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Drôle de drame en terre sainte

Il y a 60 ans, l’Occident coupable d’avoir laissé exterminer le peuple juif dans des conditions effroyables, envoyait les rescapés du génocide allemand occuper la Palestine, pour y fonder l’Etat juif, dont Théodore Hertzl fut le théoricien.
Le peuple élu de Dieu installait enfin ses pénates sur ce territoire disputé depuis des siècles par les trois religions du Livre.
La purification ethnique de ce pays neuf entraîna l’exil de la majorité des Palestiniens, transformés désormais en peuple nomade et désespéré. Face à cette ultime tentative de colonisation occidentale, les états arabes livrèrent quelques guerres qu’ils perdirent, abandonnèrent Jérusalem. En même temps Israël accueillait les communautés juives chassées des nouveaux Etats du Maghreb, des exilés russes ou des Ethiopiens.
Mais il y avait une contradiction fondamentale entre la recolonisation par Israël des territoires palestiniens occupés après la guerre des six jours et les aspirations du peuple palestinien, parqué dans des camps de réfugiés sur son propre sol. On enfermait un million et demi de Palestiniens sur les 340 km² de la bande de Gaza, prise à l’Egypte !
Comment partager le territoire de la Palestine puisque deux peuples qui ont appris à se détester ne peuvent vivre ensemble ? Combien de guerres, combien d’attentats sanglants, avant que le concept de deux Etats séparés ne soit accepté par les deux parties ? Et depuis cet accord de principe : rien. Les négociations de paix comme on dit n’avancent pas d’un pouce. L’Iran, Etat non arabe, et de plus chiite, a parfaitement compris que sa puissance régionale et son leadership religieux dépendait de l’appui sans faille qu’elle apporterait aux Palestiniens, prenant ainsi une revanche millénaire sur les Etats arabes, les califes sunnites qui ont enfermé le chiisme dans la nostalgie et le martyre. Il est donc trop tôt pour la paix, comme il l’est pour Israël qui a besoin du soutien du monde et surtout des Etats-Unis pour exister.
La bombe de Gaza était prête. Elle vient d’exploser.
Il y a des mots que l’on hésite à employer tant ils sont chargés des drames de l’histoire, mais l’Etat juif savait très bien qu’il créait à ses portes un ghetto d’où ne pouvait sortir que révolte et violence, puisque les humains, eux, s’y tenaient reclus.
Alors le parti palestinien le plus religieux, le Hamas, s’est lancé dans une guerre qu’il ne peut gagner par les armes, mais dont les images d’enfants massacrés lui apportent le soutien de la communauté internationale mobilisée contre les crimes de guerre et contre les crimes contre l’humanité.
Chaque jour qui passe portant son lot d’images d’enfants défigurés, de femmes sanglantes, de vieillards portés aux morgues des hôpitaux surpeuplés de Gaza, fait monter dans le monde musulman tout entier la sourde colère de l’OUMA, du Caire à Toulouse, de Bagdad à Cardiff, de Téhéran à Berlin et d’Istanbul à Oslo, creusant dans notre monde sans foi d’inquiétants sillons religieux.
Le cardinal Renato Martino, président du conseil pontifical justice et paix, n’a pas hésité à affirmer que «la bande de Gaza ressemble de plus en plus à un grand camp de concentration». Israël a répondu que le Vatican se livrait à la guerre des mots !
Mais ce n’est pas à une guerre des mots que l’on assiste, mais bien à la liquidation d’un ghetto ethnique, à l’extermination d’une population en raison de sa race ou de sa religion, d’une opération comme on en a connu il n’y a pas si longtemps dans les Balkans, certes rien n’est pareil, et comparaison n’est pas raison, mais un enfant mort est un enfant mort. Toute cette haine est-elle vraiment nécessaire ? On en est arrivé à un point où l’on ne peut plus dire où est le bien et le mal. Il faut forcer la main à la paix par tous les moyens, avant que la folie des hommes n’embrase ce territoire qui a vu naître trois des grandes religions humaines. Et chaque jour on se dit qu’il se fait tard. Certes, la France, l’Europe, l’Egypte se sont mobilisées pour trouver une médiation et le peuple palestinien de Gaza, écrasé sous les bombes est prêt à tout pour que ça s’arrête. En cela Israël a marqué des points ; mais Israël ne vivra pas séparé de ses voisins, séparé par le mur qu’il construit. Israël n’aura pas un destin différent de celui du Proche-Orient. Il faut donc laisser créer un Etat palestinien indépendant et viable sur les terres occupées en 1967 et que l’application de droit international conduit à restituer dans leur intégralité.
Ce n’est pas une décision facile à exécuter. Mais la décision est prise depuis longtemps déjà et elle peut seule s’opposer aux ambitions régionales que le conflit israélien permet de porter au zénith. Si l’union de la Méditerranée a un sens, il est justement celui de cette paix.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°136 – Février 2009

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Catégories :Actualite, L'Echo des Arènes
  1. France
    samedi, février 7, 2009 à 19 h 43 min

    Monsieur,

    Le contenu du site de l’Ambassade de France en Iran est significatif de la bêtise d’un dialogue avec les autorités iraniennes afin d’éviter un désastre à l’échelle mondiale.
    Churchill disait déjà alors que l’on ne se doutait pas du drame qui se jouait en occident (Munich le 30/09/1938 pour être précis) « Vous aviez à choisir entre la guerre et le déshonneur ; vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre. » C’est ce qui se passe précisément entre l’Iran et l’ONU sous la forme de ces prétendus « dialogues de paix ». C’est seulement un gain de temps pour le programme nucléaire iranien, vous n’êtes pas sansle savoir.

    Si vous êtes Président de l’amitié Franco-Iranienne, empêchez cela de toutes vos forces et vous aurez gagné au moins ce en quoi vous croyez.

  2. jeudi, mars 5, 2009 à 8 h 25 min

    Cher monsieur, mais qui sont les va-t-en guerre dans cette affaire ? Qui cherche ouvertement le conflit ? Qui a réduit en cendres Gaza ? Qui choisit un gouvernement d’extrême droite? Certes les Iraniens ne sont pas des saints et la stratégie de la tension a certainement ses limites, mais la Perse n’est pas Gaza. J’espère simplement que la raison l’emportera.

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