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Ils ont fait sauter la banque !

mardi, septembre 23, 2008 Laisser un commentaire Go to comments

Au grand casino mondial du libéralisme triomphant, ça n’a pas traîné : quelques années de “globalisation”, de “mondialisation” et de tartarinades financières ont suffi pour faire sauter la banque que l’on disait la mieux gardée du monde… C’est toujours très prétentieux de se citer, mais lorsque le simple bon sens a annoncé la catastrophe, il ne faut pas gâcher son plaisir qui l’est suffisamment par l’air du temps. Je vais donc rappeler ce que j’écrivais en 1999, dans un petit livre qui s’appelle “Une fin de siècle”*:
“L’économie d’état, sous les décombres faisait brusquement figure de repoussoir. On rangeait Marx au grenier des illusions perdues et l’on passait en même temps les goulags et leurs victimes par pertes et profits. Cela permettait au libéralisme triomphant de souffler par toutes les trompettes la gloire de ses doctrines, et surtout de s’y adonner sans réserve. Le monde devenait enfin un vaste marché sur lequel devait régner la fameuse concurrence, seule capable d’engrosser l’innovation, la création, la croissance et la richesse ! ça n’a pas traîné longtemps ! Les jeunes en bretelles de Wall Street et de la City ont relevé leurs bras de chemise. Que l’on produise des marchandises leur semblait un peu ringard ; on s’est mis à fabriquer des produits financiers, de plus en plus sophistiqués, de plus en plus virtuels, permettant des prises de bénéfice de plus en plus pharamineuses, des plus-values merveilleuses, des swaps éclatant au pays des logiciels ! On exige des Etats qu’ils suppriment les règles. La grande découverte libérale, la grande revendication libérale, c’est la dérégulation, c’est la suppression du rôle des Etats, et surtout la suppression du rôle des Etats-nations.”
Et ce qui devait arriver arriva ; on fabrique des produits financiers avec les dettes des pauvres aux banques qui finançaient leurs crédits immobiliers, et comme ces dettes étaient douteuses, on pouvait les charger d’intérêts importants, et si les pauvres ne pouvaient pas payer, il suffisait de refinancer leurs dettes en crédit usuraire, et d’exiger des malheureux producteurs de biens des rentabilités permettant de payer les pensions et les retraites “capitalisées”… Les banques, les fonds de pension et les assurances-vie à la manœuvre conduisirent toute l’industrie, en commençant par l’industrie américaine, à s’installer dans les pays à bas coût. La Chine, l’Inde et quelques autres se transformèrent en usine du monde, devenant à leur tour créanciers des pays industrialisés qui leur achètent beaucoup plus qu’ils ne vendent. Le commerce extérieur de la France à ce petit jeu est devenu terriblement déficitaire, puisque nos supermarchés ont été transformés en marché chinois ; et les Américains ont nourri leurs dettes de dollars tout neufs, imprimés la veille, comme le ferait n’importe quel faux monnayeur.
Et puis les pauvres n’ont plus pu rembourser, on a saisi leurs maisons aux USA par millions ; les prix se sont effondrés, les papiers “titrisés” répandus de par le monde, se sont mis à ressembler aux emprunts russes d’antan ; et les banques se sont trouvées en risque de faillite, et les marchés financiers en grands risques.
Même Besancenot n’aurait pu rêver d’un meilleur résultat ! Le libéralisme est cul par-dessus tête ; l’Etat américain nationalise les deux plus grandes institutions de prêt hypothécaire et le numéro 1 mondial de l’assurance-vie !
L’Etat que l’on voulait voir disparaître est appelé au secours, toutes affaires cessantes ; Wall Street et la City liquident leurs cols blancs ; les milliardaires se font la malle en catimini, tandis que la bourse de Moscou suspend ses cotations !
Les fonds souverains, c’est-à-dire les fonds appartenant à des Etats, notamment pétroliers, rachètent à la casse, les banques et les entreprises occidentales.
Arrangement d’ambitieux et parfois de voleurs, le libéralisme finit toujours dans nos vieilles sociétés occidentales à éveiller le courroux du peuple. Théorie engendrée par l’aristocratie anglaise lorsqu’elle entra en conflit avec la monarchie, elle est tombée dans les mains des économistes américains qui comme Milton Friedmann, ont présenté cette doctrine comme miraculeuse et l’ont instillée en permanence dans la vie politique du monde entier.
Et bien le miracle est accompli ; le capitalisme dont la propagation mondiale apparaissait irrésistible est en train de détruire les bases mêmes de la paisible existence des Etats démocratiques stables.
Il était vraiment temps que la marmite saute. C’est fait.

Xavier de Roux

* “Une fin de siècle” de Xavier de Roux – éditions Bordessoules – disponible à L’Echo des Arènes – tél. 05 46 92 84 53
Paru dans L’Echo des Arènes n°132 – Octobre 2008
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