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L’Irlande a dit non !

L’Irlande, le chouchou de l’Europe qui est passé sans transition des choux et des patates à la finance et aux technologies avancées, vient de dire non au traité de Lisbonne, c’est-à-dire à l’organisation institutionnelle de l’Europe qui fut mise sur le chantier par Valery Giscard d’Estaing, avec le succès que l’on sait.

L’enjeu consiste à faire fonctionner démocratiquement un espace économique partagé par 27 pays !

On cherche un président de l’Europe élu pour deux ans, un parlement européen avec de nouvelles compétences, un ministre des affaires étrangères commun, une défense commune et surtout des règles de majorité permettant de faire fonctionner l’ensemble. L’unanimité requise aujourd’hui signifie le blocage quotidien.

Les Irlandais ont dit non à ces nouvelles institutions, non au président de l’Europe, non à la règle de la majorité, non à une commission où certains pays ne seraient pas représentés par un commissaire, non à une Europe où les petits pays ne pèseraient guère. Et la France n’a pas grand-chose à dire puisque c’est le vote français, le non français qui a conduit à cette renégociation et au non irlandais.

Décidemment Nicolas Sarkozy, qui avait mouillé sa chemise pour arriver à cette transaction, n’a pas de chance. Il va devoir passer six mois à tenter de rapetasser une fois de plus le rêve européen, ou plutôt de réconcilier le rêve avec la réalité.

C’est le paradoxe de cette construction qui ennuie l’opinion, écarte les électeurs, rameute les spécialistes et s’achève dans la querelle du plan rouge en Méditerranée, ou celle de la TVA pour les restaurateurs et demain pour les camionneurs !

L’Europe ne se remet pas de son péché originel. Ses pères fondateurs ont cru qu’il serait possible de passer d’institutions destinées à réguler un marché commun à des institutions démocratiques. Or on ne régule pas un marché comme on conduit une démocratie, et la loi du marché en Europe, les libertés économiques fondamentales, l’ont toujours emporté sur les lois des pays membres. La primauté du droit communautaire est devenue la primauté d’une économie libérale souvent mal comprise par les peuples européens habitués à une certaine solidarité sociale. Le paradoxe de la sociale démocratie européenne c’est justement d’avoir été à ce point européenne qu’elle y a largement laissé ses principes. Les Hollandais, les Français, les Irlandais aujourd’hui, sont devenus craintifs, échaudés et pensent que les peuples ont leur mot à dire sur l’élaboration des politiques qui les concernent.

Certes justement les institutions ont pour objet de faire fonctionner ce que l’on pense être une démocratie, mais l’on s’attache plus au fonctionnement qu’à la démocratie et les docteurs en droit constitutionnel sont encore assez minoritaires dans nos sociétés.

Comment dans ces conditions faire adhérer les peuples au processus européen ?

On peut évidemment leur raconter l’histoire de l’Europe depuis la chute de l’Empire Romain, et toutes les tentatives avortées, de Charlemagne au rêve d’un empire romain-germanique, en passant par notre ami Napoléon, et quelques guerres plus tard, toutes les ambitions brisées sous le joug des nationalismes et des innombrables victimes qui ont fini par réveiller les consciences et relancer le processus. Mais plus d’un demi siècle s’est écoulé ; les pays européens ont retrouvé une certaine prospérité, la paix et leurs égoïsmes. Ils ont conservé leur culture et leurs intérêts ; ils ne savent pas très bien quel est ce lien qui les attache ensemble ; ils partagent la même monnaie, et se plaignent donc ensemble de la hausse des prix. Il n’y a même plus, aux frontières, de menace identifiée, alors chacun a envie de suivre son chemin comme bon lui semble sans se soucier de ces pans de souveraineté transférés à ces communes institutions qu’on regarde de loin et qui concernent peu.

Nicolas Sarkozy va devoir, non pas jouer au mécanicien rafistoleur, il y perdrait son temps, mais montrer un chemin neuf et un chemin commun, une ambition et un rêve, expliquer pourquoi il faut être uni au moment même où la civilisation occidentale, la nôtre, après des siècles de règne absolu sur notre planète, cède le pas à d’autres cultures millénaires qui s’étaient peu exprimées au cours des derniers siècles, et qui deviennent triomphantes aujourd’hui, portant des valeurs qui ne sont pas les nôtres, des droits de l’homme que nous n’avons pas fabriqués, des philosophies qui nous sont étrangères encore et qui pourtant sculptent la vie quotidienne, la façon de vivre, d’aimer, de travailler, de créer ; ce dialogue des civilisations nous ne le mèneront que si nous savons encore être créatifs pour la nôtre.

Les querelles avec la Chine au sujet du Tibet, du bouddhisme ou du Dalaï-lama, ou encore notre relation avec l’Islam, montrent bien que le socle des valeurs n’est plus forcément le nôtre à l’échelle de l’humanité, et par voie de conséquence dans chaque vie quotidienne. L’Europe a donc besoin d’un chef d’orchestre inspiré et volontaire ; Nicolas Sarkozy va tenter d’être celui-là.

Xavier de Roux

L’Echo des Arènes n°129 – Juillet 2008

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