escadre capable de tenir les océans, de vaincre les Anglais, et de permettre ainsi l’indépendance des Etats-Unis. C’est à la victoire de la Cheesepeake que l’amiral de Grasse, en coulant la flotte anglaise, permit la victoire terrestre de Washington. Mais si personne n’a oublié le général de La Fayette, la mémoire nationale a presque englouti de Grasse. La flotte française ne survécut pas à la Révolution et Napoléon connut Aboukir et Trafalgar, et ne put jamais dompter l’Angleterre qui finit par l’enfermer à Saint-Hélène. Il fallut attendre son neveu, Napoléon III, toujours si décrié, pour que la France retrouve sa puissance navale, mais la politique coloniale fut toujours aux mains de l’armée et jamais dans celles de la marine qui n’imaginait pas un instant dominer des territoires et des populations mais simplement des lieux de commerce et d’influence. L’histoire retiendra donc Lyautey ! A une époque plus récente, en 1942, l’amiral Laborde saborda à Toulon la flotte magnifique, voulut par Georges Leygue, que l’amiral Darland n’engagea pas ou très peu en 1940 contre les Allemands de peur de l’abîmer.
Les vues planétaires du général de Gaulle ne furent pas très océanes, bien qu’au nom de la dissuasion nucléaire il se dota d’une force sous-marine ; quant à Giscard d’Estaing qui n’aimait pas la marine, il retint simplement que ses officiers avaient les cheveux trop longs. On fit traîner des années la construction d’un porte-avion, et l’on découvre aujourd’hui qu’il en faut au moins deux avec ce qui va avec.
Car contrôler les mers, l’espace maritime et ses richesses enfouies, notamment pétrolières, exige une marine présente. Depuis que l’océan indien est devenu stratégique et qu’on y délivre des permis de recherche pétrolière, les “îles éparses”, Tromelin, Juan de Nova, Europa et quelques autres sont à nouveau visitées et occupées ; la route maritime du canal de Suez à l’Inde et à la Chine a besoin d’être protégée de la piraterie somalienne, comme au bon vieux temps, et l’immense Polynésie donne à la France une incontournable présence dans l’océan pacifique.
En annonçant une vraie politique maritime, une politique des océans et de leurs ressources jusque dans le domaine de l’écologie et de la biodiversité, Nicolas Sarkozy tient enfin un langage que l’on a rarement entendu en France. Evidemment, on ne se contentera pas de paroles verbales. Des objectifs clairs doivent être définis et une stratégie pour les atteindre, avec les moyens nécessaires, doit être arrêtée. La France ne manque pas de passionnés de la mer, elle ne manque pas de chercheurs et de marins. Il suffit qu’on lui donne cette ambition, qu’on sorte de la Corrèze, de l’Auvergne et du Larzac pour regarder le vaste monde, où nous sommes, mais trop souvent sur la rive. Il faut donc maintenant passer de la parole aux actes pour pouvoir saluer l’initiative du Président de la République qui peut être de nature historique pourvu que le grand dessein prenne forme. Ce serait une formidable façon de sortir de la morosité et de l’enfermement terrien.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°142 – Août 2009

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Catégories :Actualite, L'Echo des Arènes
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