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Et si le gouvernement avait raison ?

mercredi, avril 23, 2008 Laisser un commentaire Go to comments

Il est à la mode depuis quelques mois d’affirmer que le gouvernement se fourvoie et qu’en conséquence tout va de mal en pis. Que tout aille en France de mal en pis, n’est pas très grave ; ce sentiment remonte au commencement des temps et il n’y a pas de raison qu’il change. En tous les cas c’est le refrain que j’ai toujours entendu chanter !
La monarchie nous a mené à la Révolution, et ça s’est terminé par l’Empire, l’Empire s’est écroulé pour nous jeter dans les bras des Bourbons ; nous avons eu encore deux petites révolutions puis un Empire numéro II ; relisez les “Châtiments”, ça s’achève par une nouvelle révolution, la Commune excusez-moi du peu, puis la troisième République qui nous donne deux guerres mondiales ; la dernière n’en parlons pas ! La catastrophe accouche du général de Gaulle ; que n’a-t-on pas entendu ! C’était la dictature ; on lui a même tiré dessus et comme le temps s’accélère, on a eu Pompidou et son Mai 68 ; Giscard d’Estaing qui n’aimait pas le peuple ; François Mitterrand qui aimait trop l’argent, et Jacques Chirac pour lequel il était d’abord urgent d’attendre. On a maintenant Sarkozy et ses dames ; ça n’a jamais été bien en France et il n’y a donc aucune raison pour que ça s’arrange. Dans ces conditions comment voulez-vous que le gouvernement ait raison ?
D’abord aucun gouvernement n’a jamais eu raison, ou par hasard, comme Pinay et la fameuse “baisse Pinay” ; comme Poincaré et son franc stable. Mais qui s’en souvient ? Personne, ou peut-être un historien déjanté qui se penche sur l’histoire de ce peuple malheureux, qui cherche depuis toujours le bonheur collectif et qui ne trouve que des bonheurs individuels !
Pourtant il y a toujours des volontaires pour tenter de piloter la machine ; ce doit être la ressource de la démocratie, car si rien ne va jamais comme il faut, la France n’a jamais manqué d’idées et regorge d’inventeurs d’idées politiques. C’est un vrai concours Lépine à chaque élection ! Et comme l’homme ou la femme politique français a en matière économique une culture souvent sommaire, les inventions politiques ne s’encombrent jamais des lois de l’économie, puisque après tout ce n’est qu’une science humaine, aussi inexacte que l’homme lui-même !
Ce principe a été illustré lorsque Monsieur Jospin était Premier ministre et que madame Aubry s’entichait d’un Monsieur Lorotourou qui démontrait que pour lutter contre le chômage, il fallait travailler moins. Comme si diminuer l’activité économique était de nature à augmenter la production… Mais l’on continue de discuter très sérieusement de cette fantaisie. Depuis on a frôlé la TVA sociale, lancée par Jean-Louis Borloo un matin de petit déjeuner, et l’on aura encore certainement quelques éclairs de génie pour illuminer le monde.
Mais tout ça m’éloigne de mon sujet. Si ce gouvernement avait raison de faire les réformes qu’il fait ? Si le bon sens enfin l’emportait ? Le problème est très simple à poser ; l’Etat français s’est terriblement endetté depuis 25 ans parce qu’il a plus de charges que de revenus malgré un accroissement considérable des prélèvements obligatoires pendant la même période. La première des charges du budget de l’Etat c’est évidemment les salaires et les charges des fonctionnaires. La seconde charge, c’est… le remboursement de la dette ! Tous les rapports, toutes les analyses publiées depuis 20 ans disent la même chose ; il faut redéfinir les tâches de l’Etat et adapter à ces tâches le nombre de personnes capables de les remplir. C’est simple comme deux et deux font quatre. Et ça devient impossible dans le détail ; l’Education nationale résiste de tout son poids de mammouth ; l’administration des finances vitupère. On exige le maintien dans les villages de services publics dont on ne se sert pas, un peu comme on exige des épiceries de proximité où on ne met jamais les pieds… Or le gouvernement Fillon, le ministre du Budget Eric Woerth, celui de la Santé, Xavier Bertrand, ont l’air de tenir bon. Ils savent bien que – crise ou pas – le chômage c’est fini pour un bout de temps ; les générations nombreuses d’après guerre partent à la retraite et la difficulté sera de les remplacer ; cette tension sur l’emploi va entraîner une hausse des salaires, elle-même rendue nécessaire par la hausse des matières premières et des denrées agricoles. Ça va devenir beaucoup plus difficile de faire trimer les prolétaires étrangers pour une bouchée de pain. Renault l’apprend à ses dépens en Roumanie, mais les travailleurs du Vietnam sont en grève, et les ouvriers croates sont dans la rue ; le cycle récessif où nous a entraîné un système financier international irresponsable va s’achever, et les limites écologiques encadreront nécessairement une consommation différente des biens. Les mesures prises en France pour augmenter le pouvoir d’achat, freiner les prélèvements obligatoires, redéfinir les tâches de l’Etat, retrouver de l’investissement auront un effet dans un cycle mondial plus propice. La solidarité, alors, pourra mieux s’exercer. En attendant on va continuer d’entendre l’opposition s’opposer, les faiseurs d’opinion en rajouter sur le catastrophisme et malheureusement aussi, le vaste monde des hommes s’agiter au vacarme des guerres.

Xavier de Roux

L’Echo des Arènes n°127 – mai 2008

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