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L’union pour la Méditerranée

Quarante chefs d’Etat, un 14 juillet à Paris, il y a quelque temps que l’on n’avait pas vu ça. Et pourtant les commentaires les plus sonores concernèrent la présence aux Champs Elysées du président syrien Bechar El Assad. Quel bruit ! Quelle fureur ! Un forcené syrien aux banquets de la République ; beaucoup de belles consciences et de belles âmes s’étranglèrent de rage, rappelant les épisodes d’une longue lutte acharnée durant laquelle la France sauvegarda le Liban – et elle avait raison – même si cela devait nous coûter la vie d’un ambassadeur et de 57 soldats, morts pour la France, dont l’un d’ailleurs repose au cimetière de Chaniers. Emotion.
Emotion parce que la guerre qui gangrène non seulement la Méditerranée mais l’Orient proche et lointain a justement ses propres racines dans ces terres bibliques que se disputent depuis toujours les descendants des héritiers du livre de Moïse, la Bible.
Il n’est pas nécessaire de remonter aux croisades – mais rien n’interdit de le faire – pour mesurer combien la dernière tentative de colonisation européenne faite en terre sainte au XIXème et au XXème siècles, à l’abri des théories de Théodore Herzl (“L’Etat des Juifs”), ont été un traumatisme considérable pour les paisibles populations palestiniennes, mi-chrétiennes, mi musulmanes, qui faisaient paître leurs troupeaux du côté du Jourdain.
L’Occident, honteux de l’épouvantable massacre concocté par ses intelligentsias dans le pays de Goethe, de Schiller, de Hegel ou de Kant, trouva normal d’installer les rescapés de la Shoah dans ces terres bibliques. Il fut surpris de la réaction des peuples auxquels on imposait ce peuplement, et dès lors l’instabilité s’installa. Aux régimes socialistes et laïcs prévalant en Syrie, en Irak, ou dans l’Egypte de Nasser, bientôt s’imposa le retour à l’Islam pour répondre à l’Etat religieux qui réclamait Jérusalem au nom des messies. A la foi s’opposait la foi ; aux fondamentalistes d’un camp s’imposaient les fondamentalistes de l’autre ; mais à ce jeu sans frontière l’Islam dispose évidemment de beaucoup plus de réserve, et c’est à ce seul titre qu’on en vint à mobiliser l’Iran, qui non seulement n’est pas un Etat arabe, mais un Etat aryen, mais qui encore incarnait il y a peu le chiisme, le parti des descendants d’Ali, le gendre assassiné de Mahomet, les minoritaires de l’Islam portant sur leurs épaules les stigmates des vaincus.
L’Occident, Amérique en tête, les yeux rivés sur l’or noir et les réserves pétrolières, jetait dans la balance tout son poids pour Israël, tandis que l’Islam dans sa totalité, sans races ni frontières, prenait parti pour la Palestine ! Cette situation est devenue explosive. L’Iran cherche l’arme atomique pour contrer celle que possède déjà l’Etat hébreu ; un terrorisme primitif – l’arme atomique du pauvre – combat en Irak, en Afghanistan, et partout dans le monde, avec aveuglement, ce qu’il considère être les forces du mal. Et le mal, sans doute, est partout.
Nicolas Sarkozy, en prenant l’initiative de mettre autour d’une table tous les belligérants et quelques autres, a eu une intuition considérable. Il a su avec ténacité et courage remettre la diplomatie française au cœur de cette chaudière d’où peut sortir à chaque instant on ne sait quelle guerre mondiale.
On lui reproche de parler aux Syriens, mais quand on veut faire la paix, faut-il négocier seulement avec ses amis ? Et les Israéliens sont d’ailleurs fortement demandeurs de ce dialogue. Aujourd’hui ce sont les Etats-Unis qui s’assoient à la même table que l’Iran. La France y est peut-être un peu pour quelque chose ! Et dans sa vision méditerranéenne, Nicolas Sarkozy a dû inclure la paix romaine qui amenait la prospérité aux deux rives ; il a dû penser aux Balkans, au Kosovo et à la Bosnie musulmane, à la chance d’avoir à nos portes des peuples qui ont partagé longtemps notre destin. Nicolas Sarkozy pense peut-être que la civilisation ce ne sont pas seulement les marchés financiers, ou le marché tout court, mais l’histoire des peuples divers, habités par des traditions communes, et que du fond de la culture naîtra l’échange et la paix. Encore une fois, bravo l’artiste.

Xavier de Roux

L’Echo des Arènes n°130 – Août 2008

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