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Refondation

Nicolas Sarkozy propose de refonder les règles sur lesquelles repose l’économie mondiale. Ces règles, ce sont les accords monétaires internationaux, puis celles découlant plus récemment de ce que les Anglo-saxons ont baptisé la “globalisation”, c’est-à-dire la libre circulation généralisée, des produits, des capitaux et des biens, dont l’organisation mondiale du commerce constitue un aspect.
Le vaste marché mondial devrait prendre en main ses affaires, liquider peu ou prou les Etats et confier à la main invisible du marché l’autorégulation du capitalisme. Il avait fallu à Margaret Thatcher et à Ronald Reagan une forte dose de puritanisme pour persuader la planète que le moralisme accompagnant ou fondant le libéralisme suffirait à s’opposer à l’avarice et à la rapacité des hommes pour lesquels le profit a toujours constitué la tentation suprême et cela d’ailleurs quel que soit le régime !
Le capitalisme financier dérégulé et confié aux golden boys n’a pas fait exception à une longue tradition. Il s’est vite achevé dans la cupidité générale où nos banquiers apprenaient à jouer au casino avec de la fausse monnaie ! Il faut se souvenir, parce que c’était hier, que le dernier crash de Wall Street a eu lieu en 1987 et que personne n’a levé le petit doigt pour en tirer les conséquences.
C’est donc bien que Nicolas Sarkozy exige aujourd’hui que l’on revoie les règles du jeu. Aucun pays, fussent les Etats-Unis, ne peut vivre à crédit, en état de surendettement, en créant des inégalités extravagantes.
La première règle c’est d’imposer aux investisseurs qu’ils participent à leur investissement, c’est-à-dire qu’ils apportent une partie du capital au lieu de tout emprunter. En effet, lorsque les financiers ne mettent pas sur la table leur capital, mais celui qu’ils empruntent, le risque est pour leur créancier si l’investissement échoue, et l’investissement échouera si l’entreprise cible est dans l’incapacité de produire le remboursement des emprunts.
Ce cycle est d’autant plus vicieux que l’objet même de l’entreprise va être de permettre de rembourser les dettes que l’investisseur a fait pour l’acquérir ou la contrôler.
Cette course à la productivité, au rendement maximum et immédiat, a eu des conséquences désastreuses pour la production de biens et de services en Europe. On a délocalisé à tour de bras pour faire des marges ; on a démantelé des groupes industriels pour ne conserver que les branches immédiatement les plus rentables, on a peu à peu dépecé le tissu économique en le soumettant à des règles qu’il ne peut pas respecter.
De même il est urgent de réglementer la circulation des titres de créances, c’est-à-dire la “titrisation” à l’infini de produits dérivés de créances dont on ignore la qualité ou dont on confie le risque aux calculs savants de quelques experts et la valorisation aux agences de notation payées pour labelliser des produits qu’elles ont elles-mêmes aidé à fabriquer.
Enfin la notion même d’interdiction des aides d’Etat, chère à la commission de Bruxelles, a beaucoup de plomb dans l’aile. En effet, on n’a pas entendu les autorités de concurrence s’opposer à la prise de participation des Etats dans les banques, qu’il fallait recapitaliser d’urgence, aux motifs que la concurrence dans le marché bancaire se trouverait affectée ! Un certain nombre de dogmes s’effondrent, et les règles de concurrence fondant la liberté de circulation des capitaux et des biens auront besoin d’être profondément révisées, ou tout le moins de recevoir une approche empirique.
Mais qui va être ce législateur à la fois tatillon et créatif ?
Nicolas Sarkozy sait très bien que le marché est désormais mondial et qu’il le restera, parce que les investissements de communication des hommes, sont désormais mondialisés, et que l’interdépendance des économies des différentes nations est maintenant une réalité incontournable.
Il faut donc travailler à l’émergence d’un traité international dont le fonds monétaire international pourrait assurer la mise en œuvre. La Russie, la Chine, l’Inde, le Brésil, parmi les grands pays émergents doivent d’urgence être associés à cette réflexion que les huit pays les plus industrialisés pourraient initier.
La superbe et la domination américaine fondée sur des certitudes dogmatiques ne sont plus désormais avérées. L’Europe retrouve donc un rôle vertueux d’ancienne culture et d’expérience. C’est maintenant aux femmes et aux hommes politiques de saisir cette chance et de dessiner une nouvelle donne. Il faut espérer que la démocratie saura amener à ce rendez-vous historique tous les talents dont l’événement a besoin.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°133 – novembre 2008

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Catégories :L'Echo des Arènes
  1. mechain
    jeudi, octobre 30, 2008 à 21 h 09 min

    Bien très bien mais l’éthique du profit ne concerne pas que les « gros ». En effet, accuser est aisé dans les circonstances actuelles. Ce n’est pas votre cas, mais la question que je me pose est celle qui engage in fine chaque citoyen dès lors qu’il agit. L’éthique du profit n’existant pas dans le libéralisme débridé la quête du « petit sou » atteint tout le monde. Le trader mais aussi, le boulanger qui fait exploser la baguette le maçon les réparations et le reste. Chacun veut toujours plus de profit et l’euro aura été un vrai révélateur de cette attitude. Tout cela rapidement évoqué mène les acteurs à la condition qui résulte de leurs propres comportements. La quête avide du profit conduit à l’appauvrissement !!! alors il me vient une idée. plutôt que de chercher à administrer le capitalisme et le libre marché pourquoi ne pas faire naître une régulation qui porte non sur le libéralisme lui-même en tant que champ d’initiative mais sur le mobile à savoir la marge. Dotons nous des dispositifs qui permettront de réguler l’avidité non pas consumériste mais de gains. une exemple concret. La valeur marchande de l’objet tient au coût de sa production et de sa distribution concurrentielle. Le profit réalisé par chacun des acteurs jusqu’au consommateur, peut subir une régulation dès lors que l’on contrôle les jumps effectués par chacun d’eux. Ce contrôle gagnerait a capter tous les beaux esprits car c’est là que doit se substituer à la seule logique du gain pur ( hors investissement et coût de fonctionnement) une éthique qui à défaut d’être naturelle à l’individu doit être la marque de son appartenance à la société. Un vrai changement de société qui reléguerait bien des agitateurs à leurs propres turpitudes personnelles..

  2. mardi, novembre 4, 2008 à 18 h 52 min

    C’est en effet une idée à creuser. Encadrer les marges c’est encadrer le profit mais nous avons tellement de produits et de services divers qu’il faudrait construire une administration faisant penser à celle mise en place pendant la guerre ; décidemment liberté et égalité ne s’aiment pas.

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