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Quand le ciel nous tombe sur la tête

mardi, février 24, 2009 Laisser un commentaire Go to comments

“Ce monde a quelque chose de bon, il suffit de le considérer pour être aussitôt guéri de l’antique peur de le perdre” (Philippe Muray)

Tous les matins et tous les soirs, en ouvrant la télé, en lisant les journaux, en écoutant la radio, on est pris d’une impression de fin du monde. La crise, comme un animal étrange, est là, à notre porte, sur notre table, à notre chevet, avec son cortège de malheurs et de désespoirs, de famine et de maladie.
Les mêmes qui vilipendaient il y a peu la société de consommation, qui s’insurgeaient contre l’automobile, les dépenses d’énergie, le réchauffement de la planète, le CO2 et la dioxine, ceux qui nous annonçaient la fin du monde sous les déchets toxiques d’une consommation effrénée, ceux qui défendaient le jardinage contre les organismes génétiquement modifiés, les destructeurs de champs de maïs, les protecteurs de la mer et les amoureux des montagnes, les as de la biodiversité, tous ceux-là aujourd’hui, furibards, s’en prennent aux conséquences de cette situation où l’on découvre que les arbres ne montent pas jusqu’au ciel, que la croissance n’est pas une religion, mais un simple principe capitaliste, que la richesse peut exploser en plein vol, et que le grenelle de l’environnement n’est peut-être pas si bête que cela parce qu’il peut jeter les bases d’une autre économie, d’une autre organisation sociale, sans fringale ni boulimie, et même sans la fameuse croissance.
Mais évidemment si l’on condamne la circulation automobile, il ne faut pas s’étonner que les usines ferment et que les salariés de ces entreprises se trouvent sans emploi ; si l’on veut la fin de la grande distribution, on licencie en même temps les caissières, et lorsque les banques font faillite leurs employés sont au chômage. Moins d’acier, moins de béton, c’est moins de CO2 mais aussi moins d’emplois et tout est à l’avenant.
Il y a donc une contradiction profonde entre une revendication d’économie sage, et la réalisation de cette économie ; cette contradiction c’est le traitement de l’emploi salarié. Nous sommes là en pleine dialectique et il ne faut pas douter que notre ami Besancenot, en bon marxiste-trotskiste, saura trouver la voie. Mais en attendant on peut demander aux médias et à ceux qui les font de mettre un peu d’ordre dans leurs discours et de sérier les propositions !
Ou bien la catastrophe n’est pas la catastrophe, mais le remède à une catastrophe plus grande parce que le monde, sous l’aiguillon du profit, courait à sa perte, ou bien le système capitaliste en crise du fait de la cupidité de ses acteurs peut se réformer et reprendre globalement le chemin d’une croissance mieux maîtrisée et plus ordonnée.
La cacophonie des annonces et des discours ne permet pas vraiment de s’y retrouver. Les Antilles ne manifestent pas contre la société de consommation, mais contre des revenus et des prix qui ne permettent pas de consommer assez. Les ouvriers de l’automobile ne manifestent pas contre l’émission de CO2, mais contre le fait que les voitures ne se vendent pas assez pour leur assurer emploi et salaires. Les professeurs sont dans la rue parce que l’on veut évaluer leurs connaissances et leur travail qui sont de droit divin, et les étudiants parce qu’ils ne savent vraiment pas où tout cela mène.
Tenter une réforme dans ce salmigondis relève de l’exploit. Nicolas Sarkozy est évidemment pris complètement à revers et doit être sur tous les fronts, avant que la mayonnaise ne prenne, ou que des masses si contraires se rencontrant ne finissent par exploser.
Mais ses adversaires feraient bien de ne pas se réjouir trop vite. Leurs discours contiennent autant de contradictions et ce ne sont pas les remèdes de bonne femme de Madame Royal qui apporteront de meilleures solutions.
Le ciel ne nous tombe pas sur la tête mais la population de la planète explose et il faut faire vivre ces hommes et ces femmes qui sont à la fois très loin et très près de nous. Nous savons que les ressources connues nous sont chèrement comptées, et déjà des continents entiers sont secoués par des guerres pour le contrôle des matières premières, pour le contrôle de l’eau, et tout simplement pour le partage de la richesse.
Les guerres du Congo, les pirates de Somalie ne nous disent pas autre chose, et lorsque la foi s’empare des hommes comme un ultime espoir, c’est Dieu lui-même qui devient une menace.
Un pays seul ne peut rien régler ; la réunion du G20 au mois d’avril est un premier pas pour tenter de dresser une vraie charte du développement. Mais il faut en même temps sortir des âneries de la mondialisation et de l’organisation mondiale du commerce telle qu’elle existe, fondée sur un libre échange destructeur tant que le niveau de développement et d’organisation des pays et des territoires sera à ce point disparate. On peut mettre en concurrence sur un marché planétaire des intérêts capitalistes, on ne peut pas mettre en concurrence des travailleurs de pays au niveau de développement différent, cela nous venons de l’apprendre très fortement.
C’est donc en vérité vers une nouvelle charte des Nations-Unies qu’il faut se diriger à pas lents, peut-être, mais sûrement.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°137 – Mars 2009

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Catégories :L'Echo des Arènes
  1. vendredi, mars 20, 2009 à 21 h 24 min

    Bonsoir Mr de Roux

    En réponse aux commentaires d’un de mes articles sur AgoraVox: http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=52670

    j’écrivais ceci:

    Si vous regardez autour de vous, vous ne pouvez que constater, dans les campagnes , la disparition des paysans ,des artisans ,des commerçants, des écoles , des postes, des curés . Et, j’en oublie très certainement.

    Est ce cela le progrès ?

    Les organismes, les collectivités responsables de cette situation s’ingénient à trouver des solutions pour ne pas disparaître à leur tour.

    Taxes nouvelles , nouvelles normes, nouveaux services , fusions ,tout est bon .
    Pour notre bien soit disant.
    Constatez le .Notre société ne survit que grâce à  » l’autoparasitisme » .
    Pour combien de temps encore ?

    Que pensez vous de ma perception de notre société?

    Merci d’avance de votre réponse.
    Votre fidèle lecteur.

    Jacky Paillè,
    créateur et webmaster de Sortie37

  2. lundi, mars 23, 2009 à 21 h 57 min

    Cher Jacky Paillé, je partage votre perception et j’enrage contre les normes qui banalisent et qui enchérissent parce que toute réglementation a un prix qui s’ajoute souvent à la stupidité. Bien a vous. xr

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