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Partie de poker à Téhéran

Le résultat des élections iraniennes risque de relancer la tension au Proche-Orient et d’entraîner une nouvelle confrontation entre les Etats-Unis et l’Iran.

Israël retrouve en effet, intact, son meilleur ennemi, celui dont elle a besoin pour poursuivre une politique d’intransigeance vis-à-vis du Hamas et la colonisation de la Cisjordanie, c’est-à-dire l’élimination, selon elle, du problème palestinien. Par ailleurs l’ouverture faite par le Président Obama, lors de son discours du Caire, en direction du monde musulman, trouve une réponse politique en Iran porteuse d’orages à l’intérieur même de ce pays. Qu’elles soient régulières ou irrégulières, les élections iraniennes mettent à jour une vraie cassure dans le corps social iranien. Il faut rappeler ici que les quatre candidats en lice étaient tous issus du régime de la révolution islamique dont aucun ne remettait en cause les institutions. M. Moussavi, ancien Premier ministre pendant la guerre Irak-Iran, ne passait pas pour un réactionnaire et il a solidement contribué à l’édification du régime. Ses partisans voulaient un autre président qu’ Ahmadinedjad, qui incarne à leurs yeux un populisme provocateur, enfermant l’Iran, grande puissance régionale au passé prestigieux, dans un isolement économique et culturel qu’une partie de la population ne supporte plus. Or le guide suprême, l’Ayatollah Khamenei, en louant la victoire du Président sortant, a montré le chemin qu’il convenait de poursuivre. C’est évidemment une grande déception pour l’Occident qui a besoin de paix et de stabilité et c’est aussi une déception pour la Russie qui doit faire face dans le Caucase à des mouvements islamistes radicaux qui trouvent une légitimité dans le régime iranien.

Les élections iraniennes semblent avoir ouvert une boîte de Pandore tant au plan intérieur qu’au plan extérieur.

Au plan intérieur parce que la confrontation dans la société iranienne risque de se poursuivre et d’entraîner une répression dont on ne connaît pas les limites. Au plan extérieur, parce que l’Iran montre ses muscles, en faisant voler ses avions de chasse de fabrication entièrement nationale, ses nouveaux sous-marins, ses missiles et en envoyant six bâtiments de guerre dans le Golfe d’Aden pour montrer sa présence légitime dans les eaux internationales.

Il en résulte une montée de la tension dans le Golfe persique entraînant aussi, pour l’Iran, une plus grande difficulté économique dans le financement de ses opérations internationales dont une grande part dépendent largement de Dubaï, malgré une montée en puissance de l’Azerbaïdjan et de Bakou.

Or l’Iran a besoin d’investissements internationaux dans tous les domaines pour satisfaire aux aspirations de sa population et permettre le développement que mérite ce grand pays.

Une longue instabilité en Iran risque donc de décourager l’investissement, d’entraîner de nouvelles tensions régionales, en mettant en difficulté les Etats-Unis dans le règlement de la question palestinienne, c’est-à-dire dans l’établissement d’un Proche-Orient apaisé.

C’est donc une extraordinaire partie de poker qui s’ouvre en Iran et qui concerne sans doute le monde entier. Moussavi, issu de la révolution de 1979, peut-il aujourd’hui lancer dans la rue, contre le préféré du guide suprême, des jeunes qui n’étaient pas nés lors de la chute du Shah et qui ne supportent plus un régime qui les prive de ce qu’ils estiment être leur liberté et leur libre destin ?

La réponse à cette question n’est pas simple, mais aujourd’hui à Téhéran qui perd gagne.

Mais l’acte II pourrait maintenant commencer. Dans l’entrelacs des pouvoirs de la constitution iranienne, le Conseil de discernement présidé par Rafsandjani joue un rôle essentiel. En effet, il propose la nomination du guide suprême, aujourd’hui l’ayatollah Khamenei, mais il peut également le démettre. Or le président du Conseil de discernement, Rafsandjani est dans le camp de Moussavi, il fut même son principal supporter, tandis que le guide suprême est dans le camp de Ahmadinedjad dont il souhaitait la victoire. Certes l’exécutif en place tient théoriquement la police, les milices Bassidji et les forces armées, cependant de la ville sainte de Qom parviennent des voix dissonantes appelant à la concorde et ces voix sont religieuses. En effet la haute hiérarchie religieuse voit bien qu’un pourrissement de la situation, une répression trop forte serait une victoire à la Pyrrhus, puisqu’elle incarnerait une rupture complète entre la société civile et la société politique.

L’appel à se réunir le troisième jour après la mort des premières victimes est un signe. On se réunira aussi dans les mosquées à l’ombre de Dieu, comme si en fin de compte il devait choisir son camp. Ce sont évidemment les avatars de la théocratie, système que l’on a visiblement du mal à déchiffrer à Washington et ailleurs.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°141 – juillet 2009

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