Accueil > Actualite, Economie, L'Echo des Arènes, Politique, Societe > Quand les arbres montent au ciel

Quand les arbres montent au ciel

mercredi, novembre 28, 2007 Laisser un commentaire Go to comments

On ne cesse de parler de croissance et de points de croissance comme une panacée universelle à tous les maux des hommes. A entendre les savants la quantité de biens, de services, de produits mis sur le marché, échangés, consommés, exportés constituerait les éléments de calcul de cette fameuse croissance.
Les économistes sont des gens sérieux. Ils s’y connaissent en points de croissance ; ils vous calculent ça toute la journée tandis que les ministres des finances ont l’œil fixé sur les résultats. Les finances de l’Etat, en effet, leur équilibre, ou l’importance de leur déséquilibre dépend de ces fameux points. On ne fait pas un budget à 2% de croissance, comme on le fait à un. C’est le cycliste sur son engin qui doit sans cesse pédaler pour ne pas tomber.
Or le même Etat qui tremble pour un tiers de point de croissance en plus ou en moins, organise en même temps le grenelle de l’environnement pour dénoncer les nuisances de la croissance, non seulement dans nos sociétés passablement gavées, mais aussi dans les pays émergents parce que la planète ne supporterait plus l’agitation incessante des hommes, leur recherche de confort, leur désir de bien-être, leur goinfrerie quotidienne, qui font la vie comme ils la rêvent.
Certes il reste beaucoup de pauvres, des exclus, des morts de faim qui voudraient bien être rattrapés par la fameuse croissance à travers la solidarité nationale. La social-démocratie a inventé, ce qui est bien pratique, la redistribution fiscale, mais elle a aussi branché les impôts sur le marché, en livrant à sa main invisible les recettes de l’Etat. Ces dernières sont donc depuis soumises aux emballements, aux récessions, aux codes, aux changements d’humeur d’un grand bazar, autrefois national, aujourd’hui planétaire.
Réguler, comme on dit, un marché national n’est pas très simple tant les opérateurs n’ont de cesse de tourner les interdits ; réguler le marché mondial est pratiquement hors de portée de nos démocraties qui désormais jouent leurs ressources au casino en faisant appel aux bateleurs et aux faiseurs d’illusion qu’ils nomment encore économistes pour donner à cette fantaisie un caractère scientifique. Bref la forêt d’experts dissimule la question. Les ressources de l’Etat doivent-elles dépendre de la croissance d’un marché sur lequel l’Etat n’a plus de prise sérieuse ?
Il y a plus d’un siècle, Marx avait tenté de répondre à cette question, et ses épigones ont rêvé de créer la société des égaux. Mais l’égalité a livré un terrible combat avec la liberté, parce que les hommes au fond ne supportent pas l’égalité, ils ne supportent pas la norme. Ils veulent accaparer, entasser, s’enrichir, et Jésus Christ, comme tant d’autres, eut beau promettre qu’il serait aussi difficile aux riches d’entrer au paradis qu’un chameau de passer par le chas d’une aiguille, la course au trésor n’a pas cessé pour autant ! L’organisation marxiste de la société qui avait essayé de répartir égalitairement les biens produits pour la seule satisfaction du consommateur citoyen, a dû mettre la clé sous la porte, après avoir ruiné cent Etats !
Quelle place reste-t-il alors à nos modernes nations ? Elles doivent assurer un certain nombre de services collectifs, faire régner la justice et assurer la défense. Ce n’est pas si mal. La liste des services collectifs est évidemment variable – santé, transports, éducation, aide aux familles, fourniture de l’eau, de l’énergie… – on peut mettre ce que l’on souhaite dans la corbeille commune. On sait simplement qu’elle a un prix et que ce prix se traduit par des prélèvements obligatoires sur la richesse de chacun. Ces prélèvements doivent être acceptables et acceptés. C’est la nature même du pacte social. Leur financement ne doit pas dépendre d’une croissance chimérique, mais d’un coût réel, acceptable à l’instant même où il est déterminé. Il est donc nécessaire d’avoir un Etat simple et efficace qui ne s’embarrasse pas trop de tous ces calculs savants qui mènent aux erreurs les plus folles, comme on en a tant connu dans l’histoire de notre pays.
Un Etat simple et efficace, c’est d’abord un Etat dont les comptes sont en ordre, le budget en équilibre et qui ne court plus après la croissance pour simplement payer ses dettes ; c’est un Etat qui ne se mêle plus d’un marché sur lequel il n’a plus d’autre action que celle d’en augmenter la cacophonie.
C’est un Etat qui investit dans son domaine et qui ne décrète pas à tout bout de champ. Moins on décrète, mieux on se porte. Mais pour bâtir cet Etat simple et efficace, cet Etat moderne, il faudrait, sans doute, un autre siècle des lumières.

Xavier de Roux

Paru dans L’Echo des Arènes n°122 – Décembre 2007

Advertisements
  1. jeudi, décembre 6, 2007 à 16 h 28 min

    Ton site est vraiment bien fait et professionnel ! Je l’adore ! Continue ton beau travail !

    http://avocat-a-montreal.blogspot.com

  1. No trackbacks yet.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :