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Une crise majeure

mardi, février 10, 2009 Laisser un commentaire Go to comments

La crise que nous traversons est évidemment une crise majeure du capitalisme. Depuis 1989, lorsque l’économie de marché s’est trouvée seule au monde, on a assisté à une flambée de la rémunération du capital accompagnée d’une pression sur les coûts et donc sur la rémunération du travail devant être mis en oeuvre pour produire les biens et les services nécessaires ou demandés par le consommateur.

Mais pour que la machine tourne, encore faut-il que le consommateur puisse consommer, or il se trouve qu’étant dans la plupart des cas salarié, la réduction de sa rémunération, ou sa mise à l’écart du marché du travail, ont pour effet une diminution de sa consommation.

Il faut donc financer cette dernière en prêtant de l’argent à des taux quasi usuraires qui ont le gros avantage de pouvoir rémunérer confortablement les prêteurs qui s’empressent de titriser leurs créances pour les revendre à des épargnants plus fortunés, attirés par le montant des intérêts que l’on peut prendre aux pauvres.

Les calculs des savants mathématiciens concluaient que l’on pouvait produire ces papiers creux sans trop de risque, les probabilités d’insolvabilité concomitantes ou générales étant faibles. Alors nos banquiers s’en sont donné à coeur joie ; on a inventé toutes sortes de marché, des produits dérivés, des créances, des marges, des hypothèques, des sûretés ; un inventaire à la Prévert. L‘avarice et la cupidité ont permis à beaucoup d’opérateurs de faire tellement fortune et si vite que les malheureuses activités commerçantes ou industrielles devenaient complètement marginales.

On rééditait à l’échelle mondiale l’antique système Law ; et puis patatras, le grand casino a sauté, alors qu’on allait gagner le jackpot puisque le salaire était enfin devenu une simple variable d’ajustement de la rentabilité du capital ! En France, ceux qui avaient enseigné avec passion la doctrine de la cupidité sans partage, les Guy Sorman, Nicolas Baverez ou Alain Minc, regardaient, à peine navrés, leurs écoles de commerce, leurs instituts de gestion, leurs universités qui avaient propagé la nouvelle culture, finir dans l’opprobre et le doute. Que n’avaient-ils pas enseigné, écrit, prêché ! La loi du profit et de la croissance, la dérégulation et la fin des Etats, la libre concurrence et la mondialisation. Et finalement, ils avaient assez bien réussi. On avait fini par croire à la perfection du marché, à la justesse de la main invisible, et de hautes juridictions, comme la Cour de justice européenne, ont élevé la concurrence au rang de dogme juridique, le salaire étant une simple variable d’ajustement d’une rentabilité qui était devenue l’alpha et l’oméga de la pensée contemporaine, si bien que l’on pouvait inventer la précarité absolue en allouant des heures de travail si chichement qu’elles ne pouvaient conduire qu’à la pauvreté absolue, ou encore grâce à la mondialisation – à la globalisation comme disent les Anglo-saxons – on pouvait mettre en concurrence les salariés d’un pays avec ceux du reste du monde.

L’iniquité et la barbarie de ce système ne pouvaient pas prospérer, mais l’exemple américain, maître du monde, était si brillant, que le mettre en cause renvoyait aussitôt aux catacombes du communisme qui reste d’ailleurs une forte tentation. En ayant ruiné le salarié en supprimant en même temps le consommateur, on est allé au bout d’une contradiction fondamentale du système mis en place. Il faut donc maintenant rebâtir. Les Etats, c’est-à-dire les organisations de citoyens, doivent reprendre la main. Il leur faut d’urgence reconstruire la machine à produire, la machine à échanger, c’est-à-dire le marché, et la machine à financer la production et l’échange, c’est-à-dire la banque. Et il y a presque tout à faire. Il faut s’interroger sur ce dont nous avons besoin pour exister collectivement sur une planète surpeuplée ; le sort de nos ressources, le genre de vie que nous voulons mener. Ces questions sont évidemment des questions politiques que les démocraties doivent débattre pour faire un choix, en équilibre instable, entre la liberté et l’égalité qui se détestent copieusement.

Doit-on retourner à une société collectiviste définissant les besoins de tous et produisant de façon planifiée pour les satisfaire au mieux, avec le moins de travail possible et donc du temps pour exister autrement ?

Doit-on au contraire laisser la liberté aux hommes, comme l’air du temps qu’ils respirent parce qu’ils sont chacun différents et simplement organiser par la morale et par la loi les règles de la vie commune pour qu’ils n’abusent pas de leur liberté ?

Paradoxalement, le plus vieux parti de France, le parti radical, humaniste et tolérant, a sans doute les meilleures réponses tirées de son histoire et de sa vision du monde. Le passage de son président Jean-Louis Borloo, par la fréquentation étroite de l’écologie politique, lui donne en outre un caractère contemporain que l’on ne souligne pas suffisamment.

Réconcilier l’homme avec son avenir à long terme, c’est-à-dire avec son environnement, avec une approche rationnelle de la contradiction entre égalité et liberté, après une longue exploration de la fraternité peut nous reconduire aux sources d’une société réellement républicaine et équilibrée. C’est dans ce creuset de modération mais aussi de clarté qu’il faut refonder une république donnant l’espoir aux hommes et aux femmes qui la composent. Pour un vieux pays civilisé, ça ne doit pas être trop difficile.

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Catégories :Actualite
  1. jeudi, mars 26, 2009 à 7 h 35 min

    Cher ami,
    Lire votre article me rassure sur les choix personnels que j’ai fait il y a longtemps.
    Ecologiste de la première heure grâce à un papa qui m’a sensibilisé à cette éthique, j’ai mis beaucoup de temps quand même à l’assumer.
    c’est au contact de personnes en fin de vie que j’ai vraiment réalisé ce qui est essentiel dans une vie : pas s’en mettre plein les poches et pas jouir de l’argent comme fin en soi.
    La qualité de la vie et de sa vie, n’est-ce pas d’éviter de nuire aux générations qui s’en viennent par les saletés que l’on laisse ?
    Cela devrait-être la priorité mondiale mais horreur lorsque je vois que le réchauffement de la planète va libérer des terres du Grand Nord Canadien pour exploiter les sols et continuer à polluer et enrichir des personnes qui n’en ont pas besoin, noyer des îles habitées.
    Vraiment il y a des humains indignes ne trouvez-vous pas ?

  2. mardi, mars 31, 2009 à 17 h 37 min

    merçi de votre message.drole de planete bleue.amitiès

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