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De la myopie à l’espoir

La société capitaliste, qui est sortie victorieuse de son long affrontement avec la Société des Egaux, est désormais en crise. C’était prévisible. Sans contrepoids, dans un monde désormais “globalisé” selon la charmante formule anglo-saxonne, le marché financier a été livré à l’avarice et à l’imbécillité d’un système bancaire peuplé de jeunes gens aussi fats que myopes, agissant à court terme, sans analyse sociétale, ni projet de civilisation. Les jeunes prodiges en chemise de Wall Street ou de la City ont cru qu’ils étaient à l’abri de la complexité qu’ils inventaient. Scribes assis de la finance, ils ont créé avec délices de nouveaux produits financiers pour en gaver le monde : produits dérivés (mais de quoi ?), produits structurés (mais avec quoi ?), produits titrisés (mais de quels titres ?)… On a prêté aux pauvres gens à des taux usuraires de quoi acheter leur maison, leur voiture, leur télé, leur lanterne, et l’on a transformé ces créances misérables en papier bancable dans le monde entier parce qu’elles produisaient des intérêts capables de booster l’épargne des riches. Seulement voilà, une créance creuse reste une créance creuse, quelque soit la sauce dont on l’assaisonne. Autrefois, les alchimistes essayaient de faire de l’or avec du plomb vil. Nos jeunes financiers, bien conseillés par leurs aînés, se sont pris pour des alchimistes. Ils n’ont pas essayé de faire de l’or avec du plomb, mais avec la misère du monde anglo-saxon qui avec la globalisation tentait d’imposer son modèle culturel, fait d’avarice et de prévarication.
Les banques centrales rament, les banques vacillent ; on en est revenu au scandale du Mississipi, et les pays émergents, l’Inde, la Chine, les pays arabes, ramassent les ruines du capitalisme occidental pour construire le leur dont on ne sait pas très bien à quoi il ressemblera.
Il est évident que cette crise du capitalisme n’est pas la crise de l’économie de marché ; elle est la sanction d’une tentative d’économie virtuelle, schizophrène, qui s’est éloignée de la production des biens et des services dont a besoin l’humanité pour vivre dignement sur une planète bientôt surpeuplée.
Alors que l’on a besoin d’une économie moderne, rationnelle, économe de moyens, de matières premières et d’eau, on a cru pouvoir se lancer dans un jeu de Monopoly pour gamins retardés.
Et en même temps, la France votait ! Qui durant la campagne électorale a parlé de cette crise, de cet enjeu, de ce recentrage sur l’essentiel où ces collectivités publiques doivent tenir toute leur place ? Qui a parlé de notre civilisation, de la persévérance dans notre être, de l’interdépendance des richesses ?
Personne. Il parait qu’on sanctionnait la vie privée du Président de la République ! On sanctionnait ses lunettes de soleil, sa montre arrogante ou sa trop jolie femme ! Et Madame Royal, de son inimitable sourire aux dents limées, proclamait que le Président n’avait pas tenu ses promesses parce qu’il n’avait pas augmenté les salaires et les retraites ! Ce qu’elle aurait évidemment fait, elle, de sa fameuse baguette magique à endormir le monde. Et ce pauvre Monsieur Hollande, tout droit sorti d’un conte de Maupassant, réclamait on ne sait plus quelle mesure immédiate, alors qu’il convient d’engager des réformes de fonds, et surtout une réflexion scrutant l’avenir, redonnant à l’Etat, c’est-à-dire à la représentation des peuples, des données fiables et non plus l’immédiateté du journal quotidien. C’est tellement compliqué de détricoter le long manteau dont s’est couvert au fil des ans la société française, et qui ne la protège plus de rien ; c’est tellement compliqué d’inventer une nouvelle économie, alors que l’on veut le pouvoir demain, et l’écharpe tout de suite !
C’est tellement difficile d’être iconoclaste, lorsque les élites sont à ce point complices de ce qui se trame, qu’on envoie en prison un jeune trader instrumenté à leur place.
L’espace qui s’ouvre à la réflexion est justement global pour reprendre l’expression anglo-saxonne ; il s’agit de refonder l’économie marchande et la solidarité active. L’engagement politique devient dont passionnant pourvu qu’on fasse bouger les lignes, qu’une génération s’empare du sujet, franchisse les bornes, et construise vraiment la civilisation du XXIème siècle. Bonne chance.

Xavier de Roux

« L’Echo des Arènes » n°126 – avril 2008

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Catégories :Actualite, L'Echo des Arènes
  1. Diogène
    mardi, mars 25, 2008 à 12 h 29 min

    Il fut un temps pas si lointain où l’iconoclaste était un marginal, rejeté, banni, confondu avec l’anarchiste ou le baba cool.
    Puis vint Nicolas, en qui nombre de « révolutionnaires de velours » ont cru: Pourfendeur de l’ordre établi au profit de l’efficacité, il rassurait ceux qui furent déçus des discours prometteurs et tonitruants. Enfin nous allions avoir un guide à la hauteur des exigences de notre monde, politique sociale, internationale, chomage, économie…
    Mais nulle part l’homme providenciel n’existe, fut-il iconoclaste. Même président, un homme est un homme.
    La maturité d’une société démocratique, pourtant si ancienne, peine à se révéler.
    N’entend-on pas aujourd’hui des voix s’élever pour intimer l’ordre à nos politiques de se révolter contre le comportement du pouvoir chinois.
    Mais qui sommes-nous pour demander à ces hommes ce que nous ne sommes pas capables de faire à titre individuel.
    Le bulletin de vote serait-il devenu une autre forme d’indulgence au profit du votant?
    La nouvelle religion démocratique permettrait d’absoudre nos péchés de consommateurs grâce au passage régulier dans le confessionnal municipal?
    Ne nous plaignons pas de voir nos indignations récupérées, alors que nos propres comportements individuels sont eux bien plus cyniques.
    Les dictateurs de tous poils le savent, donnons du pain et des jeux au peuple. Pouvoir se rebeller et s’indigner sans en demander l’autorisation, c’est celà la première liberté démocratique, quitte à parfois se tromper …

  2. mercredi, avril 2, 2008 à 7 h 33 min

    on connaissait les indulgences de l’église,voiçi le temps des indulgençes de la démocratie ;trés bonne formule ;merçi diogéne xdr

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